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En élevage laitierDes résultats de reproduction en berne : ce qu'il faut regarder

Identifier les vaches en chaleur est le premier point à maîtriser pour une reproduction du troupeau. (©Terre-net Média)
Identifier les vaches en chaleur est le premier point à maîtriser pour une reproduction du troupeau. (©Terre-net Média)

Une reproduction maîtrisée est l’une des clés de la performance technico-économique. Mais quand les résultats se dégradent, par quel bout prendre le problème, tant il y a de paramètres qui influent sur la reproduction ? Les GTV bretons rappellent les points clés à analyser pour remettre la reproduction de son troupeau sur les bons rails.

Imaginez la situation : un père et son fils sont associés pour gérer 82 vaches à la traite et 11 taries, dans un bâtiment de 85 logettes et 90 places à l’auge. Motivé, le fils s’est formé à l’insémination mais les résultats de repro sont dégradés avec beaucoup de vaches vides et des IVV qui s’allongent. Père et fils se rejettent la faute, le père n’est pas sûr que son fils soit suffisamment aguerri pour gérer toutes les inséminations, le fils accuse son père de ne pas assez surveiller les chaleurs.

Est que ce sont les seuls points qui peuvent expliquer cette dégradation des résultats ? Par quel bout prendre le problème pour faire la lumière sur les différents éléments qui pourraient perturber la reproduction du troupeau ?

Les vétérinaires bretons du GTV ont présenté ce cas de figure à l'occasion du Breizh Vet'tour. L'objectif : que les éleveurs se posent les bonnes questions et analysent les points clés pour optimiser la reproduction. « Il faut prendre le temps de faire le point, étape par étape, sur son troupeau en regardant les différents points qui peuvent perturber la reproduction », conseille Sophie Rouanne, du GTV Bretagne.

Est-ce qu’il y a des maladies qui circulent dans mon troupeau ?

La découverte d’un avorton, des avortements tardifs, des problèmes de santé doivent alerter sur la présence d’agents infectieux, qui peuvent avoir des impacts sur la reproduction : fièvre Q, brucellose, néosporose, ehrlichiose… Tous les avortements doivent être signalés à son vétérinaire.

Est-ce que les vaches en chaleur sont bien repérées ?

L’identification des vaches en chaleur est la première étape de la reproduction. Différentes situations peuvent expliquer qu’on n’ait pas détecté une vache en chaleur : chaleurs courtes ou silencieuses, pas de reprise de cycle après la mise bas, corps jaune persistant ou kystes ovariens qui perturbent l’ovulation. Il faut alors vérifier son appareil reproductif. L’éleveur a aussi pu passer à côté de chaleurs par manque de temps. Différentes solutions de monitoring peuvent l’aider à identifier plus facilement les vaches à surveiller.

Mes vaches souffrent-elles de boiteries ?

Les boiteries peuvent avoir un impact sur la fertilité. Déjà parce qu’une vache qui a mal aux pieds exprimera moins de comportement spécifique lors de ses chaleurs. Ensuite, parce que le statut inflammatoire et le stress ont un impact sur les hormones de la reproduction, avec une augmentation du risque de kystes ovariens et de perturbation de la croissance folliculaire.

Comme elle a mal aux pieds, la vache va réduire ses déplacements, y compris pour aller manger. Ce qui peut accentuer le déficit énergétique, lui aussi néfaste à la reproduction. Dans le cas de notre élevage, en raison d’un manque de place de couchage, les vaches vont rester plus longtemps debout, ce qui augmente le risque de boiteries. 

Mon troupeau est-il perturbé par des stress, notamment thermique ?

Le stress peut perturber la reproduction. Il peut avoir plusieurs sources : compétition pour l’accès à l’auge et à l’eau, conditions climatiques... Dès que la température dépasse les 25°C, les vaches souffrent de stress thermique, qui entraîne une baisse de l’ingestion, une moindre expression des chaleurs et une hausse de la mortalité embryonnaire. Un épisode caniculaire peut avoir un impact jusque 100 jours après. Si la reprise des cycles après les vêlages semble correcte et que les chaleurs sont bien repérées, il faut comprendre pourquoi les vaches ne retiennent pas.

Une fécondation a-t-elle bien eu lieu ?

Même en inséminant au bon moment, la fécondation peut être empêchée par une métrite, dont les écoulements limiteront la migration des spermatozoïdes, par une ovulation tardive, par la mauvaise qualité de l’ovule comme ça peut être le cas en période caniculaire. Ces non-fécondations se traduiront par un retour en chaleurs au cycle suivant.

Est-ce qu’il y a des retours en chaleur tardifs ?

Si une vache revient en chaleur au bout d’une durée dépassant un cycle, cela signifie qu’il y a eu fécondation mais que la croissance embryonnaire s’est arrêtée. Plusieurs paramètres peuvent l’expliquer : excès d’azote dans la ration, fièvre ou canicule, car l’élévation température utérine augmente la mortalité embryonnaire.

Il y a bien d’autres facteurs qui influent la reproduction. Au premier rang desquels, l’alimentation.

Est-ce que ma ration est bien équilibrée ?

Biologiquement, la reproduction est un luxe. Cette fonction ne sera assurée que quand les autres besoins biologiques, notamment la production, seront couverts. En cas de déficit énergétique important, par exemple en début de lactation, une vache peut ne pas reprendre d’activité ovarienne. Même si elle est cyclée, le déficit énergétique a un impact négatif sur la qualité folliculaire.

En cas de résultats de reproduction en berne, il faut faire le point sur ses rations prépa vêlage et début lactation et le respect de transitions de 3 semaines. Un bon indicateur d’apports énergétiques suffisants est l’état corporel. Au vêlage, une vache devrait avoir une note d’état corporel entre 2,5 et 3,5. Entre le tarissement et le début de lactation, elle ne doit pas perdre plus de 0,5 point de note d’état corporel, maximum 1 point pour les plus fortes productrices.

Est-ce que toutes les vaches mangent assez ?

La ration peut être équilibrée en théorie mais être ingérée insuffisamment par certaines vaches. Par exemple si le nombre de places à l’auge n’est pas suffisant. Une compétition pour l’accès pourra entrainer une ingestion trop rapide, avec moins de salivation, donc plus de risque d’acidose. Le manque d’eau ou les températures élevées réduisent aussi l’ingestion.

L’apport en minéraux et oligo-éléments est-il suffisant ?

Un déficit en minéraux, vitamines et oligoéléments aura un impact sur la reproduction : baisse de l’immunité, rétention placentaire, mortalité embryonnaire, moindre synthèse hormonale.

Mes vaches boivent-elles assez ?

L’eau est le premier aliment. La quantité à disposition joue sur la production mais aussi sur l’ingestion. Si son apport en eau est réduit de 50 %, la vache diminuera son ingestion de 30 %. Surtout lors des journées chaudes, il faut veiller à un bon accès à l'eau, en quantité et en qualité.

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