Et si la décapitalisation bovine était plus inquiétante que les accords UE-Mercosur ? Au Sommet de l’élevage, l’interprofession du bétail et de la viande a présenté des prospectives sur l’évolution du cheptel. Au-delà des accords de libre-échange se pose la question de la disponibilité en viande bovine française dans les années à venir. Dans le même temps, les syndicats s’organisent pour faire blocage à cette concurrence perçue comme « déloyale ».
Dans les allées du Sommet de l’élevage, nombreux sont les visiteurs à arborer un badge « Non au Mercosur ». Si le prix de la viande atteint un niveau inédit, la crainte de voir cette bulle exploser est bien présente, et l’ombre des accords UE-Mercosur plane sur le salon.
Dans l’Hexagone, « l’écart se creuse entre la production de viande bovine, et la consommation », note Léa Robergeot, de la section bovine d’Interbev à l’occasion d’une conférence. « En 2022, on couvrait 90 % de notre consommation intérieure. Mais si la décapitalisation se poursuit à ce rythme, nous serons capables de couvrir seulement 67 % de nos besoins dans dix ans. » Une projection qui interroge sur la souveraineté alimentaire française.
La décapitalisation est pourtant une tendance de fond. « Le cheptel bovin a atteint un pic dans les années 1960 avec 11 millions de têtes », rappelle la représentante d’Interbev. Depuis, la France a perdu 3 millions de vaches. Mais la baisse s’est accélérée au cours de la dernière décennie : « sur les huit dernières années, c'est plus d’un million de vaches en moins ».
Dans le même temps, les syndicats fustigent une politique ambigüe quant à la place de l’élevage. « On a d’un côté un mur à gravir sur les questions de renouvellement des générations, et de l’autre la menace d’importations de produits étrangers », lance Jocelyn Dubost, président de la section JA Auvergne-Rhône-Alpes. « Le message envoyé n’est pas le bon. Il faut de la confiance pour s’installer, faire des investissements à long terme… »
L’instabilité politique n’aide pas. « En deux ans et demi, nous avons eu cinq premiers ministres », rappelle Arnaud Rousseau. « Notre préoccupation aujourd’hui, c’est que les affaires de la France soient conduites. Nous attendons une vision claire du président de la République sur les questions de souveraineté alimentaire. »
Les deux tiers des importations sont écoulées via la restauration hors foyer.
Pendant ce temps, insidieusement, la viande étrangère s’immisce dans l’assiette des Français. D’après l’étude « Où va le bœuf » présentée par Interbev, les modes de consommation sont en pleine évolution. En 5 ans, les volumes de viande écoulés par la restauration hors domicile ont bondi de 15 %. Et c’est justement par ce canal qu’entrent les viandes étrangères.
« Les deux tiers de nos importations passent par ce segment », précise Annick Jantzer pour l’interprofession. Compte tenu de la décapitalisation à l’échelle européenne, la baisse des cheptels ouvre mécaniquement la porte à la viande issue des pays tiers. « Tout l’enjeu est de mettre en avant l’origine des viandes dans ce canal, et l’interprofession travaille dans ce sens. »
Action politique et recours juridique pour la FNSEA
Pour faire blocus à la viande sud-américaine, chaque organisation y va de ses propres leviers. À l’occasion d’une conférence de presse, Arnaud Rousseau a détaillé les actions portées par la FNSEA. Au-delà des manifestations conduites fin septembre, le syndicat mise sur des leviers politiques.« Ursula von der Leyen est actuellement très critiquée à Bruxelles, et je pense que le vote des députés en faveur de la ratification du traité n’est pas acquis », estime Arnaud Rousseau.
Des recours juridiques sont également en cours d’examen. « Initialement, le traité UE-Mercosur devait être un accord mixte. Il a été scindé en deux afin de permettre aux négociations d’avancer », poursuit l’élu. Mais pour le syndicat, le cadre juridique de l’accord reste flou. « Un recours auprès de la Cours européenne de justice est en cours, porté notamment par le député Pascal Canfin issu de la majorité présidentielle » rappelle Arnaud Rousseau.
La Confédération paysanne a également profité du salon pour distribuer des tracts dans la perspective de la manifestation du 14 octobre à Paris. L’objectif : refuser tout accord de libre-échange, « clause de sauvegarde ou non », estime le syndicat. « Il n’est pas possible d’un côté de revendiquer de protéger notre agriculture, et de l’autre côté de pousser des mesures accélérant la course à la compétitivité sur les marchés mondiaux. »
Le but premier doit être de faire naître des veaux.
Mais au-delà de la question des droits de douane se pose celle de l’autonomie alimentaire, insiste Interbev. « Le but premier, ce doit être de faire naître des veaux », insiste Emmanuel Bernard, président de la section bovine de l’interprofession. Car sans vaches, difficile de se passer d’importations. « Nous avons des produits qui s’adaptent à toutes les segmentations du marché. Il y a peut-être ajustements à faire, mais au global, l’enjeu aujourd’hui est surtout d’arrêter de perdre des vaches », martèle l’éleveur de Charolaises.
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