Semences, céréales, coopération : la France très présente en Côte d’Ivoire

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Drapeaux ivoirien et français
La Côte d'Ivoire est désormais un partenaire agricole stratégique pour la France. (©Aleks Taurus, AdobeStock)

Derrière l’image d’un géant du cacao, la Côte d’Ivoire, pays à l’honneur du Salon de l’agriculture 2026, est devenue en quelques années un partenaire agricole stratégique pour la France. Semences hybrides de maïs, projet soja, fourniture de blé : les coopératives et entreprises françaises sont déjà à l’œuvre sur le terrain.

Avec une croissance de + 6,5 % en 2024 et un excédent commercial agricole proche de 6 Md€, la Côte d’Ivoire s’impose comme un poids lourd de l’Afrique de l’Ouest. Le pays dispose d’une classe moyenne en croissance, et d’une stabilité politique attractive, au regard d’autres pays de la sous-région.

L’agriculture représente environ 25 % du PIB, emploie 50 à 60 % de la population et génère la moitié des exportations du pays. Premier producteur mondial de fèves de cacao et de noix de cajou, le pays reste cependant dépendant des importations en céréales, ses grandes cultures vivrières étant insuffisantes.

En 2024, les importations de céréales ont atteint 1,238 Md€ (37,5% des importations du pays, en hausse de 23,3% par rapport à 2023) : riz, principalement en provenance du Vietnam, de l’Inde et de la Thaïlande (929,3 M€), blé tendre (201,2 M€) et maïs (25,1 M€). Sur ce marché, la France détient une position stratégique. Elle est le 1er fournisseur de blé tendre et le seul fournisseur de blé dur du pays.

Le blé constitue un débouché solide même si les volumes n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant-Covid. La disparition des origines russes, liée à un prix plancher à l’export, renforce mécaniquement la place française. Les importations de produits laitiers en Côte d’Ivoire dépassent les 120 M€ et sont largement dominées par la France, qui détient 35 % des parts de marché.

Le maïs hybride pour tripler les rendements

Côté production, l’un des exemples les plus concrets de coopération concerne les semences. Mas Seeds, filiale de Maïsadour, a implanté en 2020 une station de recherche avec 4 hectares de sélection variétale. Le semencier a développé des variétés adaptées aux conditions pédoclimatiques de la Côte d’Ivoire. Objectif : faire basculer les producteurs de maïs aux semences hybrides, en remplacement des semences de ferme traditionnelles.

« Le passage à l’hybride permet de multiplier les rendements par trois ou quatre et de transformer une culture vivrière en culture de rente », explique Denis Villenave, responsable des nouveaux marchés et des licences chez Mas Seeds. Si l’entreprise multiplie ses semences au Mexique, où le climat tropical est proche de celui de l’Afrique de l’Ouest, elle emploie aujourd’hui 17 personnes entre la Côte d’Ivoire et le Ghana et commercialise ses semences dans sept pays d’Afrique de l’Ouest. Une chambre froide construite en 2023 près d’Abidjan sécurise la germination, un point clé pour convaincre les agriculteurs d’investir.

Les freins restent ceux d’une agriculture familiale : exploitations de 10 à 15 ha en moyenne, peu de garanties foncières pour accéder au crédit long terme, besoin massif de mécanisation. « Sans prêts longs pour acheter un tracteur, la mécanisation ne démarre pas », souligne Denis Villenave.

Le financement des campagnes est lui aussi peu structuré, contrairement aux modèles coopératifs français s’appuyant sur des organismes stockeurs. Bpifrance propose ainsi des financements allant de 30 000 € à 5 M€ pour des projets agricoles en co-investissement, avec des garanties couvrant jusqu’à 50 % du risque, à la condition que ces projets associent un partenaire français.

Une filière protéines végétales à construire

Autre chantier : l’autonomie en protéines pour l’alimentation animale. La Fondation Avril pilote depuis 2022 une feuille de route pour créer une filière soja locale, en mobilisant l’expertise française sur toute la chaîne : semences, production, transformation. Le développement de légumineuses comme le niébé vise un triple effet : améliorer les rendements du maïs en rotation, fournir une source de protéines pour l’élevage, créer une culture de rente pour les producteurs.

L’État ivoirien déploie de son côté un programme d’agropoles : neuf zones intégrant production, transformation et commercialisation. Un hub agro-industriel de 100 ha est déjà lancé dans le Nord du pays. Les priorités seront la production de semences et la formation, l’accès au financement, l’assurance agricole, la sécurisation du foncier.

Pour les entreprises françaises, le potentiel est clair : équipements de mécanisation et irrigation, stockage et chaîne du froid pour réduire des pertes post-récolte évaluées à 30 %, transformation locale des productions. « Nous attendons des co-investissements pour industrialiser nos filières agricoles », résument les autorités ivoiriennes.

Des échanges d’agriculteurs à agriculteurs

Les échanges ne passent pas seulement par le commerce ou les projets industriels. Ils s’appuient aussi sur un travail de long terme entre agriculteurs. Depuis plus de quarante ans, l’Afdi (Agriculteurs français et développement international) noue des partenariats « d’agriculteurs à agriculteurs » avec six organisations ivoiriennes engagées dans plusieurs filières, du cacao à l’élevage, mais aussi dans les productions pour les marchés locaux.

Les échanges prennent la forme de formations entre pairs, fermes-écoles, voyages croisés. Près d’un millier de producteurs ont déjà été formés à des pratiques qui sécurisent les rendements et les revenus face au changement climatique : fertilisation organique, cultures et élevage combinés, agroforesterie, diversification des assolements.

L’objectif est le même qu’en France : partager ce qui fonctionne, adapter les techniques au terrain et créer de la valeur localement grâce aux coopératives. Depuis 2024, un volet numérique s’y ajoute, avec des outils de géolocalisation et de gestion des données pour répondre aux exigences de traçabilité, notamment européennes, et attirer de nouveaux jeunes.

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Vaches, charolaises, U= France 7,7 €/kg net -0,01
Vaches, charolaises, R= France 7,56 €/kg net -0,01

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