Dans la Sarthe, les agriculteurs se sont mobilisés hier soir devant la préfecture pour dire non aux accords UE-Mercosur. Avec la mise en place d’un site logistique Bigard à Sablé-sur-Sarthe, les éleveurs craignent d’être aux premières loges de l’importation de viande étrangère.
Avec la transformation de l’abattoir de Sablé-sur-Sarthe en plateforme logistique pour le compte du groupe Bigard, la mobilisation contre l’accord UE-Mercosur prend une résonance particulière dans la Sarthe. Les éleveurs redoutent de voir de la viande étrangère transiter par ce qui était jusqu’alors un outil dédié à la valorisation de la production locale.
« Vu le contexte, nous avons peur que le site serve à gérer de la viande d’importation », tranche Laurent Ragot, président de la section bovine de la FDSEA de la Sarthe. « Le groupe Bigard nous garantit que ça ne sera pas le cas. Mais il y a quelques mois, il nous expliquait aussi que l’abattoir allait se maintenir… »
Pour rappel, la fermeture du site de Sablé-sur-Sarthe a été annoncée fin octobre par le numéro un de la viande bovine française. La production de l’atelier, qui valorise dans les 1 200 bovins par semaine, sera reprise par les abattoirs Bigard de Chôlet dans le Maine-et-Loire, et Cherré-Au dans le nord de la Sarthe. Le site de Sablé sera quant à lui dédié à la logistique et au stockage des viandes.
Les manifestations s’organisent
Dans ce contexte, le spectre de la ratification des accords UE-Mercosur inquiète plus que jamais les éleveurs. « Ça donne l'impression que tout est pensé pour faire venir de la viande d'ailleurs », déplore l'élu. « On entend beaucoup les industriels se plaindre de la décapitalisation, mais personne ne vient soutenir les éleveurs. »
Les mobilisations s’organisent. « Nous nous sommes réunis hier soir devant la préfecture pour manifester », poursuit le représentant de la FDSEA 72. « On était une bonne centaine, mais il y a encore beaucoup d’agriculteurs dans les champs. Ils annoncent de l’eau dans les jours à venir. Beaucoup essaient d’avancer dans leurs travaux », constate Laurent Ragot. Une benne de fumier a tout de même été déversée devant les grilles du bâtiment. « C'est presque devenu un rituel », constate-t-il.
De son côté, l’élu se démène pour plaider la cause des éleveurs sarthois. « Hier matin, j’ai bâché des panneaux. On ne se rend pas compte, mais à 62 ans, ça n’est pas une mince affaire. Ils sont hauts. Il faut un escabeau… Et l’on n’imagine pas la misère que c’est de faire ça lorsqu’il y a du vent », sourit l’agriculteur.
Les mobilisations devraient se poursuivre dans le département. Le mot d’ordre : manifester sans créer de nuisances excessives. « Nous sommes en réflexion pour mener une opération péage gratuit », confie Laurent Ragot. « Mais ce qui est certain, c’est que si les accords sont signés, les mobilisations vont devenir très sévères. »
Un symbole fort qui pourrait accélérer la décapitalisation
Pour l’élu, la signature d’un tel accord serait un véritable accélérateur de décapitalisation. « La filière bovine va mal. Beaucoup d’éleveurs sont proches de la retraite. Sur le terrain, on voit bien qu’il ne faut plus grand-chose pour qu’ils lâchent les vaches. »
Un tel afflux d’abattage serait préjudiciable pour les cours. Car la décapitalisation bovine a cela de paradoxale qu’en déstockant les mères, elle crée temporairement de la marchandise disponible sur le marché. Et qui dit volume, dit traditionnellement baisse des prix. « Je pense vraiment que la portée symbolique de l’accord peut faire très mal à la filière », insiste Laurent Ragot.
D’autant que l’arrivée de viande étrangère peut déstabiliser l’équilibre matière européen. « On parle de 99 000 téc. C’est moins de 2 % de la production de l’Union, mais on ne va pas importer de la réforme laitière. Ce sont les arrières et les aloyaux qui vont arriver. » Or ces morceaux, appréciés en grillade par le consommateur français, tirent la rémunération carcasse vers le haut.
Mais pour l’éleveur, tout n’est pas perdu. « J’espère que le président de la République tiendra bon. Certains pays hésitent encore, peut-être est-il encore temps d’éviter le pire. »
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