Menu

Marchés de la viande bovineLaurent Chupin : « On ne sait pas jusqu'où va monter le prix de la viande »

En 5 ans, la France a perdu près de 390 000 vaches allaitantes. Cette décapitalisation se fait sentir sur les volumes de viande disponibles et donc sur les prix. (©Terre-net Média)
En 5 ans, la France a perdu près de 390 000 vaches allaitantes. Cette décapitalisation se fait sentir sur les volumes de viande disponibles et donc sur les prix. (©Terre-net Média)

Laurent Chupin est spécialiste des marchés de la viande bovine. Hausse des prix observée ces derniers mois, conséquences de la guerre en Ukraine sur les éleveurs français et avenir des marchés : il nous répond en vidéo.

Retrouvez en vidéo l'interview de Laurent Chupin :

Nous avons rencontré Laurent Chupin, directeur de l’agence de presse Acti Ouest qui suit et analyse (notamment pour Web-agri !) les marchés français et européens de la viande. L’occasion de revenir avec lui sur la hausse inédite des prix de la viande bovine depuis fin 2021.

« C’est le résultat d’une décapitalisation importante du cheptel français et européen après des années de sous-rémunération de la viande », explique-t-il.

La conséquence, c’est que les courbes de l’offre et de la demande finissent par se croiser, et donc que les prix augmentent de façon significative. Et « aujourd’hui, on ne sait pas jusqu’où cela pourra aller », souligne le spécialiste.

Il se montre d’ailleurs peu optimiste quant à la décapitalisation du cheptel : « l’inertie est importante ». Selon lui, les éventuelles décisions politiques qui seront prises à l’avenir pourront «  sauver ce qui existe », mais pas relancer le cheptel à la hausse.

Des prix élevés pour les réformes laitières, en lien avec la demande en steaks hachés

Revenons aux prix : en particulier, pourquoi ceux des réformes laitières ont-ils autant augmenté ? « Elles sont liées à la consommation des ménages, répond Laurent Chupin. On consomme de plus en plus de steaks hachés », issus de réformes laitières et d’avants de réformes allaitantes.

Les prix grimpent donc parce que la demande augmente, mais aussi parce que l’offre manque : « Le complément que pouvaient se faire les industriels sur le marché européen n’existe plus puisque les réformes laitières sont plus chères dans les autres pays européens qu’en France ».

Pour autant, l’analyste n’est pas convaincu que ces prix hauts doivent inciter les éleveurs à modifier leur stratégie et produire plus de réformes laitières.

« La hausse des prix de la viande est gommée par la hausse importante des charges »

Autre sujet d’actualité : la guerre en Ukraine. Peu de conséquences directes sont annoncées sur les marchés de la viande, mais la flambée des coûts (aliment, engrais, carburant, énergie) consécutive au conflit va pénaliser les éleveurs de bovins français.

« La hausse des prix de la viande, qui aurait dû profiter aux éleveurs et ramener un souffle, est gommée par la hausse importante des charges », déplore Laurent Chupin. Qui juge que la guerre va forcément redessiner les marchés mondiaux de la viande à court terme, sans que l’on puisse vraiment savoir à quel point.

À plus long terme aussi, difficile de se prononcer sur l’avenir des marchés de la viande bovine : « Je n’ai pas de boule de cristal ! On est dans une telle situation d’urgence et d’envolée des prix, et il peut se passer tellement de choses qu’on ne peut pas prédire ce que sera le marché dans dix ans, et pas même dans six mois ».

Pour lui, « une chose est sure » néanmoins : la flambée actuelle des prix va se transmettre sur les prix à la consommation. Et « si les prix montent trop, les gens vont faire des choix ». À quel point la demande sera-t-elle modifiée ? Seul l’avenir pourra nous le dire.

Réagir à cet article

Sur le même sujet