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Paroles de lecteursVous, éleveurs, gagnez-vous votre vie et osez-vous le dire ?

 « Si certains éleveurs gagnent leur vie, je suis content pour eux et ça me rassure même », souligne Vincent Georges. (©Pixabay // Création Terre-net Média)
« Si certains éleveurs gagnent leur vie, je suis content pour eux et ça me rassure même », souligne Vincent Georges. (©Pixabay // Création Terre-net Média)

Parler de sa rémunération quand on est éleveur laitier, est-ce tabou, surtout quand elle est plutôt satisfaisante ? Après qu'Antoine Thibault ait déclaré se prélever 3 000 €/mois, ce qui a suscité de nombreuses réactions sur le réseaux sociaux où il est très actif, nous vous demandions votre avis sur le sujet. Et c'est ce que vous avez fait !

Plusieurs lecteurs de Web-gri ont salué l'honnêteté d'Antoine Thibault à propos de son salaire, dévoilé dans le magazine L'éleveur laitier. Ils se réjouissent que des éleveurs gagnent bien leur vie et trouvent cela « mérité ».

« Chaque exploitation est un cas particulier », reconnaît Vincent Georges. « Mais il est primordial que les éleveurs puissent tirer un revenu de leur travail, qu'ils ont eux-mêmes déterminé suivant leur situation et/ou leurs priorités, poursuit-il. Si certains savent le faire, je suis content pour eux et ça me rassure. »

Un peu de positif, ça fait du bien.

Pour Phe, Antoine « a raison » de donner son salaire tel qu'il est. « Il est vrai que ce n'est pas le cas de tous », nuance ce lecteur. « Mais la plupart des éleveurs se plaignent sans arrêt, déplore-t-il avant de lancer : « Un peu de positif fait du bien. Que ceux qui s'en sortent le disent ! » « Pour 50 à 60 h hebdo voire plus, les responsabilités, les risques en termes d'investissements, les astreintes... ce n'est pas excessif, juge-t-il. Il faut en être fier et en parler. Si l'on veut motiver les jeunes, il faut leur montrer que cela existe ! »

« Que ceux, qui s'en sortent, le disent ! »

Massol est « d’accord » avec l'éleveur, très présent sur les réseaux sociaux : « Soit vous diluez vos charges comme vous conseille la mafia agricole locale et vous survivez, soit vous les réduisez drastiquement et là vous pouvez vivre normalement du métier d'éleveur. » Au lieu de s'offusquer de la sorte, il les exhorte à « (...) se remettre en question et agir ».

Être cohérent dans son système.

Jérémy Pecheux témoigne : « Je suis éleveur laitier bio en race normande, dans l'Aisne, sur une surface de 73 ha 100 % en herbe. Je prélève 2 000 €/mois de salaire et prends deux semaines de vacances par an. J'ai encore des prêts JA à rembourser mais dans quelques années, j'augmenterai mes prélèvements. Pour vivre de son métier d'éleveur, il faut être cohérent dans son système d'exploitation et avec son environnement. »

« Quand on a investi entre 300 000 et 500 000 € et que l’on travaille plus de 60 h semaine, 3 000 € ça devrait être un minimum. Si certains acceptent de bosser à l’œil, c’est leur choix, estime Bbll. (...) À un moment donné, c’est aux agriculteurs de se poser cette question : à quoi sert la course aux hectares ou aux volumes, si ce n’est à amortir un matériel dont on n’aurait pas eu besoin ? (...) »

Prendre en compte « la qualité de vie »

Céline Cuiller invite à prendre aussi en compte « la qualité de vie ». « Je suis éleveuse et j'ai travaillé en bureau. Certes, avant, je travaillais 39 h par semaine, j'avais des RTT, etc., mais maintenant, je suis beaucoup moins stressée et je me sens mieux même si je fais des heures à gogo !, raconte-t-elle. Les éleveurs savent parler de ce qui ne va pas, mais personne n'est prêt à franchir le pas d'arrêter. Pourquoi ? Parce que, quand même, on n'a pas de patron, on gère comme on veut, on est dehors au quotidien, on a une belle qualité de vie. Et je rejoins Antoine sur l'article, les agriculteurs savent féliciter et regarder les voisins qui s'enrichissent en achetant de grosses machines. Par contre oser dire qu'on gagne bien sa vie ou qu'on est épanoui en agriculture, c'est un gros mot ! »

« À lire les commentaires (plus bas), il n'est pas possible de dire ou d'écrire qu'on peut bien ou très bien gagner sa vie en élevage. Dommage que certains n'en profitent pas pour voir s'ils peuvent améliorer leur gestion, leur efficacité du travail, leur autonomie décisionnelle », fait remarquer Lau. Par ailleurs, « la formation des jeunes agriculteurs permet-elle d'obtenir un bon revenu ? », se demande-t-il.

De toutes façons, le revenu en élevage dépend « de ses objectifs et de son système », avance Noël Morreale.

Et « varie selon les années », enchaîne Laura Kampman Pierné.

Et ramené au nombre d'heures de travail ?

Pour Vincent Delargillière, « quand on est indépendant et a son compte, parler de salaire paraît mal adapté ». Il s'agit davantage « d'une rémunération », précise-t-il. Il explique : « Antoine peut transférer 3 000 € par mois de son compte pro vers son compte privé et réinjecter 15 000 € pour les besoins de trésorerie de la ferme... » Se référer au résultat courant lui semble « à la rigueur plus pertinent ».

« En salaire horaire, c'est tout de suite moins reluisant », fait valoir Xavier Keller.

Si Damone Pierre n'a « aucun mal à dire » qu'il « gagne bien sa vie avec 3 000 € par mois, effectivement ramené à l'heure, ça ne fait pas tant que ça », admet-il.

On n'a rien sans rien...

« OK on ne gagne pas 3 000 € en faisant 35 h mais on n'a rien sans rien, à moins d'être rentier », appuie Thierry Andrieu

« Super de bien gagner sa vie quand on ne peut pas prendre un week-end de repos », ironise Gaec Dairy Beauchêne

« Et si on enlève les aides de la Pac, il reste quoi ? », questionne Delphine Paquet.

« Sinon il n'y aurait pas tant d'arrêts »

Yvonnick Girier est dubitatif : « Je serais curieux de savoir le pourcentage d'exploitants qui touchent 3 000 € par mois. S'ils étaient beaucoup, il n'y aurait pas autant d'élevages qui arrêtent. Il faut cesser de vendre du rêve ! Tant mieux pour Antoine s'il y arrive mais malheureusement, ça n'est pas une généralité !! »

Tant mieux pour ceux qui y arrivent, mais ce n'est pas une généralité.

Salut appuie ces propos par des chiffres : « Pour l'ouest de la France, dans un article du week-end dernier, Innoval parle de - 15 % de fermes laitières en 2025, - 11 % de vaches laitières, - 11 % de production et - 23 % de génisses. (...) »

steph72 est du même avis : « Si les éleveurs gagnaient bien leur vie, il n'y aurait pas autant d'arrêts d'exploitations laitières avant la retraite, et de séparation de Gaec et de couple. 3 000 € vu la responsabilité et le temps de travail en élevage, ça fait un peu plus de 10 € de l'heure ! Si tu veux communiquer sur le métier, tu dis aux jeunes la vérité. J'en ai connu des agris qui se vantaient de se prélever de gros montants et qui, par la suite, se sont retrouvés en plan de sauvegarde et ont cessé leur activité 10 ans avant la retraite pour éviter le dépôt de bilan. »

« Pas d'investissement, ni d'aléa climatique...»

Didier Lambert livre son témoignage : « (...) Je suis à moitié moins − 1 500 € − comme mes deux salariés sauf qu'ils ne font pas les week-ends ! Je vis bien comme ça et mon exploitation remonte doucement la pente après un épisode robot catastrophique pour les finances ! (...) »

Steph72 insiste : « Vu les aléas climatiques, et en particulier les sécheresses, gagner 3 000 €/mois est impossible à moins d'avoir peu d'investissement, pas d'emprunt et être propriétaire de sa ferme. Et de ne pas avoir de problème lié aux antennes-relais comme moi. T'as plus qu'à limiter la casse économique pour sauver ton exploitation ! Et ceux qui rament, la majorité, n'ont pas forcément faits de mauvais choix. »

Je n'ai pas vu grandir mes enfants.

Régis Dumas se montre plus radical : « Un gros foutage de g... Affirmer qu'un éleveur laitier gagne bien sa vie est un pur mensonge. À part quelques cas particuliers cités dans la presse agricole, (...) pour la plupart, c'est un boulot passion mais qui ne paie pas. Perso, je pense bien gagner mais pour quelle vie ? Je n'ai pas vu grandir mes enfants, tellement de moments perdus dans une vie de famille et sociale ! C'est après qu'on regrette. »

« Cesser de vendre du rêve aux jeunes »

Tout comme Sébastien : « Vu le nombre de faillite et de suicides en élevage, et surtout vu les chiffres publiés par la MSA sur le revenu moyen de chacun des foyers fiscaux (essentiellement composé du revenu de la ou du conjoint(e) travaillant à l'extérieur), les propos d'Antoine n'appartiennent vraiment qu'à lui... Perso, crise laitière à répétition, sécheresse à répétition, coût d'une conversion au bio, crise Covid + Ukraine ont eu raison de mon revenu : 500 €/mois, c'est ce que je me prélève. Vouloir attirer des jeunes à s'installer en présentant un revenu mirobolant sans poser les chiffres, l'environnement et surtout l'historique de la ferme, c'est une folie ! En leur mettant des rêves plein la tête (...), ils risquent d'envoyer tout valser en deux temps trois mouvements ! (...) ! Antoine peut peut être vivre sur 73 ha dans sa région car il a les sols et le climat pour, mais chez moi, il en faut une centaine/UTH pour sortir un Smic (...) »

Ne pas mélanger "rémunération de l'éleveur" et "revenus de l'exploitation".

Et Patura de lui répondre : « Les chiffres MSA ne sont pas les payes des paysans mais les déclarations de leurs comptables et donc il y a beaucoup de différences, exemple : tu peux prendre 2 000 €/mois et ta ferme être à 3 600 € de bénéfices, et donc la MSA va publier 300 €/ mois de revenu pour l'exploitant. 0n mélange trop paye des agris et revenus de l'exploitation. »

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