Face à une demande mondiale orientée à la hausse et tirée par la consommation asiatique, une nouvelle géographie des exportations de viande bovine est en train de s’imposer, entre décapitalisation européenne et montée en puissance de l’Australie.
Si la consommation de bœuf est de plus en plus remise en cause dans les sociétés occidentales pour des raisons environnementales et sanitaires, la demande progresse en Asie, ce qui « exige de disposer d’une offre suffisante ». Plus largement, la consommation mondiale de viande bovine devrait augmenter de 13 % d’ici à 2034, d’après les projections conjointes de la FAO et de l’OCDE.
Il rappelle que parmi les fournisseurs potentiels, plusieurs pays européens, dont la France, se trouvent handicapés dans la course aux exportations par le déclin continu de leurs cheptels depuis une dizaine d’années.
Les États-Unis, traditionnellement bien positionnés sur les marchés internationaux, auraient pu compenser ce recul européen… « mais il n’en est manifestement rien, à en juger par la réduction du nombre de vaches destinées à l’engraissement » : - 260 000 animaux sur un an, selon les données de l’USDA.
Cette contraction est liée à l’impact des aléas climatiques sur les récoltes céréalières et fourragères. Résultat : « Les États-Unis éprouvent des difficultés à satisfaire une demande mondiale de viande bovine, et en particulier celle émanant d’Asie, en cette fin d’année 2025 et sans doute pour 2026 également ».
Dans un marché mondial « en pleine restructuration », l’Australie, qui a fortement augmenté ses exportations de viande bovine ces dernières années, tire clairement son épingle du jeu.
Bataille pour capter le marché asiatique
Le pays a engraissé plus de 1,5 million de bovins en 2025, et ce chiffre devrait dépasser les 2 millions en 2027. Ils sont engraissés à l’orge, à l’ensilage et à la mélasse, ce qui permet à l’offre australienne de se rapprocher des standards gustatifs de la viande étasunienne et d’assurer une forte substituabilité entre les deux origines.
Autre avantage du modèle australien, souligne Thierry Pouch : sa moindre dépendance à l’herbe et à la pluviométrie, un atout décisif en période de sécheresse. Les bonnes récoltes récentes renforcent cette compétitivité.
La demande asiatique s’est donc naturellement en partie reportée vers l’Australie ces derniers mois : « Le Japon, la Corée du Sud, la Chine forment le groupe de pays asiatiques dont les importations en provenance d’Australie ont le plus augmenté depuis le début de l’année 2025 ».
Pour l’économiste, « une bataille s’engage » désormais pour capter le marché asiatique, sur fond de rééquilibrage entre engraissement à l’herbe et engraissement aux céréales. Une évolution qui profite donc surtout à l’Océanie et plus spécifiquement aux exploitants de parcs d’engraissement australiens.
Plus largement, il décrit une recomposition du marché mondial de la viande bovine autour de quelques géants - Brésil, États-Unis, Argentine et Australie -, tandis que l’UE s’enfonce dans la marginalisation. Entre la décapitalisation et la baisse des abattages, « elle pourrait même, à terme, disparaître des écrans radar des marchés d’exportation », une tendance que l’accord avec le Mercosur pourrait encore amplifier.
Cette reconfiguration révèle des stratégies opposées : d’un côté, une Europe guidée par la norme environnementale, « au mépris parfois de la synergie historique qui s’est établie entre productions végétales et élevage bovin ». Et de l’autre, des acteurs privilégiant la logique économique et la conquête des marchés. « Le rendez-vous avec la demande mondiale est assurément manqué par l’UE », conclut l’expert.
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