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Cours du colzaPourquoi de tels niveaux de prix, et jusqu'à quand ?

Malgré une légère détente cette semaine sur le marché français, le tourteau de colza pourrait repartir à la hausse, dans le sillage des prix de la graine. (©Terre-net Média)
Malgré une légère détente cette semaine sur le marché français, le tourteau de colza pourrait repartir à la hausse, dans le sillage des prix de la graine. (©Terre-net Média)

Les cours du colza atteignent des niveaux inédits. Comment l'expliquer ? Et comment peuvent évoluer les prix dans les mois qui viennent ?

600 €/t, 620 €/t, 630 €/t, 640 €/t… Les cours du colza sont ces jours-ci allés de record en record, avant de fléchir jeudi 30 septembre et se stabiliser le lendemain. Ces niveaux de prix inédits s’expliquent par une conjonction de facteurs, notent les experts, et pourraient se maintenir quelque temps.

« La grosse baisse de production observée au Canada crée un déficit énorme sur le bilan mondial du colza », avance ainsi Nathan Cordier, analyste chez Agritel. « La récolte de canola est attendue en baisse d’environ 30 % par rapport à l’an dernier, sachant que le Canada est le principal exportateur sur le marché mondial, détaille Hémeline Macret, manager du pôle analyse oléagineux chez Tallage/Stratégie grains. D’où des disponibilités très limitées « dans les pays qui ont l’habitude d’importer du canola pour le triturer et produire de l’huile ». 

Autre facteur crucial, pour l’analyste : la situation déficitaire sur le marché mondial des huiles. La récolte de tournesol est tardive cette année dans les grands bassins de production (Europe de l’ouest, Mer noire) alors que les stocks étaient bas en graine comme en huile.

« Si un opérateur a besoin de trouver de l’huile sur le rapproché, il va se reporter sur l’huile de colza, notamment celle qui est produite en Europe, où les rendements sont corrects », explique Hémeline Macret. Les triturateurs se retrouvent donc plus que jamais sollicités et « cherchent à acheter tout ce qui est disponible sur le marché en colza », d’où ces niveaux de prix spectaculaires pour l’oléagineux.

Les disponibilités sont d’autant plus faibles que beaucoup d’industriels « se sont déjà couverts pour leur approvisionnement sur une grande partie de l’année « : « le taux de colza qui a déjà été acheté est relativement élevé pour un mois de septembre ».

Huile de palme en berne et rebond de la demande

S’ajoute à cela « la forte baisse de la production d’huile de palme en Asie du Sud-Est », souligne Nathan Cordier, « plus particulièrement en Malaisie du fait du manque de travailleurs », et en conséquence des stocks mondiaux très bas et des prix hauts qui entraînent ceux du colza.

De son côté, le prix du biodiesel flambe suite à des problèmes rencontrés en Allemagne dans des usines de production d’un catalyseur de biodiesel, et le manque de disponibilité sur le rapproché est criant. « Les usines de biodiesel tournent au ralenti en France, en Allemagne, en Pologne », relève Hémeline Macret.  

Laquelle met l’accent sur le rebond post-Covid de la demande mondiale en matières premières : « Il est très fort par endroits. La consommation d’huiles augmente beaucoup, les besoins en pétrole aussi. ». Et la crise continue de perturber le volet approvisionnement : « L’offre et la logistique sont touchées. En plus des problèmes de production en huile de palme, il y a des problèmes logistiques dans les ports chinois, liés à la gestion de la crise sanitaire ».

La situation est tendue, et les récoltes qui ont démarré en tournesol en Europe et qui commencent en soja aux États-Unis peinent pour l’instant à faire pression sur les prix. « On est dans un goulot d’étranglement », résume Hémeline Macret.

Stop ou encore ?

Dès lors, à quelle évolution peut-on s’attendre dans les semaines qui viennent ? « Ça reste compliqué à dire », pour Nathan Cordier, qui évoque un « marché du biodiesel encore orienté à la hausse pour l’huile de colza » et une situation « qui reste tendue en Europe ».

Hémeline Macret prévoit, elle, un environnement très tendu « jusque le début d’année 2022 » pour le marché des oléagineux.

« L’arrivée des récoltes de tournesol devrait un peu apaiser la situation. Les prix devraient se stabiliser, peut-être baisser en cas de très bonnes récoltes ». Du côté de la Malaisie, « on peut espérer que le problème de main-d’œuvre soit résolu d’ici cinq à six mois », et donc une normalisation de la production d’huile de palme en 2022.

On peut s’attendre à une baisse des prix du complexe oléagineux lorsque la disponibilité du soja (graine et huile) et de l’huile de palme seront assurées sur 2022. Soit à partir de février-mars.

En attendant, « dès qu’on aura 15 jours de retard sur les semis au Brésil ou dès qu’il va manquer de pluie pendant 3 semaines au Brésil ou en Argentine, les prix vont repartir en hausse en soja, et colza et tournesol suivront. », escompte l’analyste de Tallage.

Et le tourteau ?

Quand le prix des graines augmente, celui du tourteau suit… Pour Marius Garrigue, analyste pour Web-agri, « le marché du tourteau a affiché une légère détente cette semaine sur le marché français » mais le risque de reprise est bien présent, porté par des marges de trituration écrasées par le prix de la graine, par la pénurie de protéine non-OGM et par des importations de tourteau de soja encore faibles.

Plus que jamais, il semble donc d’actualité de trouver des alternatives en alimentation animale…

 

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