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Pathologies podales« Le taureau ne va pas saillir en wifi ! S’il boite, il faut agir »

Les boiteries doivent être aussi bien gérées en lait qu'en viande. Un animal boiteux sera moins bien vendu, même en engraissement. (©Terre-net Média)
Les boiteries doivent être aussi bien gérées en lait qu'en viande. Un animal boiteux sera moins bien vendu, même en engraissement. (©Terre-net Média)

Les boiteries ont des conséquences importantes sur l’animal et donc sur l’élevage : perte de poids, de valeur, impossibilité de saillir, déformation des membres... Pour limiter la casse et veiller au bien-être de ses animaux, rien ne vaut une bonne gestion de la douleur.

Les douleurs dans les pieds sont très fréquentes chez les bovins. Leur origine n’est pas toujours facile à identifier. Pourtant, comme l’explique Jean-Philippe Gartioux, vétérinaire dans le Cher, il est très important de soigner les pieds douloureux : « Une douleur dans un pied entraîne une atrophie musculaire du membre, un amaigrissement de l’animal et au final un déséquilibre, l’animal prenant le moins possible appui sur son pied douloureux. »

Arnaud Lechevallier, éleveur de Charolais en Saône-et-Loire, traite systématiquement la moindre boiterie chez ses futurs broutards. « Ils partent en Italie. Mon négociant ne veut pas de patte déformée. Un animal déformé on ne veut pas l’acheter, mais quand on l’a dans son élevage, on l’élève ! », explique-t-il. Et de continuer : « Un panaris, cela peut paraître bénin, mais s’il est mal soigné, l’infection remonte dans la jambe et déforme la patte par la suite. Le veau devient invendable. » Aussi, dès qu’une boiterie apparaît chez ses animaux, Arnaud Lechevallier gère l’infection ainsi que la douleur.

Un panaris mal soigné diminue la valeur de l’animal

Bruno Chagnon, éleveur dans le Cher, fait de même : « L’une des souffrances que je soigne systématiquement, c’est la douleur de pieds comme le panaris, appelé aussi mal blanc chez nous. Le pied devient rosé, voire rouge. C’est chaud, gonflé et douloureux. Cela pourrait peut-être passer tout seul, en 15 jours, mais je préfère soulager tout de suite. L’animal a si mal qu’il ne pose parfois même pas la patte alors je traite. »

Arnaud Lechevallier n’hésite pas non plus une seconde à recourir à un anti-inflammatoire. « Lorsque le taureau est couché, qu’il boite, qu’il est douloureux, il faut traiter ! Je le vois mal saillir en wifi ! », lance-t-il avec humour.

Un taureau incapable de saillir du fait de la douleur

« Sur un taureau, une perte de fertilité peut être observée du fait de la douleur. Donner des anti-inflammatoires permet d’éviter cela, continue le vétérinaire Jean-Philippe Gartioux. Les éleveurs ont peur de détériorer la semence avec ce type de produit alors que c’est l’inverse qui arrive. »

Difficile parfois de connaître l’origine de la douleur, comme le précise François Dumont, éleveur de Charolaises dans l’Indre. Il cite, par exemple, « un veau dont le jarret était très enflé. Cela ne ressemblait pas à de l’arthrite. Je lui ai donné des anti-inflammatoires et le veau s’est remis à marcher normalement. Il avait dû se faire marcher dessus par les autres. Ce n’était au fond pas grand-chose mais bien handicapant pour lui, et sûrement douloureux. »

Un animal plus réactif et qui prend du poids

Jérome Lhoste, également éleveur de Charolaises en Saône-et-Loire, utilise systématiquement les anti-inflammatoires dans le cas de boiteries, même si « parfois le résultat n’est pas celui escompté. Difficile de savoir pourquoi mais difficile aussi de savoir comment la boiterie aurait évolué sans ! Dans le doute, je préfère administrer le produit. »

Sur un plan économique, selon Jean-Philippe Gartioux, cette meilleure gestion de la douleur se justifie, même sur les vaches. En effet, il explique que « l’anti-inflammatoire permet de limiter la perte de poids (fonte musculaire) ». Des kilos gagnés qui se retrouveront à l’abattage et viendront compenser le prix du produit.

De son côté, Jocelyn Amiot, vétérinaire en Saône-et-Loire, estime que la douleur dans les pathologies podales est, aujourd’hui, mieux prise en compte par les éleveurs, notamment les jeunes. « Ils sont plus sensibles à la douleur d’une vache ou d’un veau. Certains vont penser tout de suite à l’anti-inflammatoire et oublier… l’antibiotique ! », constate-t-il avec le sourire.

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Prendre en charge la douleur chez les bovins

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