Florent voulait s’installer seul, Julien cherchait un associé, pourtant…

Deux éleveurs dans une stabulation de vaches laitières
Il ne faut pas « foncer tête baissée » et « laisser croire à l'un ou l'autre que l'association est possible alors qu'au final non ». (©Photo d'illustration // Countrypixel, Adobe Stock)

… ils se sont dit que ça pourrait marcher et se sont lancés dans l’aventure. Ce qui les a convaincus ? Y aller progressivement et prendre le temps de réfléchir, analyser et valider chaque étape avant de passer à la suivante.

Julien veut remplacer l’un des quatre associés du Gaec des Jonquilles, qui va prendre sa retraite agricole. Une exploitation de vaches laitières sur la commune de L’Hébergement en Vendée. Florent envisage une installation en élevage dans cette production, mais seul. Comment se sont-ils dit que cela pourrait le faire ? D’autant que Florent tient à sa liberté et son indépendance, et que son projet initial serait ainsi pas mal modifié.

Tout a commencé par une rencontre, mais pas entre les deux hommes. Il y a deux ans, le Gab 85 (Groupement d’agriculture biologique) organisait une journée d’échanges sur la ferme. Julien n’était pas présent, son associé Jean-Luc si. « Le soir, il me raconte : j’ai rencontré un jeune, il ne veut pas s’installer en Gaec mais son profil est quand même intéressant. Ce serait dommage de passer à côté et de ne pas le contacter. Jean-Luc avait pris ses coordonnées, je l’ai appelé », témoigne l’éleveur au salon Tech’Élevage, organisé en Vendée du 18 au 20 novembre dernier.

Comment penser que ça pourrait le faire ?

Le Gaec cherchait un successeur à Denis depuis sept ans, ce dernier partant à la retraite le 31 décembre 2025, explique Julien (pour Jean-Luc, la date approche également : mai 2027). Il s’est donc inscrit au répertoire départ installation du département. « Nous avions anticipé heureusement !, lance le producteur. Nous avons eu une dizaine de contacts, dont trois via le RDI, plutôt pertinents, et plusieurs par d’autres biais, parfois assez éloignés du monde agricole avec des projets très divers. »

« Deux sont allés assez loin jusqu’à la découverte de la ferme, poursuit-il. Sans que cela aboutisse : les envies et attentes de part et d’autre n’étaient pas compatibles, de même que les personnalités. » Florent a été le troisième candidat sérieux. Depuis la fin de ses études, il souhaite s’installer en bovins lait. Non issu du milieu agricole, il a préféré d’abord travailler dans différentes exploitations pour acquérir de l’expérience. En parallèle, il s’est mis en quête d’une ferme à reprendre en individuel.

Avancer de manière très très progressive

De « nature prudente », et réticent de prime abord à une installation agricole sociétaire, il a voulu avant toute chose découvrir la structure sur une courte période puis « si ça se passe bien, pendant plus longtemps ». Julien lui a proposé deux entretiens individuels d’une demi-journée, puis un jour de travail au sein du Gaec et ensuite trois autres, une semaine, trois semaines, trois mois jusqu’à un CDD d’un an. Avec du temps entre chaque étape pour se poser et réfléchir avant de décider, d’un commun accord, de démarrer la suivante.

« On était d’accord sur cette formule qui n’engageait à rien. C’était clair dans nos esprits dès le départ », pointe l’exploitant qui s’est installé dans la société agricole il y a dix ans. Une façon d’avancer, très progressive, qui correspond parfaitement au caractère de Florent : « Il aurait sans doute refusé d’emblée un stage de parrainage. » Cela évite de « foncer tête baissée » et surtout de « laisser croire à l’un ou l’autre que notre association est possible alors qu’au final non », insiste-t-il. Tous deux jugent cette progressivité indispensable.

« Des compromis que l’on recherche ensemble »

De même que « faire des concessions et rechercher le meilleur compromis entre ce qui est important pour chacun », estime Florent « Des compromis que l’on trouve ensemble plus que des concessions, ce terme est un peu fort, enchaîne Julien. Des associés doivent être en phase sur leur vision de l’entrepreneuriat, de l’agriculture et du métier d’éleveur, comme ici jusqu’à présent. Avec Florent aussi, il y a des modèles auxquels on croit et d’autres que nous rejetons. »

Entre associés, une vision commune et un même mode de fonctionnement.

« Une entreprise fonctionne avec des objectifs qu’il faut faire converger au sein de la société, appuie Jean-Philippe Arnaud, conseiller transmission à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Essentiel pour que la greffe prenne. » Autre clé de succès : des modes de fonctionnement assez proches. « Nous sommes des hommes de dialogue : tout est discutable, ouvert, fluide, naturel, sans non-dit ni tabou. Les choses sont posées sur la table, dans l’écoute et la bienveillance. À partir de là, on peut construire quelque chose », détaille Julien.

« Nous avons bougé pas mal de lignes »

Il faut aussi revoir les rôles et responsabilités de chaque membre du Gaec, et l’organisation générale. « Nous avons bougé de nombreuses lignes, pas toujours simple pour ceux qui passent le relais, notamment sur des missions qu’ils ont effectuées toute leur carrière », reconnaît Julien. Un moyen de les impliquer dans cette phase de transition de la société. « Ils ont participé tout en prenant de la distance puisqu’à terme, l’histoire de l’entreprise continuera sans eux. » Lui et le nouvel entrant ont exprimé leurs souhaits : être responsable de l’élevage pour Florent et des cultures pour Julien qu’il gère depuis son arrivée.

« Le lait est l’atelier qui nous fait vivre, il représente 70 % de l’EBE. Il est plus difficile pour Jean-Luc, qui en avait la charge, de passer la main que pour Denis, qui ne s’en occupait pas », fait remarquer ce dernier. Alors Jean-Luc s’est mis à 80 % il y a un an et à 60 % depuis le 1er janvier, pour « faciliter le lâcher prise ». « Une loi autorise désormais le temps partiel dans un Gaec avec réduction au prorata du capital social », précise Julien. Est-il prévu d’ailleurs d’intégrer un nouveau membre pour prendre sa suite ?

« Une vraie cogestion saine, sereine et heureuse »

Florent, installé depuis le 1er janvier, ne se sent pas prêt contrairement à Julien et ses dix ans d’ancienneté sur l’exploitation. Mais celui-ci comprend tout à fait : « En attendant, d’autres solutions existent comme l’embauche d’un deuxième salarié. Florent à tout juste un pied dans l’entreprise, nous sommes dans une phase différente de la vie de la structure. Mieux vaut réussir son intégration et être dans une vraie cogestion saine, sereine et heureuse plutôt que de précipiter l’accueil d’un autre associé et de casser un équilibre humain qui reste encore fragile. »

Venu écouter ces témoignages, Freddy fait lui aussi partie d’un Gaec à quatre associés, dont deux sont partis ou sur le départ. L’un des salariés désire s’y installer, « mais nous ne lui mettons pas non plus le couteau sous la gorge, il faut laisser le temps au temps », confirme-t-il. La structure est à la recherche d’une deuxième personne pour rester à quatre. Deux installations ici aussi en peu de temps.

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