« Aujourd’hui, c’est au minimum un abattoir qui ferme tous les mois en France » depuis septembre, constate Yves Fantou, président de Culture Viande. Le syndicat des entreprises des viandes, qui a tenu le 20 février un point presse sur la conjoncture du secteur, souligne un contexte particulièrement difficile pour les abatteurs.
Pression des distributeurs et faibles marges
Entre 2021 et 2022, le taux de marge des industriels de la viande bovine est passé de 1,2 % à 0,8 %, « et 2023 sera encore pire », explique ainsi Yves Fantou. Le coût de l’énergie a été multiplié par trois, parallèlement à un effondrement des prix des coproduits animaux. Or, incités à préserver le pouvoir d’achat des Français, les distributeurs continuent à « mettre une pression assez forte » pour obtenir des baisses de prix de la part les industriels. « Aucune entreprise aujourd’hui dans notre secteur n’est en capacité de dire non », poursuit le président Culture Viande.
Car les abattoirs manquent aujourd’hui de matière première, avec une offre en recul de 5 % l’année dernière, en lien avec la décapitalisation bovine. Et si le manque de disponibilité a permis une augmentation des cours de 40 % sur les deux dernières années, au bénéfice des éleveurs, cela ne suffit pas aujourd’hui à amorcer une reprise de l’élevage.
Pour la première fois, la consommation de viande était en baisse l’année dernière, notamment sur le steak haché frais, en raison probablement d’un report vers le surgelé, plus accessible pour les consommateurs dans un contexte d’inflation. Le prix du steak haché frais a augmenté de 8 à 10 % l’année dernière, indique Culture Viande.
Ce qui a fragilisé les plus grosses entreprises, c’est plutôt la baisse de l’offre, mais pour les moyennes et petites entreprises, les dépôts de bilan sont plutôt le fait de l’augmentation des intrants industriels et de l’électricité, difficile à répercuter auprès des clients lorsque l’on est sur des petits volumes, explique Paul Rouche, directeur général de Culture Viande. D’autant que plus que des investissements doivent être réalisés en permanence pour les mises aux normes.
Une surcapacité d’abattage
Aujourd’hui, « beaucoup d’abattoirs ne tournent que quatre jours sur cinq, alors que ce sont des outils basés sur des économies d’échelle », explique Yves Fantou, qui évoque des restructurations et des transferts d’activité pour limiter les fermetures. En parallèle, des projets d’abattoirs de proximité continuent pourtant d’être envisagés. « Nous demandons à ce qu’il n’y ait pas de distorsions de concurrence et que ces abattoirs-là ne soient pas sur-aidés, or c’est le cas aujourd’hui », déplore le président de Culture Viande qui ne voit pas dans le contexte actuel « ce qui peut donner l’idée même de construire un abattoir ». Ce qui limite la multiplication de ces projets, c’est surtout le fait qu’aujourd’hui, les banques ne suivent plus, indique-t-il.
Rendre le diagnostic bien-traitance animale obligatoire
Malgré les difficultés, Culture Viande entend œuvrer pour mieux défendre des métiers méconnus et décriés. Le syndicat axe sa feuille de route sur trois thématiques : l’expertise viandes, l’accompagnement des adhérents, et la promotion du produit. Parmi les actions à mener, Culture Viande réfléchit ainsi à rendre obligatoire le diagnostic bien-traitance animale, un diagnostic réalisé sur 200 points de contrôle par des auditeurs extérieurs. Si certains abattoirs ne l’ont pas réalisé aujourd’hui, c’est souvent par manque de moyens, précise Culture Viande qui entend demander à ce sujet des aides auprès des pouvoirs publics.
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