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Filière laitière biologique« Crise » du lait bio : le réseau des Agriculteurs bio bretons calme le jeu

Ces dernières semaines, la surproduction observée sur le marché du lait bio a généré des déclassements. (©Pixabay) <br />
Ces dernières semaines, la surproduction observée sur le marché du lait bio a généré des déclassements. (©Pixabay)

Alors que l’on entend parler de « crise du lait bio » depuis plusieurs semaines, le réseau des Agriculteurs bio de Bretagne incite à la prudence.

Faut-il vraiment parler de crise de la filière lait bio, comme on l’entend depuis quelques mois ?, demande le réseau des Agriculteurs bio de Bretagne.

De fait, la surproduction observée sur le marché du lait bio a généré des déclassements et une chute des prix payés aux producteurs. « De nombreux collecteurs ont incité à la réduction des volumes. Certains ont également stoppé les conversions vers l'AB », ajoute le réseau dans un dossier consacré au sujet.

Néanmoins, il tient à modérer « l’emballement » de ces dernières semaines, évoquant un « phénomène ponctuel et conjoncturel » et des « réactions court-termistes ».

Vagues de conversion, puis accalmies

Sur la question de la surproduction, les Agriculteurs bio de Bretagne rappellent que la filière laitière biologique française se développe depuis 1998 par à-coups, au rythme des opportunités de marché, de la conjoncture et des politiques publiques : crise de la vache folle, contrats territoriaux agricoles, règlement bio à l’échelle européenne, fin des quotas laitiers…

Aux « vagues de conversions » succèdent ainsi « des périodes d’accalmie ». La dernière vague s’est étalée de 2016 à 2019, et « le volume collecté a alors progressé de 50 % entre 2017 et 2019 ».

Quant à 2021, c’est une « année exceptionnelle » qui a vu se conjuguer deux facteurs : l’arrivée des volumes de la fin de cette dernière vague de conversion, et des pics de production de lait bio au printemps amplifiés par la météo. D’où une « suproduction ponctuelle ».

« Remettre en perspective les chiffres de la consommation »

Le réseau parle aussi d’année exceptionnelle en matière de consommation. Si les ventes de produits laitiers bio sont en recul par rapport à 2020, il appelle à « remettre les chiffres en perspective » : à cause de la crise sanitaire, « les pics de consommation de 2020 (lait de consommation, crème, beurre) ne peuvent servir de référence pour apprécier une dynamique de marché et de filière ».

Et argumente : « La consommation des produits biologiques, en France, toutes catégories de produits confondus, a été multipliée par 3 en 10 ans et par 2 en 5 ans ». Et « les données de consommation ne tiennent compte que des grandes et moyennes surfaces, sans la RHD et autres voies d’approvi­sionnement des ménages, no­tamment les circuits courts ».

« Penser à l’avenir de la filière »

Pour le réseau des Agriculteurs bio de Bretagne, la filière laitière biologique n’est pas arrivée à son palier de développement et se retrouve face à un « enjeu de transmissibilité ». « Le marché est dynamique, et il faut penser à l’avenir de la filière biologique, écrit ainsi Sonia Fretat, éleveuse bio en Ille-et-Vilaine et membre du réseau GAB-FRAB. 40 % des éleveurs et éleveuses bio ont plus de 55 ans (…). Il serait alors dommage que la régulation des volumes de lait bio se fasse faute de repreneurs. »

Autre force de la filière : son autosuffisance. « À la différence d’autres acteurs européens sollicitant pour leurs approvisionnements nationaux des géants de la collecte », elle peut « agir à sa propre échelle et avoir son destin en main, en termes de volumes comme de prix ».

Les Agriculteurs bio exhortent donc les producteurs conventionnels intéressés par une conversion vers l’AB à ne pas « perdre leur motivation au prétexte que la filière envoie des signaux de modération des volumes en AB ».

Ils incitent aussi les producteurs bio à s’investir dans leurs filières « via les organisations de producteurs » afin de « se faire en­tendre et d'être partie prenante des négociations pour des ré­sultats équitables entre l'amont et l'aval ». Autrement dit : limiter les effets de déclassement du lait bio et maintenir les prix.

 

 

 

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