Après une année 2024 « très compliquée » pour les entreprises de travaux agricoles, ruraux et forestiers (ETARF) et des baisses de chiffres d’affaires allant de 5 à 85 % selon les entreprises, 2025 a permis au secteur de remonter la pente, sans pour autant compenser l’intégralité des pertes de l’année précédente, a rappelé Philippe Largeau, président de la FNEDT, ce 2 décembre.
« On a été les oubliés des intempéries. Nous ne sommes pas des chasseurs de subventions, mais on aimerait être entendus, et ce n’est pas le cas », ajoute-t-il, rappelant que les ETARF ont « fait les banquiers auprès de leurs clients, du social face à des situations très tendues », sans pour autant bénéficier d’un soutien similaire à celui mis en place pour accompagner les difficultés de trésorerie des exploitations agricoles. « On se serre les coudes pour trouver des solutions parallèles », déplore-t-il.
Le baromètre de conjoncture de la FNEDT montre ainsi un secteur au moral dégradé, 80 % des répondants déclarant un moral au mieux moyen, si ce n’est mauvais ou très mauvais. En cause, des difficultés dans la relation client avec une progression des retards de paiements, une forte augmentation des charges, et une conjoncture encore peu propice au développement, 51 % des répondants ayant différé un projet d’investissement au cours de l’année.
Acteurs centraux du territoire... et du désendettement des exploitations
Or, le besoin de recourir aux entrepreneurs de travaux agricoles ne faiblit pas, car si le nombre d’exploitants agricoles diminue, les surfaces à travailler restent identiques, rappelle Philippe Largeau. Ces besoins expliquent la progression du nombre d’ETA (+ 12,6 % entre 2020 et 2024, pour atteindre 16 111 entreprises). L’emploi est également en forte augmentation sur l’ensemble du secteur des ETARF, avec une hausse notable de 39 % des CDI en cinq ans pour atteindre 36 107 contrats. Le nombre de saisonniers progresse lui aussi (+ 46 % sur cinq ans), malgré l’impossibilité pour les ETARF de bénéficier du dispositif TO-DE.
Les ETARF apparaissent ainsi comme des « acteurs centraux du territoire », résilientes après des crises successives. Pour autant, leur capacité à absorber les chocs s’amenuise, prévient la FNEDT, et ce d’autant plus que les charges ont flambé depuis quatre ans, en particulier sur les dépenses d’entretien des matériels (+ 20 %) et le coût des machines (+25 %). Le poste machinisme représente aujourd’hui 40 % des coûts de revient des ETA
Fiers de détenir « le meilleur taux d’utilisation du matériel », les entrepreneurs de travaux agricoles dénoncent l’absurdité du système de subvention aux agroéquipements qui ne bénéficie qu’à ceux qui vendent le matériel et aux banques qui financent ». Pour les agriculteurs, ces subventions relèvent de « l’acharnement thérapeutique ». « Il faut arrêter la perfusion ! », estime Philippe Largeau. La FNEDT défend des aides à l’usage, et non à la machine, et une externalisation plus systématique de la démarche mécanique via les Cuma ou, en toute logique, la prestation de services. « On représente 30 % de l’investissement dans les agroéquipements, on est l’un des meilleurs systèmes de transition vers l’aide à l’usage », insiste le président de la FNEDT.
Afin d’y voir plus clair dans le parc machinisme actuel, la fédération demande également la mise en place d’un observatoire du machinisme agricole. « On est persuadé que le matériel déjà existant suffit à ce qu’il y a à faire », précise Philippe Largeau.
En parallèle, la FNEDT dénonce la proposition actuelle de crédit de TVA pour les agriculteurs qui voudraient externaliser du matériel. « C’est une très bonne idée à la base », reconnaît Philippe Largeau, mais qui encore une fois « manque d’équité », puisque les ETA en seraient exclues. « Nous voulons être intégrés au dispositif », ajoute-t-il, rappelant que ces entreprises constiteunt « des acteurs importants du désendettement des exploitations agricoles. »
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