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[Témoignage] Mon projet mon avenirAménager ses prairies grâce au financement participatif

Arnaud Torchy élève des Jersiaises pour la qualité de leur lait, leur comportement affectueux, leur petit gabarit et leur facilité de vêlage. (©Arnaud Torchy)
Arnaud Torchy élève des Jersiaises pour la qualité de leur lait, leur comportement affectueux, leur petit gabarit et leur facilité de vêlage. (©Arnaud Torchy)

Parce qu'il a basé son système sur l'herbe et le pâturage, Arnaud Torchy s'est lancé dans un projet de réaménagement de ses prairies et chemins d'accès. Et pour le financer, il a fait un appel aux dons sur Miimosa. Ayant récolté 100 % de la somme qu'il s'était fixée, il va pouvoir réaliser les travaux prévus pour optimiser son système herbager et pouvoir, un jour, le transmettre.

À 42 ans, Arnaud Torchy a voulu revenir à l'agriculture dont il est issu. Ses parents, à la retraite, sont d'anciens éleveurs de porcs, veaux de boucherie puis volailles en vente directe. S'il est depuis toujours « passionné par le vivant et les animaux », c'est plutôt l'élevage laitier qui, lui, l'intéresse. En 2017, ce livreur de lait pour Danone saute le pas, en conservant pendant deux-trois ans une double activité pour sécuriser son projet : reprendre, avec sa femme Karine, la ferme bio de la Barre à Formigny-la-Bataille en Normandie (Calvados), composée de 48 ha de prairies naturelles regroupées.

« Du moment qu'il y a la passion, on peut se lancer », estime-t-il dans un podcast réalisé par le collectif Faire bien (cf. bas de l'article). Le couple retape les anciens bâtiments à l'abandon et notamment l'écurie où les vaches seront logées en aire paillée. Mais il lui faut constituer son troupeau alors il acquiert, en 2018, des génisses jersiaises de quatre mois, pour qu'elles « s'habituent à l'exploitation, son microbisme, ses bâtiments, ses parcelles ». Il apprécie en effet cette race des îles anglo-normandes pour son petit gabarit − 450 kg adulte −, son comportement affectueux, son lait de qualité et ses vêlages faciles, « en 30 minutes sans intervention humaine ou presque ». Des qualités qui font que la Jersiaise « revient au goût du jour même dans les grands troupeaux ».

Valoriser l'herbe sans mécanisation, pour un bilan carbone moindre.

Aujourd'hui, Arnaud et Karine élèvent une cinquantaine de vaches, 100 % à l'herbe. Même l'hiver, celles-ci sortent en pâture l'après-midi. « Le pâturage permet de valoriser l'herbe sans mécanisation, d'où un bilan carbone moindre », poursuit sur le site miimosa.com le producteur engagé dans le programme "Les 2 pieds sur Terre" de sa laiterie Les Deux Vaches, afin de « réduire l'empreinte carbone de son exploitation » en lien avec ses « convictions environnementales et en termes de bien-être animal ».

« Optimiser le nombre de jours pâturés »

jersiaises chez arnaud torchy
Le troupeau est alimenté 100 % à l'herbe. (©Arnaud Torchy)
L'éleveur groupe donc les vêlages sur la période la plus courte possible, en février, pour que les veaux naissent au démarrage de la pousse de l'herbe et pâturent le plus tôt possible. Il a aussi conçu une salle de traite mobile pour traire directement au pâturage, comme certains de ses collègues en zones de montagnes : un chariot sur roues, transportable avec un tracteur, en 2x5 postes tout de même, avec du matériel acheté d'occasion. « Même si on n'en voit pas beaucoup en Normandie, cette installation a tous les avantages d'une salle de traite moderne », juge-t-il dans les podcasts à écouter ci-dessous, avec selon lui un gain indéniable de temps, sanitaire et au niveau de la production laitière.

Car plus besoin d'aller chercher les bêtes au pré deux fois par jour, il suffit de ramener le lait. « 1 km à parcourir pour une cinquantaine de vaches, c'est 40 min de perdu et un litre/VL ! », insiste-t-il, sans compter « les problèmes de pattes ». Et l'hiver, on peut se servir de l'équipement en fixe, dans la stabulation. À noter toutefois : ce type de salle de traite est moins avantageux, s'il faut prendre la route avec le chariot. Puisqu'il alimente ses vaches entièrement à l'herbe et maximise le pâturage, le producteur a ensuite cherché à améliorer l'aménagement de ses parcelles et des 1,5 km de chemins d'accès, qui comportent aujourd'hui pas mal de trous.

Un paddock d'herbe fraîche chaque jour.

Deux ans de travaux pour poser des clôtures, des fils pour les paddocks et installer des bacs à eau. Sans oublier la construction d'une plateforme pour le chariot de traite. « Les chemins encaissés permettent de sortir les vaches plus tôt et plus tard dans la saison, sans s'abîmer les pattes, et d'optimiser ainsi le nombre de jours pâturés, explique Arnaud. Ainsi, elles disposeront chaque jour d'un nouveau paddock d'herbe fraîche. »

Objectif : transmettre un jour

Un investissement total de 36 000 € (22 000 € pour les chemins, 5 800 € pour les clôtures et 8 200 € pour les bacs à eau) pour lequel l'éleveur a obtenu une subvention de 17 000 € de sa laiterie, située au Molay-Littry. 1 000 € seront autofinancés ou empruntés à la banque et pour les 18 000 € restants, il fait appel à l'automne 2020 au financement participatif sur la plateforme Miimosa. Au total, 18 160 € sont collectés sous forme de dons avec contreparties et un donateur lui a même offert une cloche, qu'il a bien sûr mise au cou de la vache d'une de ses filles.

chemin d acces aux patures avant et après travaux chez arnaud torchy
Exemple de chemin d'accès aux pâtures avant et après travaux. (©Arnaud Torchy)

Lucie, 15 ans, et Emma, 18 ans, n'étaient pas très partantes au départ pour quitter leur maison, leur école et leurs amis, même si la ferme n'est pas très loin. Mais elles se sont vite faites à leur nouvelle vie et sont à l'aise au milieu des bêtes. Elles aident volontiers Arnaud, comme le font aussi son épouse, et son père. Le producteur ne regrette pas non plus son changement de métier et de façon de vivre, pour lequel certaines personnes de son entourage émettaient quelques réserves.

Produire moins mais mieux, en s'installant plus tard.

Et il a encore plein de projets en tête, comme conforter l'activité d'agritourisme de son épouse (deux gîtes au sein de l'exploitation, proche des plages du débarquement), se lancer dans la transformation du lait à la ferme et plus tard, transmettre son élevage en prenant un jeune en formation quelques années avant. Objectif : l'aider à bien s'organiser, à trouver un bon équilibre entre vie pro et perso, et à raisonner ses investissements en fonction de son cheptel. D'ailleurs, pour tous ces aspects, comme celui de produire moins mais mieux, Arnaud se félicite de ne pas s'être installé trop jeune.

Journaliste installation/transmission des exploitations

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