Les mycoplasmes sont des bactéries très particulières, considérées comme des formes de vie minimales, présentes dans l’environnement, chez les plantes et les animaux.
Chez les bovins, le caractère pathogène de Mycoplasma bovis (M.bovis) est aujourd’hui bien établi. Bien que d’une structure minimaliste et dotée de fonctions limitées, cette bactérie est reconnue responsable de pertes économiques majeures pour la filière bovine à l’échelle mondiale. Si les infections respiratoires dominent en Europe, les États-Unis sont principalement confrontés à des cas de mammites. La résurgence inquiétante de M.bovis pourrait être due à l’évolution des méthodes de production et à l’intensification des échanges commerciaux. En Europe, les pertes économiques associées à M.bovis ont été estimées à 150 millions d’euros par an, ce qui représente environ 25 % des pertes dues aux pneumonies et autres maladies associées : principalement des arthrites et des otites.
La transmission par aérosol est probablement la plus fréquente même si les voies génitale, mammaire et orale, du moins en conditions expérimentales, ont été décrites. Les bovins porteurs ou malades sont donc les sources principales de contamination et d’introduction de M.bovis dans un troupeau. Sa persistance possible en milieu extérieur et notamment dans les litières, grâce à la formation de biofilms, rend son éradication d’un élevage extrêmement difficile.
De plus, un bovin porteur ne va pas excréter Mycoplasma bovis de façon continue. Il pourra ainsi être un réservoir silencieux pendant des mois voire des années. La recherche avance mais nous sommes encore loin de connaître tous les modes d’action de cette bactérie atypique. Bien que d’une structure simpliste elle va développer des stratégies d’attaque et de persistance élaborées, lui permettant de coloniser les cellules et de persister dans les tissus.
L’une des préoccupations majeures quant aux infections, notamment respiratoires, dues à M.bovis concerne les traitements anti-infectieux dont l’efficacité est de plus en plus aléatoire et irrégulière. Dépourvue de paroi, la bactérie est naturellement résistante aux antibiotiques ciblant la paroi bactérienne. Son niveau de résistance aux autres familles d’antibiotiques est un enjeu sanitaire croissant en production bovine et probablement à l’origine d’une utilisation massive de ces anti-infectieux. Les productions d’engraissement de veaux ou de jeunes bovins sont particulièrement impactées.
Des études de prévalence françaises récentes ont permis de montrer un taux de positivité pour M.bovis de plus de 65% dans ces filières. Très fréquemment associé à d’autres agents pathogènes importants, viraux et bactériens (RSv, BVDv, Pi3v, IDv, Coronavirus bovin, Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida…) Mycoplasma bovis fait l’objet d’une surveillance attentive au niveau national par le réseau Vigimyc qui, depuis 2003, suit l’évolution des mycoplasmoses des ruminants sur l’ensemble du territoire.
La lutte et la prévention des infections dues à M.bovis s’appuient sur différents piliers complémentaires de prévention à la fois sanitaire et vaccinale. En préambule, le respect des normes de densité animale, de volume et qualité de l’air, de ventilation des bâtiments aideront à limiter des stress physiologiques favorisant ces infections. La prévention sanitaire est fondamentale et passe par des mesures d’hygiène strictes avec désinfection des bâtiments et du matériel. La maîtrise de la conduite d’élevage et notamment des introductions, constitue un levier possible de réduction des risques de contamination d’une exploitation.
Ainsi la mise en place d’un dépistage à l’achat par sérologie ou PCR, et d’une quarantaine, constituent un premier élément de la démarche de protection. L’isolement des animaux malades et la réforme des cas chroniques, l’existence de cases tampon, l’application du principe de marche en avant dans les ateliers d’engraissement, peuvent aider à limiter la propagation de l’agent pathogène. Le concept du « tout plein tout vide » plus fréquent en atelier de veaux de boucherie permettra une désinfection totale et un vide sanitaire entre deux bandes d’animaux.
Mais l’existence d’animaux porteurs sains et excréteurs intermittents, les difficultés thérapeutiques, la persistance et la résistance de M.bovis, notamment grâce aux biofilms, rendent ces mesures souvent bien insuffisantes. Depuis peu, la vaccination vient compléter l’arsenal préventif disponible en Europe pour limiter l’impact sanitaire et économique des infections à Mycoplasma bovis.
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