Alors que le débat sur le paiement des grammes différentiels de matière grasse (MG) et protéique (MP) revient sur la table, une note du Cniel (datée du 29 juillet 2024) permet de faire le point sur les enjeux. Premier constat, ces grammes différentiels sont désormais moins bien payés aux producteurs que ceux du lait standard. En effet, le prix de base du lait (38/32) a augmenté de 35 % entre 2021 et 2023, et les premiers 70 g de matière sèche utile (MSU) ont donc progressé d’autant. Dans le même temps, le prix des grammes différentiels n’a pas bougé. Leurs valeurs étaient historiquement fixées au sein des interprofessions régionales (Criel) et la plupart des laiteries paient toujours selon ces barèmes. Cela représente en moyenne 4,45 g de MG et 1,85 g de MP par litre de lait.
Les chiffres du Cniel évaluent le prix de la MSU à 6,60 €/kg pour du lait à 38/32 contre 4,30 €/kg au-delà. De ce fait, pour une même quantité de MSU produite, un éleveur livrant un lait standard sera mieux payé qu’un autre produisant un lait plus riche. L’écart avoisine les 9 000 €/an pour des élevages livrant 35 000 kg de MSU par an à 38/32 ou 42,5/33,9 (moyenne française). Pourtant, le premier a produit un lait contenant plus d’eau qu’il faut transporter et sécher. Ce lait est donc moins intéressant pour les industriels.
Les marchés se sont inversés
Par ailleurs, les valorisations de la MSU sur les marchés internationaux ont aussi évolué. Les cotations ont grimpé pour le beurre tandis qu’elles fléchissaient pour les protéines. L’analyse du Cniel va jusqu’à estimer la valorisation commerciale de la MG et de la MP. Certes, celle-ci varie selon les mix-produits et elle est globalement plus faible pour les laits excédentaires. Cependant, le Cniel aboutit à une valeur de 6,86 €/kg de MG en janvier 2024 pour l’ensemble du lait conventionnel. Soit environ trois fois plus que le prix payé aux producteurs pour les grammes différentiels (2,60 €/kg MG, par exemple, en Bretagne-Pays de la Loire). Le même calcul évalue à 5,40 € le kilo de matière protéique du lait conventionnel. C’est un peu moins que la valeur actuelle du gramme différentiel (6,60 €/kg en Bretagne-Pays de la Loire).
Ces évolutions invitent à une révision des barèmes de paiement permettant à la fois de revaloriser les laits plus riches et de mieux répartir la valeur entre industriels et éleveurs.
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