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Hausse des prix des matières premièresVers une hausse des coûts de production de 15 à 61 €/1 000 l

« Une hausse de 100 euros la tonne d’aliment, c’est une hausse de 24 €/1 000 l de lait », illustre Benoît Rubin, de l'Idele. (©Terre-net Média)
« Une hausse de 100 euros la tonne d’aliment, c’est une hausse de 24 €/1 000 l de lait », illustre Benoît Rubin, de l'Idele. (©Terre-net Média)

La guerre russo-ukrainienne a encore amplifié la hausse des cours des matières premières engagée ces derniers mois. Lors de sa journée « grand angle lait » du 5 avril, l’Idele a tenté de chiffrer l’impact de cette hausse sur les coûts de production des élevages laitiers, et a proposé des leviers d’adaptation en termes d’alimentation du troupeau.

Alimentation, engrais, énergie… La guerre en Ukraine accentue les hausses de prix déjà engagées depuis quelques mois et plonge plus que jamais le monde de l’élevage dans l’incertitude.

Quel sera l’impact de la hausse des matières premières sur les coûts de production des exploitations laitières, et quels leviers activer pour limiter la casse ? Les chercheurs de l’Idele ont planché sur le sujet et présenté le fruit de leur réflexion lors d’une conférence « grand angle lait », organisée par l’institut le 5 avril.

Benoît Rubin précise d’emblée que la forte volatilité et l’incertitude sur les prix des intrants doivent pousser à la prudence pour estimer l’impact des prix des matières premières sur les économies des élevages : « nous avons mis en place une hypothèse basse, soit un retour rapide à la situation d’avant-guerre, en avril, mai, juin ».

« Et l’hypothèse haute, ce sont des coûts qui persistent toute l’année au niveau de début mars 2022 ».

+ 9 à + 40 % pour les aliments, + 26 à + 83 % pour les carburants, + 30 à + 61 % pour les engrais azotés

Sur cette base, la hausse du coût moyen des aliments entre 2021 et 2022 serait comprise entre 9 et 40 %.

Les carburants (ceux qui sont achetés par l’agriculteur et ceux qui sont utilisés dans les travaux par tiers) augmenteraient de 26 % avec le GNR à 1,07 €/l en suivant l’hypothèse basse, de 83 % avec le GNR à 1,75 €/l selon l’hypothèse haute. Ce second cas intègre une aide de l’État de 15 centimes, qui ferait retomber le prix du GNR à 1,60 €/l.

Pour les engrais azotés, les chercheurs ont considéré la campagne de production des fourrages qui court de juin 2021 à mai 2022, et ont retenu sur cette période une hausse des coûts qui irait de + 30 % à + 61 %.

« Cela renvoie à la question du moment où les engrais ont été commandés, et de comment va s’amorcer la campagne qui vient. En effet trésorerie, on est sur des hausses des prix des engrais allant de + 80 à + 220 % ».

Une hausse cumulée de 15 à 61 €/1 000 l de lait

Et plus concrètement, en euros ? D’après un chiffrage effectué sur un groupe de 133 exploitations laitières de plaine (2,15 UMO, 346 000 litres de lait/UMO), la hausse cumulée des coûts des aliments, des engrais et du carburant serait de 15 €/1 000 l de lait pour l’estimation la plus basse, et de 61 €/1 000 l pour la plus haute.

Dit autrement, « si on augmente de 10 centimes le prix du GNR, l’impact est de 2 euros/1 000 l de lait. Une hausse de 100 euros la tonne d’ammonitrate, c’est un impact de 4 €/1 000 l. Et une hausse de 100 euros la tonne d’aliment, c’est une hausse de 24 €/1 000 l de lait ! », illustre-t-il.

Avant de pointer la forte sensibilité des exploitations laitières au prix des matières premières : « 60 €/1 000 l, quand on a une exploitation de 350 000 l/UMO, ça fait plus de 20 000 €/UMO ! Ce sont des choses considérables ! ».

À moyen terme, le sujet pose selon lui la question des contrats – « comment on y intègre cette volatilité de plus en plus forte ? » -, de l’organisation et de l’orientation des exploitations – quels arbitrages entre productions animales et productions végétales ? -, des choix de systèmes et de pratiques des éleveurs.

À court terme, les enjeux sont « la renégociation des prix négociés en début d’année » et le pilotage des coûts de production dans les exploitations : « les marges de manœuvre ne sont pas évidentes, mais elles existent ! ».

Mieux résister à la hausse des prix des matières premières en jouant sur la complémentation

La preuve avec l’intervention de Benoît Rouillé : « Les concentrés sont chers. Pour en consommer moins et essayer de faire des économies là où on peut, on peut jouer sur la complémentation, et mieux valoriser le pâturage disponible ».  

Il note que le concentré de production est un levier réactif, qui ne va entraîner qu’une faible baisse de production du lait : « de façon simpliste, si j’économise 1 kg de concentré par jour et par vache, je perds environ 0,8 kg de lait. Vu le contexte de prix des concentrés et de prix du lait, c’est aujourd’hui neutre voire positif économiquement ».

Autre concentré qu’on peut être tenté de diminuer : le correcteur azoté. Il est « réactif, mais avec une forte baisse de production » : baisser de 1 kg de tourteau de soja/VL/jour, c’est perdre 1,7 kg/VL/jour de lait. Le réduire de 2 kg, c’est perdre 5 kg/VL/jour et « cela pose des problèmes d’équilibre de la ration ».

Arrêter le correcteur azoté dès 50 % d’herbe pâturée dans la ration

Au vu du contexte, actionner ce levier aura « un impact négatif à très négatif sur l’économie de l’élevage », analyse Benoît Rouillé. Lequel préconise par contre d’arrêter le correcteur azoté dès que la ration comporte 50 % d’herbe pâturée (soit 20 ares d’herbe pâturée par vache avec une pousse de 40 kg MS/ha/jour).

Là-dessus, « il y a des réticences : on a tendance à attendre 2/3 d’herbe pâturée et 1/3 d’auge. Mais on couvre les besoins dès 50 %, n’hésitez pas à être un peu économes ! », exhorte-t-il en citant l’exemple de la station expérimentale de Trévarez (Finistère) : « 8 000 kg de lait par an avec seulement 80 g/l de tourteau de colza en 2020, pas de concentré de production, l’arrêt du correcteur à 50 % d’herbe pâturée. Ça marche ! »

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