« Au cours de l’année écoulée, les producteurs français ont perçu un prix du lait inférieur de 50 € en moyenne à celui de nos voisins européens. Ils ont ainsi permis aux industriels d’engranger du résultat et attendent une contrepartie en 2026 », soulignait Ludovic Blin, lors d’une conférence de presse, le 28 janvier, organisée dans le contexte d’une baisse généralisée du prix du lait, avec des annonces de -50 €/1 000 litres, voire davantage, sur les factures de rentrée.
Le vice-président normand de la FNPL annonçait d’ailleurs une première rencontre avec le conseil d’administration d’Agrial, ce vendredi 30 janvier à Caen, pour contester le recul du prix de base de la coopérative à 435 €, lequel pourrait rapidement descendre sous la barre des 400 €.
Appel au stockage privé pour tamponner la baisse
Alors que la France pourrait perdre son autosuffisance en produits laitiers à partir de 2027, « les producteurs ont montré leur capacité à produire dans un contexte de prix favorable au revenu, après une année 2024 à l’équilibre et trois années dans le rouge », ont rappelé les administrateurs de la FNPL. La collecte 2025 dépassera les 23 milliards de litres de lait. Dans un premier temps, pour tamponner la baisse du prix des commodités, Yohann Barbe, président de la fédération, appelle le gouvernement français à « se positionner en urgence en faveur de l’activation des mesures de stockage privé européenne ». Une option qu’il privilégie à la baisse volontaire des volumes, afin d'« assurer les besoins de demain ».
Plus largement, les producteurs ne veulent plus être la variable d’ajustement du manque de compétitivité de l’industrie laitière française dès les premiers soubresauts du marché. « On nous parle déjà de surproduction, alors que les importations augmentent, alerte Yohann Barbe. Face à la baisse des cours des commodités, nos concurrents européens, augmentent leur part de transformation, ou se tournent davantage vers la RHF [restauration hors foyer] pour tamponner la baisse de prix. L’industrie laitière française n’a pas assez investi pour aller chercher de la valorisation dans des marchés porteurs. »
Pas d’accord sur l’indicateur beurre-poudre
La FNPL s’inquiète d’un désengagement de la filière française et pointe en particulier les gros faiseurs privés, comme Lactalis ou Savencia, qui préfèrent réinvestir à l’étranger la valeur créée sur le marché français. Un membre du conseil d’administration osait même cette analyse en conférence : « Par rapport aux pays d’Europe du Nord, le poids de l’industrie privée est le point faible de la filière française. »
L’absence d’accord interprofessionnel concernant l’indicateur beurre-poudre est symptomatique de cette situation. Le coût de transformation des industriels est pourtant essentiel au calcul du prix du lait payé à l’éleveur, et donc à la transparence des relations commerciales entre les organisations de producteurs (OP) et les industriels. Le collège producteur considère toujours que la réévaluation demandée par les industriels est surévaluée, en regard du coût du beurre-poudre allemand : 139 €/t en France, contre 80 € en Allemagne. « La différence est supportée par les producteurs. Cela n’incite pas les industriels à se challenger pour essayer d’être plus compétitif. »
Maintenir la pression sur le paiement de la MPA
Parallèlement, les attentes sont d’autant plus fortes concernant la valorisation des produits de grande consommation (PGC) sur le marché intérieur. C’est pourquoi, dès le début des négociations, la FNPL a transmis aux distributeurs le montant de la MPA (matière première agricole) et, d’ici à la fin des négociations commerciales 2025-2026 programmées le 1er mars, son secrétaire général, Stéphane Joandel, annonce une mobilisation nationale du réseau : « En fonction des remontés de terrain, nous irons vérifier partout si le paiement de la MPA est respecté, conformément à la loi. »
En effet, malgré des retours positifs des négociations, le syndicat évoque la persistance de mauvaises pratiques dans le box des négociations : pressions à la baisse, menaces de déréférencement. Dès le 30 janvier, ces actions syndicales viseront notamment à faire des contrôles sur l’origine des produits dans la restauration hors domicile et dans les supermarchés, mais aussi à interpeller les industriels transformateurs. La FNPL décidera ensuite la semaine prochaine si elle organise des actions « de plus grande ampleur ».
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