L’AOP abondance, c’est aujourd’hui 270 producteurs sur une zone d’appellation aux noms évocateurs : Chablais, mont Blanc, plateau des Bornes, Aravis et Bauges de Haute-Savoie. C’est aussi 3 500 tonnes de fromage, dont 850 tonnes d’abondance fermier transformées par 72 producteurs et 2 650 tonnes d’abondance laitier, transformées par 17 fruitières coopératives et privées dont la taille est limitée par le cahier des charges à 5 Ml. De la même façon, la production laitière est limitée à 500 000 litres par exploitation. Des systèmes d’élevage hétérogènes, depuis la basse montagne à 600 mètres d’altitude, jusqu’à 2000 mètres en estive, avec en moyenne 40 à 50 vaches, en majorité à l’attache en hiver, et un peu moins d’un quart d’éleveurs double actif. « Souvent des éleveurs dans des vallées reculées, précise Émilie Jacquot, présidente de l’AOP et productrice fermière. Nous sommes attachés à ces particularités qui résultent de notre volonté commune de maintenir une grande diversité d’ateliers. »
Depuis plus de dix ans, l’abondance assure en effet un prix du lait à la fois plus élevé et plus stable aux producteurs : en 2022, il s’élevait à 609,30 € en moyenne, avec une progression de +10 à +15 cts en 2023. Malgré l’inflation, la présidente se félicite du maintien de la consommation des fromages fermiers en 2023 et d’un début d’année 2024 où elle serait en progression de 12 %.
Un manque de main-d’œuvre en fermes et en fromageries
La consommation de l’abondance laitier se maintiendrait également dans un contexte de recul de la production lié à la sécheresse estivale, pénalisante pour la constitution de stocks fourragers en basse vallée. En effet, au-delà de la carte postale, l’environnement reste difficile et les installations en baisse. « Si le prix du lait est attractif, nous sommes confrontés à des difficultés de plus en plus concrètes. Face à cette réalité, il est question d’agir pour préserver les volumes et la valeur ajoutée créée sur le territoire. »
Outre l’adaptation des systèmes fourragers à travers le sursemis, la luzerne, la prairie temporaire ou les dérobées estivales, la présidente évoque l’inévitable enjeu du renouvellement de génération, en raison notamment de la difficulté de recruter aussi bien en fermes qu’en entreprises fromagères. Un manque de main-d’œuvre qui incite déjà des producteurs fermiers à envisager de redevenir livreurs de lait. En collaboration avec l’AOP reblochon, une étude a ainsi été lancée pour évaluer les besoins et les profils recherchés. Parallèlement, ce sont les Français qui sont appelés à maintenir leur consommation, via un plan de communication mettant l’accent sur un label de qualité officiel qui garantit un produit 100 % local et non-délocalisable. Loin d’être anecdotique, le développement des populations de loups, en l'absence de véritable moyen de défense en alpage, est une spécificité de nature à décourager les jeunes. « Or, sur ce point, nous ne sommes défendus par personne. »

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