Publié par Solagro, le rapport Afterres étudie depuis 2011 comment une refonte des systèmes de production et de consommation permettrait de relever les défis climatiques, alimentaires et écologiques à horizon 2050. En amont de la présentation de l’édition 2026, un webinaire organisé par l’Afja, l’AJE et l’AJDE a fait le point sur différents enjeux, dont les tensions sur les filières d’élevage.
Lire le rapport sur le site d’Afterres 2050
Une décapitalisation « pas prête de s’arrêter »
Entre 2016 et 2024, le cheptel français a perdu 600 000 vaches allaitantes (- 15 %) et 400 000 laitières (- 10 %), une diminution de 2 à 3 % par an qui met en difficulté économique les abattoirs, déjà faiblement rentables, explique Sylvain Doublet, responsable Agronomie Climat Bioressource chez Solagro. Pour la première fois cette année, la France pourrait ainsi devenir importatrice nette de lait et de produits laitiers.
En cause, une baisse de revenus des éleveurs liée, premièrement, à la forte réduction de la main-d’œuvre familiale. Les systèmes d’élevage bovin sont encore souvent « des systèmes où la génération d’au-dessus reste sur la ferme et prend part aux travaux », détaille Sylvain Doublet. 20 à 30 % de la main-d’œuvre sur les fermes serait ainsi constituée des ascendants. Or, cette génération commence à disparaître, obligeant les éleveurs à embaucher, donc à augmenter leurs charges salariales.
En parallèle, les éleveurs sont confrontés à une flambée des charges fixes (salaires, intrants, carburant…) alors que les recettes n’augmentent pas aussi vite, pour des raisons qui tiennent à l’organisation de la filière. La valeur ajoutée liée à l’engraissement des broutards n’est ainsi pas réalisée en France mais en Italie, et par ailleurs, face à un acteur surpuissant – Bigard – les marges de négociations se révèlent très faibles. Enfin, la consommation de viande bovine est désormais tirée par le steak haché, une viande qui n’est pas vendue chère comparativement aux autres morceaux.
La problématique est assez similaire dans la filière laitière, avec des acteurs surpuissants et une « commodisation du lait », qui met en concurrence les produits du lait (protéines, graisse de lait) sur le marché mondial, explique Sylvain Doublet, estimant par conséquent que « la décapitalisation n’est pas prête de s’arrêter ».
Rééquilibrer l’élevage bovin laitier et allaitant sur le territoire
Le scénario Afterres propose néanmoins plusieurs réponses pour « sortir sans subir » de cette situation. Il s’agit de produire plus de valeur ajoutée sur le territoire, avec des animaux finis en France, de réduire le nombre de bovins tout en les maintenant le plus possible là où se trouvent les prairies, ou encore de favoriser les races mixtes.
Pour cela, il faut penser la relocalisation des systèmes d’élevage bovin en France. Ainsi, « une partie de la production de lait part en dehors de la Bretagne pour se répartir sur les systèmes où il y a de l’herbe à disposition », explique Sylvain Doublet, et « on sort les élevages des zones où il y a du maïs fourrage, pour des raisons de dépendance à l’eau », ajoute-t-il.
Afterres différencie les stratégies en fonction des territoires :
- dans le Grand-Ouest, il s’agit de réduire fortement le cheptel et d’extensifier,
- autour du Bassin Parisien, en Haute-Normandie ou en Lorraine, l’élevage laitier de polyculture-élevage est à prioriser, en favorisant les races légères mixtes,
- dans les Vosges, la Franche-Comté, l’Auvergne, une réduction du chargement doit être amorcée dans les zones sensibles,
- enfin dans le nord et l’ouest du Massif-Central, la Vendée, le Sud-Ouest et les Pyrénées centrales, Afterres préconise « une combinaison de solutions dans un contexte de forte réduction du cheptel allaitant », avec une réintroduction du lait.
Le scénario évoque également, entre autres leviers de transition, une labellisation de l’élevage à l’herbe (intégrée aux référentiels des labels existants), la rémunération des services écosystémiques et l’implication plus forte des collectivités territoriales.
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