«Le défi de ce début d’année sera de piloter la production dans un marché qui ne va pas pouvoir tout absorber. L’année démarre sous forte pression, pression sur les prix du lait payé au producteur, pression sanitaire et pression géopolitique », résume Christine Goscianski, agro-économiste à l’Institut de l’élevage. Effectivement, le contexte n’est pas bon pour maintenir des prix élevés. Le lait coule à flots dans le monde et en Europe.
En France, la conjonction de « prix favorables, de conditions climatiques propices, la robotisation de la traite, un prix des aliments attractifs » et « des éleveurs qui ont gardé plus longtemps leur vache », voire « retardé leur départ à la retraite », expliquent ce phénomène, selon l’économiste. Alors, quel va être l’impact de certaines décisions géopolitiques dans ce contexte ? « Le Mercosur n’en aura pas immédiatement, analyse Baptiste Buczinski, également agro-économiste à l’Idele. Les volumes de contingents vont augmenter sur les dix prochaines années, et les droits de douane se réduire en parallèle.
Les contingents, des deux côtés, se montent à 30 000 t pour les fromages, 10 000 t pour les poudres grasses et 5 000 t pour la poudre de lait infantile. Ce ne sera pas un accord aussi bénéfique que le Ceta de toute façon. Et nous ne remplirons probablement pas nos contingents. Le processus de ratification est bien suspendu, mais pas une éventuelle application provisoire. » Du côté des États-Unis, les annonces de Donald Trump changent trop vite pour permettre une réelle vision de leurs conséquences. « Les 15 % de droits de douane supplémentaires, déjà annoncés, ne semblent pas avoir d’effet à date sur les exportations (fromage, beurre, yaourt) en valeur », continue Baptiste.
La Chine en ligne de mire
Reste le point noir : la Chine. « Ce sont 50 000 t de crèmes françaises qui partaient vers la Chine en 2024, soit l’équivalent de la production de 600 fermes laitières. En 2025, sur les onze premiers mois, déjà 10 000 t en moins ont été exportées », alerte Jean-Marc Chaumet, économiste au Cniel. Les droits de douane fluctuent en fonction des laiteries de 28,7 % à plus de 40 %. Inévitablement, certaines laiteries françaises vont être pénalisées. « La Chine représente 40 % des exportations françaises de crème vers les pays tiers. Tous pays confondus, il s’agit de 20 % de nos exports », analyse Jean-Marc Chaumet. La Nouvelle-Zélande prendra potentiellement la place laissée libre. « Il n’est pas exclu qu’à long terme, la Chine souhaite transformer le lait produit dans le pays en crème ou mozzarella afin de freiner les importations. »
En attendant, les industriels vont devoir jouer des coudes pour transformer un lait abondant dans un marché plus contraint.
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