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Élevage et politiques publiquesClimat, biodiversité, consommation, des enjeux contradictoires à concilier

Si l’élevage européen a sa part de responsabilité dans le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre (GES), il rend également des services en matière de biodiversité. Les politiques publiques du secteur doivent tenir compte de ces enjeux tout en les conciliant avec la nécessité de maintenir la compétitivité et le revenu des exploitations agricoles. Entre respect de la biodiversité, baisse de la consommation et réduction des GES, les enjeux s'avèrent parfois contradictoires et difficiles à appréhender dans leur globalité.

« Les politiques publiques, et en particulier la Pac, cherchent à la fois à soutenir les revenus, à assurer la compétitivité, et en même temps à résoudre les problèmes climatiques : réduire les émissions de gaz à effet de serre, stocker le carbone, assurer la protection de l’eau et de la biodiversité », rappelle Hervé Guyomard, directeur de recherche à l’Inrae. Ainsi, des aides conditionnées à des objectifs climatiques et environnementaux ont été mises en place dans la Pac, mais « le problème, c’est que ces aides sont aujourd’hui insuffisantes face à l’ampleur des enjeux », ce qui appelle à l’élaboration de nouvelles mesures, poursuit-il.

Climat, biodiversité, des objectifs parfois concurrents

Par exemple, dans le cadre de la prochaine Pac 2023-2027, une nouvelle mesure est introduite à travers les éco-régimes. Dans la déclinaison française, une aide aux prairies permanentes est prévue, ces prairies étant très bénéfiques pour le climat et l’environnement (stockage de carbone, eau, biodiversité…), il faut donc les maintenir. En revanche, « elles ont peut-être une productivité qui est moindre, donc la question est de savoir comment arriver à les maintenir tout en maintenant les revenus des éleveurs », précise Hervé Guyomard.

Retrouvez l'interview d'Hervé Guyomard sur les enjeux auxquels l'élevage européen est aujourd'hui confronté (interview réalisée le 14 septembre au Space)

Des leviers existent également pour réduire les émissions de GES de l’élevage. Aujourd’hui, les émissions de méthane représentent 50 % des émissions de l’exploitation, dont 71 % sont liés à la fermentation entérique et 29 % à la gestion des effluents. Différentes options d’atténuation existent et pourraient, dans le scénario le plus optimiste, réduire de 50 % l’émission des GES par kg produit. Il s’agit par exemple d’améliorer l’efficience du troupeau, via les pratiques alimentaires, comme certains additifs, ou avancer l’âge du premier vêlage (ce qui permettrait une atténuation de 5 à 10 % en élevage laitier), utiliser des aliments à faible empreinte carbone…

Cependant, les enjeux auquel l’élevage doit faire face s’avèrent parfois difficiles à concilier. Comme l’a rappelé Pierre Dupraz (Inrae Bretagne-Normandie), lors de la conférence « l’élevage à l’épreuve des faits et de politiques publiques » organisée le 14 septembre au Space, les objectifs d’atténuation en matière de climat et de biodiversité sont concurrents sur le plan agricole. En effet, l’élevage européen a de meilleures performances climatiques (moins d’émissions de GES par kg produit), mais « stopper le déclin de la biodiversité nécessite une baisse de la production agricole », ce qui risque d’entraîner des « fuites de pollution », c’est-à-dire une augmentation des importations en provenance de pays où les conditions de performance climatique sont moindre, explique le chercheur.  

Retrouvez ci-dessous l'intervention de Pierre Dupraz à la conférence organisée par l'Inrae au Space :

Réduire la consommation, une nécessité

Diminuer la population de ruminants pourrait par ailleurs entraîner une réduction de la surface en prairie et, au niveau mondial, une augmentation des émissions. « L’élevage extensif de ruminants est important pour l’entretien de la biodiversité dans des zones riches en biodiversité, comme les prairies humides, les alpages, tout en étant un facteur de diversification des cultures en plaine », ajoute Pierre Dupraz.

Il ne faudrait donc « pas forcément réduire la production animale européenne, peut-être même plutôt l’augmenter pour exporter plus, mais à condition de réduire la consommation en Europe » pour réduire la demande et éviter un recours accru aux importations, explique-t-il.

Des enjeux qui recoupent également les problématiques de santé publique, puisque « l’on sait aujourd’hui que la consommation excessive de produits animaux, de viande, de charcuterie, a des effets négatifs sur la santé, il faut donc sans doute réguler les consommations excessives de ces produits, et la question, c’est quelles politiques publiques mettre en œuvre », souligne Hervé Guyomard. Il existe aujourd’hui des campagnes d’information, des labels, des scores, mais il ne faut pas exclure la possibilité « d’avoir demain des taxations sur les produits carnés ». Ce qui nécessite d’étudier les conséquences sur les revenus des éleveurs, mais aussi sur le panier des consommateurs. « On doit regarder la question sous l’angle de l’accès à une alimentation équilibrée et saine pour toute la population », explique le chercheur.  

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