Burkhard Schaer, co-fondateur d’Ecozept, livrait quelques clefs de marché du lait bio allemand le 18 décembre au Cniel. Le prix du lait bio a flirté avec les 700 €/1 000 kg en 2025 (4 % de MG et 3,4 % de protéines).
« En 2018, quand les Français ralentissent sur le marché bio, les Allemands accélèrent et s’envolent. Aujourd’hui le marché représente environ 17 M€ en Allemagne pour 12 M€ en France », estime Burkhard Schaer, co-fondateur d’Ecozept, entreprise spécialisée dans les études de marchés. En 2024, le marché bio en Allemagne a progressé de 6 % et l’année suivante une hausse de 8 à 10 % est attendue. En cause, « une bataille vertueuse autour du bio à laquelle se livrent les deux discounter Aldi et Lidl » et « une question écologique exacerbée en Allemagne », selon le consultant. Il constate que « des crises dans le bio, il y en a eu » en Autriche, Suède, Italie, etc., mais « elles sont rares. Cependant dans le cas du Royaume-Uni, elles ont déstabilisé le marché durablement ». Côté distribution, il reconnaît que « la vente directe dans les magasins bio est en difficulté. Il y a de plus en plus de produits à marques distributeurs (MDD) sur le marché, ce qui pose la question de la juste répartition de la valeur ».
Et côté lait, la tendance est la même. Une collecte en progression lente mais en progression tout de même (environ 1,400 million de kg). « Une exploitation laitière bio qui a plus de 200 vaches, cela ne pose pas de question en Allemagne », relève Burkhard Schaer. Mais le nombre de producteurs baisse cependant du fait de l’obligation du pâturage (5 600 exploitations bio en Allemagne pour 3 600 en France). En revanche, « il n’y a pas de conversion de fermes ou de terres en bio », remarque-t-il, ce qui interroge sur le développement du marché. Quant à la transformation, elle reste dynamique avec + 25 % pour le lait bio à boire en 2025, + 6 % pour les fromages bio et + 4 % pour le beurre bio. « Il y a 210 laiteries en Allemagne dont 45 en bio. Sur le fond, il y a une bataille autour de la matière première, menée par les laiteries en forte compétition entre elles. Mais les industriels ont toujours assumé d’importer près de 26 % du lait bio du Danemark ou d’Autriche. Jamais ils n’ont voulu un approvisionnement à 100 % local. Quand la crise est là, ils arrêtent les importations. Et il n’y a aucun jugement moral à cela ! » souligne Burkhard Schaer.
Des associations bio qui aident à structurer le marché
D’autres éléments de marchés font une différence avec la France comme la présence d’associations qui labellisent le bio (Naturland, Demeter, Bioland, etc.). « Il n’y a pas de téléphone rouge pour le bio. Il n’y a pas une grande structure bio [comme l’Agence Bio en France, NDLR] qui serait compétente en distribution ou sur les marchés », continue-t-il. Les associations bio prennent quelque part le relais. Ainsi, la collecte est à 98 % sous label « bio plus » de ces associations. Dans le commerce, les deux tiers des produits sont également sous « label association », une tendance à la hausse. « Les associations créent de la transparence sur le marché et communiquent un « prix d’orientation ». Après 2008, elles ont réussi à découpler les prix conventionnel et bio et elles contractualisent avec le commerce de détail et soutiennent l’effort commercial. Dans les relations commerciales, on ne va pas devant le juge pour un différend, comme en France ! » constate le consultant. La crise de 2022 a vu cependant une évolution des ventes via les MDD, avec une réduction des marges, « une tendance à laquelle on cherche la parade », fait-il remarquer. Il note aussi que « les boissons végétales affichent les mêmes volumes de consommation que le lait bio (400 000 t), mais qu’elles ne cannibalisent pas ce marché ». Côté restauration hors domicile et cantines, le marché est beaucoup moins présent qu’en France : « Cela était mal vu de travailler pour les femmes lorsqu’elles avaient des enfants. Elles rentraient préparer les repas à la maison. Si elles travaillaient, ce n’était que le matin pour accueillir les enfants à la sortie de l’école, à midi. » Une évolution encore en cours et un marché RHF toujours immature, selon lui.
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