Menu

[Interview] Eleveurs bovins, PacLa vision de Julien Denormandie pour la filière bovine

Le ministre de l'agriculture Julien Denormandie a répondu aux questions de Web-agri sur l'inquiétude des éleveurs concernant les prix à la production et l'orientation de la future Pac. (©Terre-net Média)
Le ministre de l'agriculture Julien Denormandie a répondu aux questions de Web-agri sur l'inquiétude des éleveurs concernant les prix à la production et l'orientation de la future Pac. (©Terre-net Média)

Alors que les éleveurs bovins ont manifesté le 25 mars à Lyon, Clermont-Ferrand ou encore Laval pour dénoncer des prix toujours inférieurs aux coûts de production et la possibilité d'une forte coupe des aides couplées dans la future Pac, le ministre de l'agriculture Julien Denormandie rappelle à Web-agri sa vision pour sortir la filière bovine de l'ornière. Structuration et débouchés sont pour lui les clés d'une meilleure valorisation. Quant à la Pac, pas de conclusions hâtives : les arbitrages ne seront connus que dans les prochaines semaines, indique-t-il.

 

Web-agri : Les agriculteurs, et en particulier les éleveurs allaitants de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont manifesté hier, dénonçant à la fois des mesures insuffisantes pour faire face à la faiblesse des prix, mais aussi pour exprimer leurs craintes quant au fléchage des aides de la prochaine Pac vers les filières d’élevage. Que leur répondez-vous ?

Julien Denormandie : Je me bats tous les jours pour une plus juste rémunération, une application par tous de la loi Egalim et même un renforcement de celle-ci. Au cours des dernières négociations commerciales, nous sommes pleinement entrés dans le rapport de force. Cela a permis d’améliorer la situation. Nous nous battons aussi sur cet enjeu avec les propositions que Serge Papin a présentées ce jeudi 25 mars pour améliorer les dispositions de la loi Egalim. Nous continuons ce travail pour que toutes ces propositions se concrétisent.

Le deuxième enjeu pour les éleveurs, c’est la capacité à créer davantage de valeur dans nos filières. Les États généraux ont tracé une route mais tout n’a pu être mis en place. Pour accélérer cette création de valeur j’ai mis en place des financements au titre du plan de relance. Ces fonds pour la structuration sont à la disposition de la filière, tout comme les financements permettant de créer des débouchés, dans le cadre, notamment, de projets d’alimentation territoriaux, ou en matière de restauration collective.

Il faut en effet créer de nouveaux débouchés, par exemple pour les jeunes bovins. Aujourd’hui, plus de la moitié de la production de jeunes bovins part à l’export. Ce faisant, les éleveurs sont tributaires des cours des marchés dans ces pays importateurs. Et en même temps, 50 % de la viande consommée dans les cantines est importée.

Il y a aussi la question de la Pac. Certains m’alertent sur la réforme alors que les discussions sont en cours. Hier encore se tenait une réunion de concertation avec toutes les filières – animales et végétales – pour entendre les demandes des uns et des autres.

Sur cette réforme de la Pac et la définition du plan stratégique national, je veux agir avec méthode. Je vais conduire les concertations jusqu’à leur terme et je prendrai les arbitrages nécessaires avec la volonté d’avoir une Pac qui nous permette de regagner en souveraineté et de promouvoir la qualité, en tenant compte également de la spécificité des territoires. C’est ma vision politique pour la prochaine Pac. Je prendrai les arbitrages sur cette base.

Web-agri.fr : Les inquiétudes des agriculteurs, éleveurs comme polyculteurs et céréaliers, portent effectivement sur la position française sur la réforme de la Pac. Chacun se sent déjà lésé dans le niveau des aides dont il pourrait bénéficier quand la réforme s’appliquera. Que leur répondez-vous ?

Julien Denormandie :  Votre question montre la nécessité de poursuivre toute la phase de consultation. Il y a plusieurs demandes contradictoires. Savoir comment on répond aux aspirations de tous, c’est bien toute la difficulté de l’exercice. Ma responsabilité est d’emporter l’agriculture sur ce qu’elle devra être en 2027. C’est donc très important de le faire avec méthode.

À chaque fois qu’on demande d’augmenter les crédits d’un dispositif, il faut savoir sur quel dispositif on consent à les réduire...

Dès le début des concertations entamées il y a plusieurs mois, j’ai expliqué aux organisations professionnelles que je ne veux pas d'une approche par les outils, mais une approche par une vision. À chaque fois qu’on demande d’augmenter les crédits d’un dispositif, il faut savoir sur quel dispositif on consent à les réduire.  

Certains me disent qu’il faut augmenter les crédits à l’installation. D’autres me demandent davantage de redistribution. D’autres encore plaident pour renforcer les mesures du second pilier... À la fin de cette consultation, ma responsabilité est d’arbitrer sur comment on peut satisfaire ces demandes, dans le respect de ma vision sur ce que doit être notre agriculture en 2027. Pour ma part, j’ai trois boussoles : la souveraineté de notre agriculture, la qualité et la durabilité de notre production et la spécificité de nos territoires.

Certains dispositifs actuels emprisonnent certains agriculteurs et éleveurs dans une logique favorisant la quantité par rapport à la qualité.

Je suis convaincu qu’il faut davantage soutenir certaines zones en grande difficulté, comme les zones intermédiaires. Je suis aussi convaincu que certains dispositifs actuels emprisonnent certains agriculteurs et éleveurs dans une logique favorisant la quantité par rapport à la qualité. Rappelons qu’on discute d’un budget de la Pac qui, grâce à la France et à l’action du Président de la République, a été sauvegardé ! Souvenez-vous de la première proposition de la commission européenne en octobre 2018. Elle proposait 20 milliards d’euros de moins.

Web-agri.fr : Quand prévoyez-vous de rendre vos arbitrages suite à cette phase de concertation ?

Julien Denormandie : Dans les toutes prochaines semaines. Pourquoi ? Parce que nous devons signer ce plan stratégique national (PSN) avec la Commission européenne avant la fin de l’année. Pour pouvoir le signer, nous devons rédiger ce PSN d’ici cet été. Avant cela, nous devons présenter une première esquisse sur laquelle les acteurs nationaux et régionaux puissent réagir. Des études d’impact devront aussi être réalisées sur cette première base.

Réagir à cet article

Sur le même sujet