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À la Ferme des CharmesMéthaniseur et séchoir en grange pour l'autonomie des élevages autour

Pour Jules Charmoy, polyculteur-éleveur en Dordogne, le méthaniseur et le séchoir vont permettre de « développer une cohérence territoriale autour de l'autonomie alimentaire et énergétique des élevages ».(©Solagro//Vimeo)
Pour Jules Charmoy, polyculteur-éleveur en Dordogne, le méthaniseur et le séchoir vont permettre de « développer une cohérence territoriale autour de l'autonomie alimentaire et énergétique des élevages ».(©Solagro//Vimeo)

Le Gaec "La Ferme des Charmes" en Dordogne est l'un des cinq lauréats de l’appel à projet 2020 "Cap sur l’agriculture durable en Nouvelle-Aquitaine", dont le palmarès a été dévoilé cet été à cause de la crise sanitaire. Jules et Stéphanie Charmoy ont été sélectionnés parce qu'ils veulent investir dans un séchoir à foin, alimenté par la chaleur fournie via le méthaniseur présent sur la ferme depuis 2019. Objectif : « ne plus consommer d'énergie fossile pour produire de l'énergie alimentaire. »

Jules Charmoy et sa femme Stéphanie sont installés en polyculture-élevage biologique sur une exploitation de 272 ha à Saint-Aquilin en Dordogne. Ils y élèvent 110 bœufs et 64 vaches allaitantes de race limousine (80 veaux/an), quatre mois maximum en bâtiment, ainsi que des porcs plein air. Ils cultivent diverses productions végétales (blé, maïs popcorn, avoine, petit et grand épeautre, sarrazin, seigle et sorgho en cultures intermédiaires, pois, lentillon, soja, tournesol, luzerne, noix) et transforment une partie de leurs productions en farine, viande fraîche, charcuterie et plats cuisinés, commercialisés en circuits courts (45 % en vente directe, 30 % en Amap et 15 % en magasins de producteurs). Autonomie et économie circulaire sont au cœur des préoccupations du Gaec de La Ferme des Charmes.

L'agriculture n'a pas qu'une vocation nourricière

Sensibilisés au changement climatique depuis le protocole de Kyoto de 1992, les éleveurs cherchent à « ne plus consommer d’énergie fossile pour produire de l’énergie alimentaire ». Car selon eux, l'agriculture n'a pas qu'une vocation nourricière. Après sept ans de travail et démarches (la réglementation et l'administratif prennent beaucoup de temps), ils inaugurent en 2019 une unité de méthanisation (300 kW en cogénération sans séparation de phases), qui produit de l'électricité revendue à EDF (2 400 MWh/an à termes) et de la chaleur (2 800 MWh/an) pour faire fonctionner le digesteur et le post-digesteur, puis chauffer des bureaux et des maisons individuelles. Y sont mélangés les effluents d'élevage et les matières végétales des neuf exploitations engagées, les Cive de deux d'entre elles, les déchets de silos de céréales de la Corab et le lactosérum de la fromagerie Le Chêne Vert (11 000 t en tout).

Jules Charmoy explique son projet dans une vidéo publiée par Solagro sur Vimeo :

Cliquer sur le curseur pour lancer la vidéo.

« Des systèmes diversifiés, autonomes et durables »

L'année d'après, ils ont voulu aller encore plus loin avec un séchoir en grange multi-produits (dont du foin en vrac et de la luzerne, ce qui devrait permettre de développer cette culture dans les assolements régionaux), alimenté par la chaleur du méthaniseur. Un investissement substantiel mais qui permet de moins dépendre de la météo notamment ! L'installation comprend six cellules à plat, un ventilateur de 37 kW avec variateur de fréquence et des capteurs solaires thermiques. Il séchera 800 t de MS de fourrages, 1 200 t de céréales, et 2 000 t de bois, dont il améliorera la conservation (diminution des UV, moisissures, mycotoxines, etc.).

Pour le financer, il ont participé à l’appel à projet 2020 "Cap sur l’agriculture durable en Nouvelle-Aquitaine", dont les résultats ont été annoncés fin juin 2021 en raison de la pandémie de Covid-19 ; les experts de la Fondation pour une agriculture durable en Nouvelle-Aquitaine, qui pilote cette opération, n'ayant pu visiter les fermes candidates qu'au printemps dernier. Et ils font partis des 5 initiatives soutenues (bourse de 1 500 €) sur les 13 dossiers en lice, avec pour finalité : favoriser le développement de « systèmes agricoles plus diversifiés, autonomes et durables, non pas à reproduire en l’état », mais qui peuvent servir d'exemple à chaque agriculteur en quête d'évolutions pour « renforcer la durabilité » de son exploitation.

Une triple stratégie : économique, agronomique et environnementale

Les producteurs s'efforcent en effet de faire évoluer leurs pratiques en permanence, s'inspirant des différents modèles que Jules a pu observer depuis son installation en 1999 (Stéphanie s'est installée en 2017), au cours de ses nombreux voyages. Le méthaniseur et le séchoir s'inscrivent dans leur volonté de « développer une cohérence territoriale autour de l'autonomie alimentaire et énergétique des élevages, comme de la valorisation des déchets végétaux et effluents animaux ». Il s'agit « d'unir les forces du territoire, autour d'un projet multi-partenarial issu d'une réflexion collective, pour profiter d’une production intelligente et solidaire », insistent-ils. Objectif premier : répondre aux besoins des éleveurs locaux. 

Le couple s'appuie sur une triple stratégie :

  • économique pour : « rechercher l’autonomie et créer de la valeur ajoutée en diversifiant et valorisant les productions de la ferme », et en utilisant du matériel adapté ;
  • agronomique pour : « développer l'approche systémique et renforcer la technicité de production via des essais réguliers et en conservant l'élevage pour l'aménagement et l'entretien de l'espace (maintien d'une centaine d'hectares de prairies et réalisation d'échanges paille/fumier/Cive, digestat/fumier, purin), en favorisant les variétés résistantes aux maladies, les semences fermières, l'allongement des rotations et les couverts végétaux, les apports de digestats qui limitent le recours aux engrais et maintiennent les sols vivants » ;
  • environnementale et sociale pour : « accroître la production d'énergie dans une ferme sans pétrole (réduction des GES), ainsi que les approches territoriales, afin de valoriser les ressources de l'exploitation et du territoire dans une approche d'économie circulaire », en veillant à l'aspect social (management des salariés, gestion des priorités et des critiques). 

36 000 €/an d'engrais organique économisé

Dès le début des années 2000, Jules Charmoy avait participé, avec la Cuma des Tourteaux, à un travail sur l'utilisation des tourteaux de tournesol comme carburant. Ce même groupe de neuf producteurs prend conscience d'un manque dans la région de fertilisants minéraux et de fourrages de qualité (problèmes de séchage), alors que l'élevage fournit une quantité importante de biomasse valorisable. D'où l'idée de la méthanisation, au travers de l'association Méthacycle qui obtient le label GIEE, et du séchage en grange.

Dans cette vidéo publiée par Solagro sur Vimeo, Jules Charmoy nous en dit plus sur son collectif d'agriculteurs, en particulier sur son intérêt pour monter des projets de méthanisation ou de séchage en grange :

Cliquer sur le curseur pour lancer la vidéo.

C'est la Cuma également qui épand le digestat brut (9 000 t) sur 400 ha à l'aide d'un épandeur enfouisseur sans tonne, avec ajout possible de pendillards. Le Gaec de La Ferme des Charmes économise ainsi 36 000 €/an d'engrais organique. Ses ambitions à plus ou moins brève échéance pour le méthaniseur : accroître la capacité du moteur de cogénération de 50 kW, introduire de nouvelles matières organiques ou végétales grâce à de nouveaux clients, créer une station GNV pour les engins de l'exploitation. Et pour le séchoir en grange : optimiser son utilisation en diversifiant les intrants et en augmentant le nombre d'agriculteurs fournisseurs.

Source : communiqué de la chambre d'agriculture d'Aquitaine, vidéos Vimeo, site interet https://osez-agroecologie.org/ 

Journaliste installation/transmission des exploitations

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