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V. Duclos, éleveur laitier (76)« 3 paies de lait avec 3 prix différents : de qui se moque-t-on ? »

30 ans ont passé depuis son installation, Vincent réfléchit clairement à abandonner la production laitière par manque de prix rémunérateurs. (©Terre-net Média)
30 ans ont passé depuis son installation, Vincent réfléchit clairement à abandonner la production laitière par manque de prix rémunérateurs. (©Terre-net Média)

« Je suis producteur de lait depuis 30 ans, j'ai toujours honoré mon contrat. Et déjà que le prix ne grimpe pas, me voilà payé en prix A, B et B' chez Danone. Le compte n'y est pas ! » Révolté, l'éleveur normand Vincent Duclos pousse un coup de gueule auprès de sa laiterie mais aussi de la filière laitière en général. Pour lui, « il n'y a pas d'avenir pour la jeune génération ».

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Installés respectivement en 1987 et 1990 sur la ferme familiale dans le Pays de Caux, Olivier et Vincent Duclos élèvent une soixantaine de vaches laitières et cultivent 159 ha de terres. Depuis quelques temps, les deux frères éprouvent un sentiment de ras-le-bol au travail. « Cela fait plus de 30 ans que nous sommes installés, que nous faisons des journées de 12h et tout ça pour quoi ? Pour gagner 10 fois moins que tous ces cadres qui nous dirigent ! » Fâché contre sa laiterie et toute la la filière laitière, Vincent a décidé de prendre la parole sur la question du prix du lait.

Chaque mois, 3 paies de lait avec 3 prix différents

« Je me suis installé en 1990 et mon frère en 1987. Nous livrons 443 000 l de lait à Danone et aujourd'hui je ne comprends pas trop ma paie de lait. On est arrivé à trois prix : un prix A qui correspond à un pourcentage de mon droit à produire, un prix B qui est soi-disant l'excédant mondial, et un prix B' de 280 €/1 000 l dont on ne connait pas la provenance et qui me parait totalement injustifié. Les cours du beurre et de la poudre sont au plus haut et nos charges aussi ! »

Pour le prouver, Vincent expose ses 3 paies de lait de janvier 2021. La livraison de 35 343 l de lait se décompose de la façon suivante :

- 25 000 l payés en prix A (333 €/1 000 l de prix de base)

- 6 343 l payés en prix B (312 €/1 000 l)

- et 4 000 l payés en prix B' (282 €/1 000 l).

« Quand on fait le calcul, ces prix B et B' font nettement chuter le prix de base puisqu'on se retrouve à 326 €/1000 l. Et j'ai beau demander des comptes à la laiterie, contacter les responsables de l'OP, personne ne sait m'expliquer. On nous promet une hausse de 6 centimes sur le deuxième semestre mais ça ne répond pas à la question. Et de toute façon on attend de voir ! »

10 ans après la fin des quotas, rien n'a changé

« Les laiteries ne jouent pas le jeu mais le problème est plus grand : 10 ans après la suppression des quotas, on ne parvient toujours pas à faire appliquer la loi Egalim. On n'en voit en tout cas aucun résultat sur nos paies de lait », affirme Vincent.

« Le prix du lait est censé être basé sur le coût de production et nos charges n'ont cessé de grimper ces derniers temps. » Le coût opérationnel sur l'élevage est de 295 €/1 000 l. Côté résultats, la marge brute s'élève à 199 €/1 000 l avant fermage, frais de mécanisation de bâtiment (produit viande de 78 000 € inclus).

Vincent et Olivier en sont conscients : leur situation est tout de même assez sécurisée, avec un EBE proche des 200 000 €. « Tout est amorti sur la structure, nous avons fini de rembourser nos prêts, mais ça n'est pas une raison. On n'investirait plus dans le lait et je ne sais pas comment font ceux qui remboursent des bâtiments, des robots, etc. Faut-il attendre 30 ans pour pouvoir espérer gagner quelque chose ? »

« Pas d'avenir en lait »

S'il a voulu témoigner, c'est aussi et surtout pour la génération future : « J'aurai une suite sur l'exploitation mais pas en production laitière, ça c'est sûr ! Mes enfants, en ayant connu tout ça, ne voudront jamais continuer le lait. » Pour Vincent, l'arrêt de la production sonnera même avant le départ en retraite : « Les années passent, le travail devient pénible, surtout pour les épaules. Et si en plus, il n'est pas rémunérateur, inutile de continuer ! »

Vincent craint pour l'avenir de la filière : « La génération d'éleveur laitier ne sera pas renouvelée. Les jeunes ne pourront pas s'installer. Seule possibilité demain pour les jeunes : envisager leur propre commercialisation. » Pour lui, « mieux vaut avoir 20 vaches et tout vendre en produits finis plutôt qu'un grand troupeau et taper à la porte des laiteries. »

Rédactrice en chef de Web-agri

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