« Être précis sur les horaires, sinon ça peut vite déborder »

Viel éleveur et jeune éleveuse près d'un bâtiment
« C'est important de savoir où on va chaque jour, considère Sylvain Poirier. Avec un cadre, des règles, nous pouvons avoir une vie familiale à côté. » (©Monkey Business, Adobe Stock)

Ce début 2026 est l’occasion de remettre les choses à plat, l’organisation étant la clé de réussite d’une installation en société, entre tiers comme en famille. Témoignages…

« Passer d’un Gaec familial à un Gaec entre tiers : un tournant important dans la vie de la société et de la ferme », estime Damien Baisson, installé avec son oncle sur un élevage de vaches laitières en Indre-et-Loire. Suite au départ en retraite de ce dernier, il va s’associer avec Sylvain Poirier, qu’il a rencontré au cours de sa recherche d’association. Alors ils se font accompagner afin de bien cerner leurs « attentes, responsabilités et engagements » réciproques, « pour le bon fonctionnement de l’exploitation, le bien-être personnel et de la famille ».

Prendre le temps de se connaître même en famille

Il s’agit aussi de « réfléchir à la place de chacun en fonction de ses prédispositions ». Les décisions, elles, se partagent. Avec comme finalité pour le Gaec de la Basse Cour : que tous deux s’épanouissent dans leur métier d’éleveur. « Se donner les meilleures chances de réussite, être sûr de ne pas se tromper, nécessite cette phase de connaissance de nos personnalités », appuie Damien Baisson, qui insiste sur l’importance d’inclure les épouses et conjointes dans la réflexion : « Notre profession est très prenante, nous ne sommes pas les seuls à nous investir dans ce projet. »

Avant même de commencer à travailler ensemble, ils ont défini une organisation claire. Damien s’occupera plus des animaux et Sylvain des productions végétales, sachant qu’il faut savoir tout faire, être polyvalent, pour pouvoir se remplacer si besoin. « Être précis dans les horaires est important pour voir où on va dans la journée, sinon ça peut vite déborder, met en avant Sylvain. Avec un cadre, des règles, on peut avoir une vie familiale à côté. »

Les horaires sont calés sur le troupeau laitier, la traite notamment. « On a décidé de la débuter le matin à 7 h, puis d’enchaîner sur l’alimentation, les soins aux animaux. À 9 h-9h30, on se retrouve au bureau autour d’un café pour discuter du programme à suivre. Le midi, nous rentrons chacun chez nous pour ne pas être continuellement collé l’un à l’autre. L’après-midi, Damien est aux vaches, moi aux cultures. Mais lors des gros chantiers, nous pouvons être mobilisés à deux sur une même activité. Le soir, on s’est fixé la limite de 19 h pour terminer le boulot et ne pas finir à des heures indues. »

Définir une organisation avant de travailler ensemble

Ce n’est pas parce qu’on travaille en famille qu’il ne faut pas s’organiser un minimum. À Sulniac (Morbihan), Lilian Le Dirach a rejoint sa mère Rachel sur l’élevage bovin laitier familial. Depuis le départ en retraite de son père en janvier 2024, actuellement salarié de la structure, ils sont en Gaec. « Nous trayons à trois, nous en profitons pour discuter, comme le midi lors des déjeuners en commun. Le matin, nous planifions la journée. Le soir, nous faisons le bilan et parlons de l’organisation des jours suivants », détaille-t-il.

« Le considérer comme mon associé, pas comme mon fils »

L’un et l’autre ont leurs tâches préférées : l’alimentation du cheptel et les cultures pour lui, dont une grande partie est déléguée à la Cuma, l’atelier laitier, la repro en particulier, et l’administratif pour elle. Chacun trouve de « l’épanouissement dans son domaine ». Le week-end, ils tournent une semaine sur deux entre Rachel et son mari, Lilian et un apprenti. Pour les vacances, « rien n’est arrêté à l’avance, on est assez souples ».

Pour échanger, ils disposent d’un lieu neutre, un bureau sur la ferme, qui n’est ni chez lui ni chez elle. « Tous les papiers y sont centralisés, c’est plus facile pour s’y retrouver », juge Rachel. Pour communiquer, ils utilisent « les outils actuels » : SMS, groupe WhatsApp, agenda partagé. « Nous avons des responsabilités extérieures, nous notons nos réunions, cela permet de savoir où chacun est, d’organiser le travail pour les semaines qui viennent et d’éviter d’être pris tous les deux au même moment. »

Eux aussi ont sollicité un accompagnement même s’ils se connaissent, y compris dans le travail, Lilian ayant été salarié sur la structure pendant trois ans. « Sans cela, nous n’aurions pas pensé à établir un règlement intérieur, ni à se pencher sur les statuts, les assurances, reconnaît-il. Nous avons pu nous poser et nous rendre compte qu’il est crucial de toujours suivre les mêmes objectifs, de ne pas s’en écarter. » Rachel est satisfaite de la relation qu’elle a créée avec son fils, une relation d’associé. « Nous devons les considérer ainsi, pas comme nos enfants », conclut-elle.

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