« Un modèle rentable et crédible auprès des banques pour s’installer en bovin lait »

Fabrication de fromages
Une hausse des ventes et de la main-d'oeuvre derrière. (©FreeProd, Adobe Stock, photo d'illustration)

Invitation à la ferme a lancé, au Salon de l’agriculture, outre l’accompagnement proposé aux éleveurs souhaitant faire de la transformation laitière, un plan spécifique pour les jeunes installés, baptisé « Invitation à l’installation ». Présentation, témoignages à l’appui de deux jeunes producteurs membres du réseau.

« Invitation à la ferme existe depuis 11 ans. Certains des éleveurs, que nous avons accompagnés pour le lancement de leur atelier de transformation laitière et que nous suivons depuis, sont maintenant proches de la retraite », constate Corinne Charote, responsable communication, lors d’une interview au Salon de l’agriculture 2026. Pour Laurence et André Ranou par exemple, à la ferme des P’tits Korrigans dans le Finistère, c’est dans une dizaine d’années. Or, aucun de leurs quatre enfants ne semble vouloir reprendre l’exploitation.

D’où l’idée d’un plan pour favoriser l’installation des jeunes éleveurs au sein du réseau. Prévu pour le moment pour 2026, il vise à « lever les freins économiques et à redonner de la viabilité aux projets ». Baptisé « Invitation à l’installation », il permet notamment le prêt de matériel aux futurs et jeunes installés en élevage bovin lait, adhérents à l’organisation, gratuitement pendant un an : cuve de pasteurisation, conditionneuse à yaourts, etc. « Une cuve coûte 20 000 à 25 000 €, une conditionneuse 50 000 € », rappelle Corinne Charote. Une économie bienvenue quand on s’installe et qu’il faut déjà reprendre le cheptel, les terres, les bâtiments… »

Prêt de matériel pendant un an

Pour faciliter le financement, l’une des principales difficultés avec l’accès au foncier, le plan propose un contact privilégié avec la Banque Populaire en vue d’un accompagnement spécifique, tout en laissant la liberté de choisir un autre établissement bancaire. « Invitation à l’installation » entend aussi encourager les moments d’échanges entre nouveaux installés, et envisage de mettre en place un tutorat avec les producteurs en place depuis quelque temps. Pour rappel : le réseau rassemble des exploitations laitières bio transformant, au moins pour partie, le lait qu’elles produisent en yaourts, fromages et glaces, vendus en direct ou en circuits courts.

« Un coup de pouce pour se lancer »

Le réseau met à disposition les recettes et ingrédients, la marque « invitation à la ferme », et une expertise technique et commerciale pour la création d’un atelier de transformation (équipements, étude de marché, business plan, démarches administratives, normes, gamme de produits, clientèle…). Autant de coups de pousse pour démarrer l’activité, surtout si celle-ci est créée au moment de l’installation. C’est le cas le Léo Colas, installé en Mayenne depuis 2019 en Gaec avec ses parents. « Cela m’a aidé à me lancer, je savais où j’allais, avec des produits au point dès le début et un retour économique assuré », nous confie-t-il.

Je savais où j’allais, avec un retour économique assuré.

Il salue l’apport de connaissances et d’expérience dont il a pu bénéficier, de la part des salariés d’Invitation à la ferme, chacun spécialisé dans un domaine (commercialisation, marketing, etc.), et via les échanges entre producteurs et visites d’exploitations dans le réseau. Aujourd’hui encore. « Nous avons un groupe WhatsApp entre nous. En 10 min, on a la réponse à notre question, même à 6 h du matin ! », lance-t-il. Il cite aussi le référencement plus facile et rapide des produits en magasins bio, GMS et restauration collective.

« Auparavant, nous vendions à la ferme en soirée et le week-end, c’était contraignant pour nous comme pour les salariés », ajoute-t-il La production laitière de la structure est passée de 350 000 l à 1 Ml, et le nombre d’UTH de 2 à 10 (lui et 9 salariés, dont 8,5 sur la partie transfo). « En plus de créer de l’emploi sur le territoire, l’impact économique est notable par rapport à la vente classique de lait », reconnaît Léo qui apprécie « d’avoir un pied à l’extérieur de l’élevage ».

« Les ventes ont fortement augmenté »

Marie Bontant, elle, s’installe cette année avec son frère, sur la ferme familiale à Abainville dans la Meuse – elle fait partie de celles en phase de transmission évoquées par Invitation à la ferme –, sans toutefois partir de zéro en transformation laitière. Ses parents en faisaient déjà quand ils ont rejoint le réseau en 2016. L’année d’après, ils sont passés en agriculture biologique.

« Ils cherchaient à développer les yaourts, explique-t-elle. La structure, de 2,5 UTH au départ, en compte désormais 10 et les ventes ont fortement augmenté. » Les produits sont commercialisés dans une centaine de points de vente : à la ferme, dans une boutique qu’ils ont en commun avec d’autres producteurs, divers magasins et en RHD.

Marie Bontant jeune éleveuse du réseau Invitation à la ferme
Marie Bontant au Salon de l'agriculture 2026. (© Terre-net Média)

« Une stabilité économique »

« Les débouchés sont garantis contrairement aux marchés où l’on vend parfois peu, fait-elle remarquer. Ce système apporte de la stabilité économique. Un plus pour les dossiers d’installation et les demandes de financement auprès des banques. On est tout de suite plus crédibles. » Elle complète : « Nous déléguons toute la partie communication et marketing, un vrai gain de temps. » « Ce n’est pas notre métier premier, nous pouvons nous appuyer sur des experts, qui ont ces compétences que nous avons peut-être moins, poursuit-elle. L’ingénieur qualité, entre autres, effectue un suivi pointu des produits. »

En plus, l’achat en commun des matières premières réduit les coûts, indique-t-elle, mettant en avant la possibilité d’échanger avec d’autres éleveurs : « Nous ne sommes pas tout seuls. Nous faisons la même chose, nous nous comprenons. » Après son BTS Acse, la jeune femme est d’abord revenue sur l’exploitation en tant que salariée pendant un peu moins d’un an, pour répondre à un besoin de main-d’œuvre sur l’atelier de transformation. « Au début, cela ne me plaisait pas trop, les cultures m’intéressaient davantage. J’ai appris à aimer au fil du temps », conclut-elle.

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Bons plans
Aperçu des marchés
Vaches, charolaises, U= France 7,73 €/kg net +0,03
Vaches, charolaises, R= France 7,57 €/kg net +0,01

Météo
Eleveuse laitière nourrissat ses vaches normandes

S’installer n’est pas donné à tout le monde

Installation/transmission

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