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Rémunération des éleveurs laitiersAG de la FNPL : encore des progrès à faire via Egalim et la Pac

L'amélioration de la loi Egalim et la future Pac peuvent constituer des leviers d'amélioration des revenus pour les éleveurs. (©Terre-net Média/Pixabay)
L'amélioration de la loi Egalim et la future Pac peuvent constituer des leviers d'amélioration des revenus pour les éleveurs. (©Terre-net Média/Pixabay)

Si la loi Egalim a permis d’améliorer en partie la rémunération des éleveurs laitiers, elle n’a pas tenu toutes ses promesses vis-à-vis de la redistribution de la valeur. Les améliorations programmées de la loi pourraient corriger certains dysfonctionnements, mais la FNPL compte également sur la réforme de la Pac et l’accès aux écorégimes pour obtenir une plus juste rémunération du prix du lait.

 

Tant attendue par les agriculteurs, la loi Egalim a-t-elle permis de mieux rémunérer les agriculteurs en inversant le mécanisme de la construction des prix ? Pour le journaliste Philippe Bertrand (Les Echos), grand témoin de la 77ème assemblée générale de la FNPL qui s'est tenue le 22 avril, le bilan est en partie positif. La loi a en effet permis de stopper la déflation en 2019, avec une légère hausse globale des prix en grande distribution. Pas de hausse manifeste de la valeur pour autant, avec une petite déflation en 2020 (-0,5 %) et en 2021 (-0,3 %).

La nécessité de donner les indicateurs de production s’est également révélé constructif pour les interprofessions. Et les accords tripartites se sont également multipliés, notamment dans la filière laitière, ajoute Philippe Bertrand.

Un espoir de consolider les failles avec Egalim 2 ?

Cependant, le ruissellement, qui était un principe de base de la loi, n’a pas réellement fonctionné, et les distributeurs poursuivent la guerre des prix, anticipant également l’après Covid et une crise économique qui pourrait suivre la suppression des aides de l’État. L’annonce d’une loi Egalim 2 issue de la proposition de loi du député Grégory Besson-Moreau pourrait améliorer certains problèmes, à travers la sanctuarisation du prix de la matière première agricole, et la création d’un tiers de confiance, qui aurait pour mission de vérifier si le ruissellement s’effectue.

On peut cependant noter plusieurs bémols, nuance Philippe Bertrand. Premièrement, dans un calendrier aussi serré avant la prochaine élection présidentielle, la loi pourra-t-elle réellement être votée ? Sans compter que le ministère de l’économie pourrait voir cette proposition d’un assez mauvais œil : « à Bercy, traditionnellement, on préfère laisser les prix libres, alors que cette loi est en quelque sorte un retour à un contrôle des prix, même si c’est sur une petite partie d’un produit fini », explique le journaliste.

Par ailleurs, le tiers de confiance risque d’avoir des difficultés à accéder aux contrats des différentes parties prenantes, ces dernières craignant la divulgation du « secret des affaires » à des concurrents. Enfin, rouvrir une loi, c’est toujours « ouvrir la voie à différents lobbies qui veulent la modifier à leur avantage », ajoute Philippe Bertrand. « Les industriels voudraient eux aussi imposer leurs tarifs aux distributeurs, et retourner à la loi Galand », ajoute-t-il.

« Prendre des mesures concrètes pour avoir du concret »

« Nous avons misé fort sur Egalim pour partir du producteur et aller vers le consommateur, mais tout le monde n’a pas encore totalement acté ces choses-là, dans la filière », estime Thierry Roquefeuil, président de la FNPL. « Nos principaux collègues de l’interprofession que sont les industriels sont encore dans le vieux monde », regrette-t-il, ajoutant que la première coopérative et le premier privé, représentant plus de la moitié du lait français, « sont encore dans ce schéma qui ne tient pas assez compte de la loi Egalim ». Et si la loi Egalim 2 en préparation porte un espoir, elle ne sera pas possible « si la LME continue », ajoute le président de la FNPL, en référence à la Loi de modernisation de l’économie de 2008, qui a renforcé les pouvoirs de la grande distribution. « Il faut des mesures concrètes pour avoir du concret », ajoute-t-il.  

D’autant plus que si, suite à la crise sanitaire, une part plus importante des consommateurs a du mal à boucler les fins de mois, « niveler les prix par le bas n’est sûrement pas la meilleure solution vis-à-vis de la souveraineté alimentaire » que souhaitent atteindre les pouvoirs publics, rappelle Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL. Si la recherche de compétitivité est indispensable pour les éleveurs laitiers, le plan de filière élaboré dans le cadre des États généraux de l’alimentation met également l’accent sur la qualité du lait français et la valorisation de cette qualité. L’objectif est d’atteindre une rémunération de deux smic pour les éleveurs qui répondent à ce cahier des charges.

Pour le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, qui a conclu les échanges à distance, « le rôle du consommateur reste essentiel », et doit être encouragé avec « une approche globale valorisant la qualité et l’origine ».

D’autres leviers dans le plan de relance et la Pac

« Dans le cadre de la crise sanitaire, on a évité le pire, c’est à mettre au crédit de l’interprofession » souligne aussi Thierry Roquefeuil, mais les dispositifs du plan de relance doivent être mieux connus des éleveurs qui peuvent être plus nombreux à en capter les financements, ajoute-t-il.

Enfin, a-t-il rappelé devant le ministre, les dernières réformes de la Pac ont fait perdre de l’argent aux laitiers, notamment dans les zones de plaine. « Il faut rectifier le tir, pas par rapport à d’autres, mais par rapport à nous. Nous comptons sur l’écorégime », insiste-t-il, alors que la FNPL a présenté l’été dernier l’ensemble de ses propositions sur le sujet. « On n’a pas sorti les tracteurs, mais on a sorti une plaquette. », rappelle ainsi Thierry Roquefeuil.

Journaliste politique et économie

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