Le bale grazing à l’essai

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Parcelle de bale grazing hivernal Trévarez 29
À la fin de l’essai hivernal, les dégradations du sol sont plus ou moins marquées selon les endroits. (©Chambre d'agriculture de Bretagne )

Des premiers essais conduits dans le Finistère montrent l’intérêt du bale grazing en hiver et en été. Les animaux se portent bien et les parcelles ne sont pas durablement dégradées.

Dans la continuité de ses travaux sur le pâturage hivernal(1), la station expérimentale de Trévarez (Finistère) s’est intéressée à la technique du bale grazing. Elle consiste à maintenir les animaux au pâturage en période de faible pousse d’herbe et de les nourrir avec des balles de foin ou d’enrubanné disposées sur la parcelle. Les animaux, conduits en pâturage tournant, changent de paddocks régulièrement pour accéder à de nouvelles balles. « Tester cette pratique vise à savoir si l’on peut élever des animaux improductifs sans bâtiment », explique Dimitri Benoit, chargé d’études fourrages à la chambre d’agriculture de Bretagne. Cela permet de réduire le travail et les besoins en paille, tout en valorisant l’herbe d’hiver. La station de Trévarez conduit toujours ses travaux sous l’angle du travail et du revenu.

Des éleveurs bretons ont adopté cette pratique depuis quelques années et la chambre d’agriculture s’est intéressée à leur expérience. Souvent, ils gèrent l’accès aux nouvelles balles par un fil avant. Les densités d’animaux sont extrêmement variables, de 15 à 100 m2/vache/jour. Certains ont du mal à définir la surface et le nombre de balles par jour. Un chargement trop élevé favorise la dégradation de la parcelle. Le gaspillage augmente quand la quantité de fourrage est trop importante. Ceux qui donnent du foin constatent un enrichissement de la parcelle en graines, ce qui serait bénéfique mais reste à confirmer. Par ailleurs, des questions se posent en matière de bien-être animal, mais aussi de reliquats d’azote. En effet, l’apport de matière organique peut se trouver concentré sur un nombre limité de parcelles. Enfin, un essai expérimental permet aussi d’évaluer l’impact de la dégradation de la parcelle sur la repousse à la saison suivante.

Vaches taries en bale grazing à Trévarez 29
Des vaches taries ont été conduites en bale grazing durant le mois de février 2025. (© Chambre d'agriculture Bretagne)

En pratique, l’expérimentation a commencé l’hiver dernier pour une durée de trois ans. Les balles récoltées sont restées au champ afin d’alimenter des animaux ayant de faibles besoins – grandes génisses ou vaches taries. Un essai de même type a commencé en même temps à la ferme de Thorigné-d’Anjou (Maine-et-Loire) avec des animaux allaitants. Les mesures sont harmonisées entre les deux sites et l’Idele participe à ces travaux. Des suivis seront réalisés en parallèle sur des fermes commerciales et de lycées agricoles. Sur ces dernières, les mesures sont effectuées comme sur les deux stations.

Évaluer deux niveaux de chargement

À Trévarez, le premier essai a duré trente jours, en février 2025. Il a concerné des vaches taries issues du troupeau bio de la ferme. Deux modalités de chargement ont été testées. Le premier lot disposait de 28 m2/vache/jour (surface quotidienne ajoutée), soit un paddock de 5 ares par jour pour 18 vaches. Une balle d’enrubanné était ouverte chaque jour quand les vaches entraient dans la parcelle. Les balles sont alignées de façon que les vaches avancent comme dans un couloir pendant cinq jours, avant de passer à la parcelle suivante. Il s’agit de limiter le temps de présence sur chaque zone et de mesurer les reliquats. Pour simplifier le travail, deux balles étaient ouvertes le samedi et aucune le dimanche.

Le deuxième lot disposait de 50 m2/vache et par jour, soit un paddock de 10 ares et une balle d’enrubanné pour 10 vaches et deux jours. Les animaux occupaient un même couloir pendant quatre à six jours. La pluviométrie a été particulièrement soutenue pendant la période, avec notamment une période de quatre jours arrosée à hauteur de 75 mm. Au total, 99 mm sont tombés pendant le mois (il pleut habituellement entre 550 et 750 mm de mi-novembre à fin février). Le bale grazing a été testé sur des parcelles limoneuses assez portantes. Les vaches, croisées holstein x normande x jersiaise, présentent de petits formats. Elles sont restées dehors pendant toute la durée de l’essai et n’ont reçu aucune complémentation. Aussi est-il important qu’elles disposent d’abris naturels pour se protéger des intempéries.

Les premières observations laissent penser que les deux modalités étaient bien dimensionnées. Le gaspillage est limité et semble d’abord lié à la qualité du fourrage.

Les animaux s’adaptent bien malgré la pluie

La pluie ou le gel ne semblent pas jouer, mais le chargement a un impact. Le bien-être animal, évalué selon la grille Boviwell, est satisfaisant : propreté des animaux, remplissage du rumen, absence de blessures. Aucune maladie n’a été relevée et l’état corporel est resté à un niveau normal pour des vaches taries. Les vêlages se sont bien déroulés et les veaux présentaient des poids normaux. Le temps de travail se limite, quant à lui, à dix minutes par jour pour ouvrir la balle et enlever le plastique. Les résidus de fourrages ont été laissés au sol sauf lorsqu’il y en avait beaucoup.

Pour la première modalité, des dégâts dus au piétinement ont été observés de manière irrégulière et inexpliquée pour l’instant. Environ 10 % de la surface était abîmée autour des bottes. La nature du sol et la pluie aident les traces de pattes à se résorber naturellement. Les marques avaient disparu au deuxième ou au troisième cycle suivant, sauf dans les zones les plus dégradées. « On perd un peu de fourrage lors de la première exploitation en mai juin », constate Dimitri Benoit. Il n’y a pas eu de dégradation importante avec la deuxième modalité.

Dimitri Benoit chargé d’études fourrages à la Chambre d’agriculture de Bretagne
Dimitri Benoit, chargé d’études fourrages à la chambre d’agriculture de Bretagne : « Les premiers résultats sont intéressants mais doivent être consolidés. » (© Chambre d'agriculture Bretagne)

Sur les élevages bretons suivis par la chambre, on constate que les prairies récupèrent assez vite. Les zones de sol nu disparaissent et le rendement est peu affecté. En cas d’utilisation de foin, il convient de bien le choisir pour ne pas introduire d’espèces indésirables. Bien maîtrisé, le bale grazing n’entraîne pas de salissement de la parcelle. À Trévarez, les parcelles valorisées en bale grazing étaient de vieilles prairies temporaires dégradées. Elles ont ensuite été pâturées plutôt que fauchées, le plus souvent par des génisses. Le sol n’a pas été nivelé ni fertilisé.

Une pratique intéressante aussi en été

L’essai a été reconduit en été, toujours dans avec même objectif de garder des animaux à l’extérieur avec du fourrage lorsque la pousse de l’herbe est réduite. La région a connu une petite période de sécheresse durant l’expérimentation, entre mi-juillet et mi-août. Les modalités étaient les mêmes que pour l’essai hivernal en matière de surface et d’effectifs. Les animaux ont été nourris au foin. Il n’a presque pas plu pendant l’essai et le sol n’a pas été abîmé. Les reliquats d’azote n’ont pas été mesurés, les déjections ont servi à stimuler la repousse. Les animaux sont restés en bonne santé. La présence de haies leur garantissait de l’ombre. Un certain gaspillage du fourrage a été relevé dans la modalité la moins chargée.

Ces premières observations doivent être confirmées. Les essais vont se poursuivre encore deux ans sur les mêmes parcelles. L’impact sur la fertilité des sols, les rendements et la flore seront mesurés et comparés à une parcelle témoin.

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