Le contrat entre Ouest’Lait et Savencia devait s’achever le 8 mars, mais une décision du Comité de règlement des différends commerciaux agricoles le prolonge finalement jusqu’au 31 octobre, comme celui de trois autres OP membres de Sunlait (lire aussi le Question à Sophie Godet-Morisseau et l'Interview de Landry Rivière). Le 20 février à Saint-James (Manche), près de 250 producteurs adhérents ont répondu présents à la réunion d’information organisée par l’OP. Les mots prononcés à l’encontre de l’industriel par plusieurs d’entre eux à cette occasion sont forts.
« Deux techniciens de Savencia sont venus me parler d’alternatives à l’OP pour collecter mon lait. Je leur ai répondu que du temps de la Seconde Guerre mondiale, j’aurais été du côté des résistants. Ils n’ont pas insisté », témoigne l’un d’eux. Comme bon nombre des 530 exploitations de l’OP (345 Ml), il a été visité par l’industriel, alimentant ainsi le conflit avec Sunlait. À la sortie de la réunion, une trentaine de participants se disaient prêts à signaler ce démarchage auprès de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Message entendu cinq sur cinq par le représentant de l’antenne normande qui était présent.
La DGCCRF se retrousse enfin les manches
Le ministère de l’Économie a précisé fin février que 150 agents de la DGCCRF sont actuellement mobilisés en France pour contrôler l’application des lois égalim, y compris chez les industriels et les organisations de producteurs. L’Association des producteurs de lait Bel Ouest (APBO) vient de l’être. La DGCCRF a également ouvert en janvier une plateforme pour encourager les organisations de producteurs à signaler les défauts d’application de la loi égalim. Elle a rencontré France OP Lait début février. « Il était temps. Nous réclamons des contrôles et sanctions depuis deux ans, pointe Loïc Adam, président de France OP Lait. La liste est longue : contrats-cadres non signés, manque de transparence des industriels sur leur mix-produit et sur les indicateurs qui s’y réfèrent, non-respect du principe de marche en avant des producteurs aux distributeurs français pour la négociation des tarifs, etc. »
La médiation entre Lactalis et l’Unell lancée le 29 janvier illustre ce malaise. Le groupe avait fixé les prix de base de janvier et février (420 €/1 000 l) sans l’accord de l’Unell. Le 29 février, les deux parties se sont finalement mises d'accord pour 425€ de prix de base en janvier, février et mars. Lactalis effectuera un rattrapage du mois de janvier sur la facture des livraisons de février. La médiation se poursuit. L'association d’OP se bat sur le niveau (484 €) et sur la part (50 %) du prix de revient dans la formule de prix. Elle défend également un indicateur beurre-poudre « qui partage les risques du marché et les marges dégagées ».
Prix plancher : une fausse bonne idée
Dans ce contexte, l’annonce d’Emmanuel Macron sur un prix plancher, qui serait inscrit dans un projet de loi Égalim 4 déposé en juin, plonge les producteurs dans la perplexité. Ils craignent que la bonne intention affichée pour la défense du revenu des éleveurs de toutes les filières produise l’effet contraire dans la leur : un prix de revient du lait (ou matière première agricole) minimal pour les PGC France, sur lequel les industriels s’aligneraient. La FNPL veut conserver le principe de marche en avant et demande des adaptations : d’une part, une date butoir à la fixation du prix de la MPA entre les OP et les entreprises avant le démarrage des négociations entre ces dernières et les GMS ; d’autre part, l’intégration des coopératives dans ce modèle. La MPA, elle, reste bien sûr gravée dans le marbre, non négociable par les transformateurs et les GMS.
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