Menu

Etudié à l'Inrae du Pin (61)Des vaches adaptées à chaque système d'élevage grâce à la sélection génétique

Laquelle des trois races du troupeau Tripl'XL sera la plus efficiente au regard du système pâturant ? (©Terre-net Média)
Laquelle des trois races du troupeau Tripl'XL sera la plus efficiente au regard du système pâturant ? (©Terre-net Média)

Sur la ferme expérimentale du Pin dans l'Orne, plusieurs études se greffent au programme Tripl'XL. Parmi elles : la génétique et l'efficience alimentaire des animaux. Pauline Martin, chargée de recherche, nous explique ses travaux et donne quelques premiers éléments de résultats.

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo

Troisième rendez-vous à l'Inrae du Pin dans l'Orne (61). Cette fois-ci, c'est en bottes que Frédéric Launay, directeur de l'unité expérimentale nous reçoit : « Nous avons eu des conditions météo exceptionnelles début juin avec une pousse de l'herbe record, de l'ordre de 150 kg MS/ha/j. Puis se sont abattus presque 200 mm de pluie, ce qui nous a contraint à rentrer les animaux pour des raisons de portance. » Prairies trempées et animaux rentrés, l'occasion de faire un focus sur les aspects génétiques de l'expérimentation...

La grande question de l'efficience alimentaire

Pauline Martin, chargée de recherches en génétique à l'Inrae travaille sur le troupeau des 150 laitières de l'expérimentation Tripl'XL à deux niveaux : la comparaison entre les races (Holstein, Normande et Jersiaise), et la comparaison entre les individus selon les différents niveaux de complémentation qui leur sont attribués (pour rappel, le troupeau est au 100 % pâturage et reçoit une complémentation de l'ordre de 400 kg de concentrés/lactation). « On va chercher à savoir comment les vaches utilisent ces concentrés. Quelle partition entre les réserves corporelles, la production laitière et à plus long terme la reproduction. » Ces différentes utilisations sont le reflet de ce qu'on appelle l'efficience alimentaire.

Mais cet aspect n'est pas forcément facile à mesurer. Regardons les performances des trois races :

HolsteinNormandeJersiaise
Quantité de lait6 0004 6003 600
Taux TB/TP37,5 / 3041,3 / 33,554,5 / 36,3
Lait équivalent énergie
(litrage ramené aux taux)
5 6004 8004 300

NB : Résultats de l'année 1 - troupeau jeune, composé de 55 % de primipares et 45 % autres de 2e lactation.

Si la Jersiaise fait moins de lait que les deux autres, corrigées des taux, ses performances augmentent et se rapprochent de celles de la Holstein et de la Normande. Exprimée par 100 kg de poids vif, son efficience est encore meilleure si l'on ne s'intéresse qu'au lait. On pourrait aussi se pencher sur un autre critère : la production par jour de vie, et dans ce cas, l'âge au premier vêlage devient un facteur de première importance. Avec, en règle générale, des vêlages à presque trois ans chez les vaches Normandes, la question de leur efficience se pose aussi... Les experts sont unanimes : « l'efficience se mesure à différentes échelles, tout dépend ce qu'on recherche. »

Pâturage VS système intensif : à chaque système sa vache idéale

L'Inrae du Pin élève aussi un autre troupeau : 60 VL de race Prim'holstein en 100 % bâtiment et traite robotisée. Pour ce troupeau, la ration ingérée est pesée au kilo près grâce aux auges peseuses. « Plus précisément qu'avec le troupeau Tripl'XL, ici on peut mesurer avec précision ce à quoi est dédiée la ration (l'entretien, la production, la viande, la fertilité, etc.). On compare alors ces données aux index génomiques, qui sont prédits sur un référentiel d'élevages plutôt intensifs. »

Ces troupeaux sont assez représentatifs de deux systèmes bien présents en France : à base d'herbe pâturée, ou de fourrages conservés tel le maïs ensilage.

Pauline Martin explique : « Le profil génétique associé à ces troupeaux est différent. Dans Tripl'XL, on recherche principalement la capacité à se reproduire (en lien avec les vêlages groupés - cf. précédent article) tout en maintenant la satisfaction des besoins d'entretien et de production et c'est là que l'herbe peut être le facteur limitant, si le potentiel laitier est trop élevé. Pour le troupeau EffiAlim, il n'y a pas vraiment de contrainte sur la reproduction, au moins en termes de délais, mais on cherche un niveau de production important tout en maintenant la santé globale. »

Effialim : une étude de l'Inrae pour mesurer l'efficience alimentaire des vaches laitières
Pour le troupeau Holstein de l'étude EffiAlim, l'Inrae dispose d'auges peseuses afin de mesurer précisément les quantités de ration ingérées. (©Terre-net Média)

Objectif : un écart de 60 kg de poids vif en 4 générations

Comme expliqué dans le précédent épisode, les vaches du troupeau Tripl'XL sont inséminées en race pure (puis en croisement Angus pour le rattrapage). Si les taureaux sont choisis sur les critères classiques (lait, santé mamelle et fertilité), les travaux en génétique amènent les chercheurs à effectuer une sélection divergente sur le format pour les races Holstein et Normande. En d'autres termes, les femelles dont l'index format est positif sont orientées vers des taureaux particulièrement positifs et celles dont l'index est négatif avec des taureaux négatifs aussi. L'objectif : écarter au maximum des lignées sur plusieurs générations.

« Le format des animaux joue directement sur leurs besoins d’entretien. Grâce aux lignées divergentes, on augmente ainsi la variabilité entre les animaux et donc les chances de pouvoir observer des différences au niveau génétique dans l’allocation des nutriments », complète Pauline.

Croisement génétique en bovin lait
En sélectionnant ainsi sur le format (d'un côté vers de plus gros gabarits et de l'autre des petits formats), la 4e génération de vaches devrait présenter des écarts de l'ordre de 60 kg de poids vif. (©Terre-net Média)

Ainsi, en quatre générations, l'écart de poids devrait se situer à 60 kg de poids vif. Reste à mesurer laquelle de ces trois races sortira son épingle du jeu dans ce système très pâturant... À ce jour, il est encore tôt pour tirer des conclusions fiables sur ces travaux. L'experte explique qu'il faut disposer d'au moins 600 lactations pour pouvoir exploiter les données génétiques et génomiques des animaux. Affaire à suivre donc !

Rédactrice en chef de Web-agri

Réagir à cet article

Sur le même sujet