Menu

Testé à l'Inrae du Pin (61)Produire de la viande en élevage laitier grâce au croisement Angus

L'hiver, ces animaux croisés sont élevés à l'enrubannage ou ensilage d'herbe et retournent au pâturage en mars/avril. (©Terre-net Média)
L'hiver, ces animaux croisés sont élevés à l'enrubannage ou ensilage d'herbe et retournent au pâturage en mars/avril. (©Terre-net Média)

Pour que le veau ne soit plus considéré comme un sous-produit de l'élevage laitier, le domaine Inrae du Pin s'intéresse actuellement au croisement Angus. L'idée est de produire des animaux jeunes conduits et finis à l'herbe pour une filière garantie.

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo

« Avec l'arrivée du sexage en élevage laitier, l'éleveur sélectionne ses meilleures vaches pour l'IA et peut ainsi inséminer les moins bonnes avec des taureaux à viande. Le schéma classique aujourd'hui est plutôt de croiser en Blanc Bleu Belge pour produire des veaux de boucherie. Mais il y a de la place pour d'autres types d'animaux. » Luc Delaby, ingénieur de recherche Inrae nous détaille le dernier volet de l'expérimentation Tripl'XL menée sur le domaine Inrae du Pin dans l'Orne ; il s'agit d'envisager la production de viande issue du lait.

On en parlait dans l'épisode du mois de juin : la mise à la reproduction du troupeau Tripl'XL est calée du 21 avril au 21 juillet. Les vaches sont inséminées en semences sexées les 7 premières semaines, puis les retours sont assurés par deux taureaux Angus.

Démarche Herbo'pacte de Charal

Ce volet de Tripl'XL a permis de faire naitre un nouveau projet en lien avec l'unité de recherche herbivores de Clermont-Theix : Tripl'Scotch [en clin d'œil à l'origine écossaise de la race Angus, NDLR] dont l'objectif est de valoriser ces animaux croisés. Pour ce faire, l'Inrae s'est appuyé sur la démarche Herbo'pacte de Charal qui repose sur la production d'animaux croisés Hereford ou Angus, conduits à l’herbe, abattus jeunes (entre 24 et 30 mois) pour des carcasses légères (260 à 350 kg), mais bien finies.

« L'objectif est de proposer des morceaux de viande plus en phase avec la demande des consommateurs. Le cours suit celui du bœuf R- avec un prix minimum plancher de 3,40 €/kg. Cela devrait nous permettre de valoriser nos croisés entre 1 000 et 1 200 € par tête », explique Luc Delaby.

Croisement Angus sur Normande, Holstein et Jersiaise
La production de ces croisés a un double objectif : améliorer le produit viande des élevages laitiers et valoriser les surfaces herbagères éloignées. (©Terre-net Média) 

Angus : la race précoce d'excellence pour une finition à l'herbe.

« La race Angus est intéressante en termes de développement : c'est une race précoce, facile à finir à l'herbe. Elle a aussi l'avantage d'être sans cornes et de vêler facilement. Sur nos petites Jersiaises, elle est bien adaptée. »

Produire de la viande facilement en élevage laitier

Deux âges à l'abattage sont évalués au Pin : 24 et 28 mois. « Dans notre système, les animaux bien conformés sont abattus en avril vers l'âge de 24 mois. Et pour ceux qui n'atteignent pas le poids ou l'état d'engraissement souhaité, ils refont un tour de pâturage et sont abattus à 28 mois. On se situe alors sur deux périodes où le marché est intéressant : au printemps et en fin d'été. »

Le domaine du Pin prévoit de produire 25 à 30 animaux par an en filière Herbo'pacte (mâles et femelles confondus). « Ils sont pesés tous les 15 jours, on vise un GMQ de 800 g/j en moyenne et 1 000 g/j en finition. Pour les animaux qui n'atteindront pas les poids, on pense complémenter avec 2 à 3 kg de céréales en finition (orge, escourgeon ou triticale produits sur la ferme, voire avec du maïs épi). »

Conduite des veaux croisés Angus à l'Inrae du Pin
Les animaux croisés Jersiais x Angus risquent de ne pas atteindre le poids attendu en 24 mois, d'où l'intérêt de la double conduite : ils passeront à 28 mois. (©Terre-net Média) 

« La filière veau de boucherie s'essouffle et d'un point de vue bilan carbone, c'est dommage d'abattre des veaux et de ne pas aller au bout des possibles en matière de finition à l’herbe. » Et l'ingénieur complète : « Cette production ne doit pas être coûteuse, ni chronophage. L'idée, c'est de combiner plusieurs atouts pour générer un meilleur produit viande en élevage laitier. Ces animaux peuvent notamment valoriser des surfaces en herbe éloignées, non pâturables par les laitières. »

Réagir à cet article

Sur le même sujet