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À l'étude à l'Inrae du Pin (61)Quelle complémentation pour des vaches laitières au pâturage ?

Pour rappel, le troupeau Tripl'XL comprend 120 vaches laitières de races normande, prim'holstein et jersiaise. (©Terre-net Média)
Pour rappel, le troupeau Tripl'XL comprend 120 vaches laitières de races normande, prim'holstein et jersiaise. (©Terre-net Média)

Faut-il donner du concentré aux vaches en pâturage ? À qui précisément et pour quelle réponse ? C'est ce qu'étudie l'unité expérimentale Inrae du Pin dans l'Orne via son troupeau Tripl'XL composé de vaches normandes, jersiaises et holsteins conduites au pâturage.

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Cinquième épisode sur l'expérimentation Tripl'XL Inrae du Pin. Cette fois-ci, on s'intéresse au volet alimentaire, et plus précisément à la complémentation des vaches laitières au pâturage. Luc Delaby, ingénieur de recherches explique : « L'herbe est une ration naturellement complète. On peut nourrir les vaches qu'avec de l'herbe. Mais pour les animaux les plus forts producteurs, le pâturage seul ne couvre pas la totalité des besoins. La complémentation est elle alors intéressante. »

Au mieux 1 kg de concentré = 1 kg de lait

Des précédents travaux de l'Inrae prouvent que la réponse moyenne au concentré est de l'ordre de 0,8 à 0,9 kg de lait/kg de concentré apporté, et ce jusqu'à 6 kg de concentré. Cet apport de concentré influence aussi les taux : environ - 0,3 point de TB/kg de concentré et + 0,2 point de TP/kg de concentré.

Approximativement 1 pour 1 donc. Mais quid des + 2 kg de lait annoncés au vu de la valeur énergétique des concentrés ? Luc Delaby répond : « Déjà, la vache commence par manger moins d'herbe lorsqu'on lui donne du concentré. Ensuite, elle répartit cet apport énergétique supplémentaire en : 70 % de lait et 30 % de réserves corporelles. » Dans l'une de ses publications dédiées, l'Inrae détaille cette répartition dans un schéma :

Distribuer du concentré aux vaches en pâturage
Effet moyen de l'ingestion de 1 kg de concentré sur la substitution et la répartition de l'énergie ingérée. (©Inrae)

Suite au progrès génétique, cette substitution pourra être amenée à changer, et permettre d'obtenir une réponse un peu meilleure.

Apporter le concentré au bon moment

L'institut de recherche a aussi démontré que l'apport peut être simplifié et distribué de façon constante, en apportant une dose identique à tous les animaux et ce, quelle que soit leur production entre 20 et 40 kg de lait. Luc Delaby complète : « Les plans de complémentation individualisés ne servent à rien au pâturage car l'ingestion d'herbe est limitée pour chaque vache au prorata de sa capacité d'ingestion. Mais dans un souci de réduction du coût alimentaire, il est intéressant de raisonner l'apport par doses faibles et distribuées à des moments opportuns. » C'est ce qui intéresse l'Inrae du Pin et son troupeau Tripl'XL :

Face au lot témoin qui ne reçoit rien, trois lots de vaches reçoivent sur leur lactation 300 kg (pour les Jersiaises) et 400 kg (pour les Normandes et Holsteins) de concentré* à des moments propres à chaque lot :

- sur les 100 premiers jours de lactation,

- entre 100 et 200 jours,

- entre 200 et 300 jours.

Du concentré pour faire du lait ET pour se reproduire.

« L'objectif est de voir ce qu'elles font de ce concentré selon leur race, mais aussi selon le moment de la lactation auquel il est distribué. L'expérimentation a démarré en janvier 2020. Il faudra attendre d'arriver au bout des 6 ans pour en tirer des conclusions fiables mais on peut déjà confirmer la réponse moyenne de 1 kg de lait pour 1 kg de concentré en début et milieu de lactation. Elle est cependant moins importante en fin de lactation : on est plutôt à + 0,6 kg de lait/kg de concentré. En revanche, les vaches reprennent plutôt de l'état, ce qui signifierait que la répartition et/ou la substitution change selon le stade de lactation », explique l'ingénieur Inrae.

Reste aussi à mesurer si cet apport a un impact sur la reproduction. « On veut notamment savoir si la distribution en fin de lactation (qui peut paraître paradoxale) n'aurait pas un effet positif sur la saison de reproduction suivante, c'est-à-dire au début de la lactation suivante. »

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