Pressées par le climat, les attentes sociétales et l’émergence de nouvelles pratiques, plusieurs organismes de gestion ont rouvert leur cahier des charges. Parfois sous la pression de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) qui redoute de voir les « demandes de modification temporaire » devenir annuelles. C’est particulièrement vrai en montagne, où le climat se réchauffe plus vite.
Adapter les critères de pâturage
Pour les AOP bleu d’Auvergne et fourme d’Ambert, ce n’était plus tenable, explique leur directeur Aurélien Vorger : « Leur cahier des charges ne tolère aucun achat hors zone d’appellation : on peut surmonter une sécheresse de temps en temps avec des stocks, mais pas encaisser des sécheresses tous les ans, surtout si elles arrivent au printemps. Nous voulons donc assouplir ce critère. » Même problème et même demande en AOP cantal, qui va également retravailler les critères de pâturage. En AOP salers, où l’herbe représente 100 % de la ration de base, l’idée est d’autoriser un peu de foin quand l’herbe manque.
Ces quatre AOP auvergnates, ainsi que le laguiole, ont déjà entamé le processus de révision avec l’Inao. En Savoie, l’AOP beaufort en est aux prémices. En 2024, des groupes de réflexion ont recueilli les avis des éleveurs. « On doit faire coller le cahier des charges aux nouvelles contraintes, résume Pierre Poccard, président du syndicat. À cause du manque d’herbe, il y a eu des dérogations mais, si cela devient permanent, on ment aux consommateurs. Peut-être faudra-t-il s’adapter en limitant le cheptel, peut-être aussi faudra-t-il tester de nouvelles espèces fourragères en sursemis. Des essais sont prévus. » En Isère, c’est autant le climat que le parcellaire compliqué qui posaient problème à l’IGP saint-marcellin. « Une demande de modification du cahier des charges a été déposée à l’Inao pour passer de 20 à 15 ares/vache et remplacer les 180 jours de sortie au pré par 150 jours de pâturage, indique Bruno Neyroud, président de l’IGP. Au passage, la place de l’herbe est renforcée dans la ration. » Et le cahier des charges s’aligne ainsi sur celui de la future IGP saint-félicien, élaboré par les mêmes opérateurs.
Encadrer pour garantir le bien-être
Les pâtes persillées d’Auvergne veulent encadrer l’usage du robot de traite pour préserver le pâturage (nombre de vaches/bras de traite et nombre d’ares/vache), et insister sur la place des prairies naturelles et l’autonomie protéique. « Aucune limite de productivité par vache n’est fixée – si ce n’est par des éléments structurants comme la limitation des concentrés, mais la taille des cheptels sera encadrée pour garantir le bien-être de l’éleveur », ajoute Aurélien Vorger. En cantal et salers, une limite de productivité par vache est prévue. L’usage du robot de traite serait encadré pour le cantal et interdit en salers. « Des critères environnementaux sont prévus : encadrement de la fertilisation azotée minérale et des phytos, couverture des sols…, énumère Julien Maurs, directeur technique de l’interprofession. Et le bien-être animal est abordé à travers des critères sur le pâturage, l’accès à l’eau et le couchage en bâtiment. »
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