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Paroles de lecteurs« Même pas peur d'être éleveur » : face à ce film positif, vous broyez du noir

 « Ce genre de film tente de minimiser le malaise en élevage », avance steph72. (©Page Facebook du film // Terre-net Média)
« Ce genre de film tente de minimiser le malaise en élevage », avance steph72. (©Page Facebook du film // Terre-net Média)

Suite à la publication, sur Web-agri.fr, de l'article relatant l'une des projections-débats du film "Même pas peur d'être éleveur", Tintin a interpellé la rédaction pointant du doigt le « décalage » entre les messages positifs qu'il véhicule et la teneur des commentaires qu'il a suscités, révélatrice sans aucun doute des difficultés et du mal-être de nombreux éleveurs. Il n'empêche que certains sont heureux. N'est-ce pas le métier de journaliste agricole de montrer la réalité du terrain, les situations difficiles comme les réussites, donc les mauvais comme les bons côtés du métier d'éleveur ?

Le message de Tintin adressé à Web-agri

Tintin : « Hé les journalistes de Web-agri, un tel décalage entre votre article, tout rose, et les commentaires, tout noirs, doit forcement vous faire réagir ? Pas une seule réaction positive ?! Comment expliquer cela ? En tout cas, c'est bien la preuve du fossé qui existe entre les paysans et les autres (...) »ons à vous exprimer dès que vous le souhaitez sur quelque sujet que ce soit. 

La réponse de la rédaction : Nous sommes bien conscients que l'élevage connaît une période très compliquée et nous tentons de vous accompagner au mieux. D'ailleurs, la ligne rédactionnelle de Web-agri est de montrer tous les systèmes d'élevage, avec leurs atouts et leurs contraintes, les choses qui fonctionnent et celles qui marchent moins bien. Nous donnons régulièrement la parole aux éleveurs, à travers des témoignages, reportages et revues de commentaires, à ceux qui y arrivent et s'épanouissent dans leur métier comme à ceux qui rencontrent des obstacles.Nous vous invitons à vous exprimer dès que vous le souhaitez sur quelque sujet que ce soit. 

... et la salve de commentaires auxquels il fait allusion

Carmel : « Va falloir cesser de croire au Père Noël et redescendre sur terre ! Faire miroiter une belle vie aux jeunes à la ferme, ça paraît sympa mais la réalité est tout autre. Au début et sur le papier ou dans le film, tout est rose mais quand vous produisez et travaillez dur tous les jours pour que vos produits partent à des prix dérisoires et pour perdre de l'argent... Je me pose la question : les éleveurs filmés sont-ils toujours en activité ? Installer des jeunes agriculteurs, c'est faire vivre la mafia agricole (coops, banques, etc.) pour finir comme un clochard. Alors, non merci ! »

The germs : « Ils en parlent, dans leur film, des veaux mâles qui ne partent pas ou qui partent au rabais ? Allez, venez les jeunes !! »

steph72 : « Ce genre de film tente de minimiser le malaise en élevage. Au lieu de dire que beaucoup d'éleveurs vont bien, le technicien de coop devrait plutôt reconnaître que les prix pratiqués par les coopératives agricoles sont souvent à la traîne. C'est pas pour rien que de plus en plus de producteurs arrêtent les productions animales avant la retraite, soit pour cultiver uniquement des céréales soit pour faire un autre métier. Ça sent mauvais pour les filières d'élevage, les jeunes ne veulent pas vivre ce que leurs parents ont connu. Quant à ceux du film, je suppose qu'ils ne feront pas une carrière complète d'éleveur, ils sont trop idéalistes. »

Du monde des bisounours à la triste réalité

Sam24 : « Bienvenue au pays des Bisounours ! Qui a financé le documentaire ? »

Jersiaise : « Ceux qui n'arrivent pas à trouver des prix rémunérateurs pour nos produits et font crever l'élevage. Ils cherchent des candidats à l'installation en productions animales pour prolonger les prélèvements sur les payes de lait ! Très mauvaise façon de communiquer en tout cas. »

Débutant : «  Le problème n'est pas là. Dans une filière, tout le monde doit vivre de son travail, tout simplement. Par ailleurs, faut cesser de prendre les jeunes pour des pigeons ! Seul un prix du lait rémunérateur peut leur assurer un avenir, comme pour les éleveurs en place du reste. Je ne comprends pas cette com' a la c... de la filière laitière qui veut cacher la misère derrière ce film. Un autre est sorti il y a quelques semaines et montre très bien l'envers du décor. Quand aux profs, logiquement, ils nous apprennent à calculer le coût de production d'un litre de lait. J'espère qu'ils n'oublient pas la rémunération ! Être jeune et motivé, c'est très bien mais cela ne veut pas dire être insouciant !! »

La passion ne suffit pas

The germs : « Le pire n'est même pas le manque d'installations en élevage : selon la MSA, 20 % des jeunes éleveurs quittent le métier dans les cinq ans suivants leur installation. Même quand on réussit à installer des jeunes en production animale, ces derniers s'en vont. Alors, on peut faire des films, la réalité nous rattrape toujours !! »

Terminé : « Quand on est passionné et motivé, on trouve toujours des solutions ? C'est faux, entièrement faux. Je suis passionné et j'ai utilisé tous les leviers possibles pour m'en sortir. Au final, ma ferme est en liquidation judiciaire. Je perds tout, je dois quitter les lieux et retrouver au plus vite un autre emploi. J'espère me découvrir une autre passion, une passion qui cette fois me fera vivre. Même avec beaucoup de courage et de volonté, celle-ci ne suffit plus quand on est face à un rouleau compresseur qui vous écrase. Même les meilleurs y laissent leur peau. En amont comme en aval des filières agricoles, les producteurs luttent dans le vide. Comment lutter d'ailleurs contre un contexte agricole catastrophique comme il ne l'a jamais été auparavant ? D'autres secteurs d'activité s'en sortent pourtant très bien. (...) Fini le temps où les agriculteurs pouvaient emprunter, investir et rembourser. Aujourd'hui, ils ont perdu tout pouvoir et leurs biens avec. Un drame économique et social. »

Jmb67 : « Les conditions de travail en élevage se sont dégradées depuis 2009 et beaucoup d'éleveurs n'ont plus envie de continuer. La passion du métier a aussi ses limites et derrière des sourires se cache souvent le mal-être profond des agriculteurs. »

Patrice Brachet : « (...) J'ai bien peur qu'il ne soit trop tard ! Les agriculteurs sont mal compris, montrés du doigt, voire diabolisés, aimés et haïs en même temps... Les médias ont leur part de responsabilité aussi. Bref, il faut un sacré moral pour se lancer ! »

« J'interdis à mes enfants d'envisager l'élevage ! »

Tintin : « Veut-on faire vivre à nos enfants la même vie que nous ? Être pris pour des c... par nos coops, l'administration et maintenant les citoyens ? »

ceres : « Perso, c'est très simple, j'interdis à mes enfants d'envisager, ne serait-ce qu'une seule seconde, un avenir dans l'élevage !! La ferme deviendra ce qu'elle deviendra, je m'en moque complètement. Je leur interdis de sacrifier leur vie et leur santé pour gagner un demi salaire, être jeté en pâture à une société trop bien nourrie et qui n'a pas la reconnaissance du ventre, bosser comme des fous et prendre des risques financiers pour que les autres maillons de la chaîne en profitent ! Tous ces profiteurs commencent à trembler pour leur avenir s'ils n'ont plus d'esclave pour leur fournir leur matière première... (...) »

Seul Hub « trouve que c'est une chance d'être éleveur »

Hub : « Ben moi, à part les vaches, j'ai beau cherché, je ne vois rien d'autre qui m'attire. Je trouve même que c'est une chance d'être agriculteur. (...) Je ne trouverais pas mieux ailleurs qu'ici avec mes vaches. Le cadre agréable et la qualité de vie compensent largement le fait que je gagne moins bien ma vie que les autres. Faites tout de même attention, les jeunes, le rêve peut vite virer au cauchemar... »

Débutant : « Ce fut une belle profession avant qu'elle ne sombre dans la course infernale à la compétitivité ! Elle ne peut le rester que si les agris redeviennent maîtres à bord du navire de l'agriculture et ne soient que des rameurs toujours cantonnés au même poste. »

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