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Filière laitière françaiseQuelles évolutions depuis la fin des quotas ?

La fin des quotas n'a pas dynamisé la production laitière française. (©Pixabay)
La fin des quotas n'a pas dynamisé la production laitière française. (©Pixabay) (©Pixabay)

Tournant majeur pour la filière laitière européenne, la suppression des quotas a suscité craintes et espoirs pour les producteurs. Quelques années plus tard, quelles évolutions observe-t-on sur la production laitière française et au niveau des exploitations ?

Si dans certains pays européens, la fin des quotas en 2015 a permis une forte augmentation de la production laitière, comme en Irlande (+ 60 % en une décennie) la production française fait partie des moins dynamiques. Une stabilisation qui s’explique en partie par un faible appétit des transformateurs laitiers français, et par l’encadrement de la production par les contrats commerciaux et coopératifs, a expliqué l’économiste Gérard You, lors du webinaire Grand Angle Lait organisé le 19 mars par l’Idele.

Le débouché intérieur (60 % de la production française) reste plutôt robuste et captif, avec une consommation nationale de 22 milliards de litres couverte pour les deux tiers en produits français. Néanmoins, la consommation reste déséquilibrée selon les composants du lait de vache : 25 milliards de litres équivalent lait pour la matière grasse, et 18 milliards de litres équivalent lait pour les protéines, un déséquilibre qui a créé une forte tension lors de l’augmentation des cours de la matière grasse en 2017. Parallèlement, l’excédent commercial évolue peu, à 3,5 milliards d’euros, avec un solde commercial vers l’UE 27 qui s’est fortement dégradé en une dizaine d’années, compensé par les exports pays tiers.

Segmentation et loi Egalim 

On constate par ailleurs un « sensible effet de la loi Egalim », explique Gérard You : depuis 2017, le prix du lait payé aux livreurs français s’est détaché du prix du lait allemand, et il se montre moins sensible aux évolutions des marchés des commodités. Pour l’économiste, « les effets vont perdurer voire progresser en faveur des éleveurs ». Parallèlement, la logique de segmentation croissante de la production s’est poursuivie depuis 2015, avec une grande variabilité dans les compléments de prix. Ainsi, le développement du lait biologique approche les 5 %, pour un prix du lait supérieur de +130 % à celui du conventionnel. Pour les autres segmentations (lait équitable, lait avec cahier des charges AOP…), la valeur ajoutée supplémentaire va d’une quinzaine d’euros à plus de 300 euros supplémentaires sur 1 000 litres.

Dégradation de l’efficacité économique des exploitations

Du côté des éleveurs, la dernière décennie se caractérise surtout par une très forte variabilité des revenus. Ils restent très bas dans les systèmes spécialisés des montagnes et piémont du sud qui souffrent de coûts de production élevés, d’un prix de lait peu différencié par rapport au lait de plaine, et ont subi des aléas climatiques réguliers (trois sécheresses consécutives pour le Massif central), explique Yannick Pechuzal (Idele).

En fonction des systèmes, deux stratégies ont été mises en place pour augmenter la production de lait. En plaine, c’est l’intensification fourragère qui a été privilégiée (augmentation des surfaces en maïs pour augmenter la densité laitière). Dans le Massif central, ce levier étant difficile à actionner, c’est plutôt l’augmentation de la part de concentrés dans l’alimentation qui a été choisie.

Au final, l’efficacité économique s’est dégradée, compte tenu de l’augmentation des coûts de production (y compris en main d’œuvre) et des investissements qui ont été nécessaires pour produire du lait supplémentaire (achats d’alimentation, mécanisation…).  

Ainsi, si les revenus sont légèrement supérieurs à ceux qu’ils étaient avant 2015, « on trouve encore la trace de la crise de 2016 dans de nombreux élevages », et les investissements concentrés pour produire plus de lait pèsent sur la trésorerie. En 2020, les exploitations laitières du Grand Ouest n’avaient pas de marge de sécurité, tandis que celles du Massif central sont parvenues à en dégager une légère grâce à de faibles prélèvements privés, explique Yannick Pechuzal. Deux tiers des exploitations laitières restaient donc, en 2020, dans une situation financière difficile, voire très difficile…

Journaliste politique et économie

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