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[Paroles de lecteurs] Robot de traite800 000 l par stalle : pour quelle rentabilité ?

« La capacité de traite d'un robot : 1 stalle pour 600 à 650 000 l, selon une étude de 2012 toujours valable », rapporte Pedro. (©Ëïiyps // Création Terre-net Média)
« La capacité de traite d'un robot : 1 stalle pour 600 à 650 000 l, selon une étude de 2012 toujours valable », rapporte Pedro. (©Ëïiyps // Création Terre-net Média)

Le chiffre de 800 000 l de lait/stalle de robot de traite, visé par plusieurs éleveurs dans un article paru la semaine dernière, a surpris les lecteurs de Web-agri. Ces derniers se demandent pour quelle quantité de concentré, marge sur coût alimentaire, coût de production du lait et donc rentabilité. Pourquoi en effet chercher à produire toujours plus avec un prix du lait si bas, font-ils remarquer.

« Et pourquoi pas 1 Ml de lait par stalle de robot ?, s'exclame La raison et le bon sens. C'est facile derrière un bureau de dire comment faire ? Mais quand faut vraiment le faire... Un robot, c'est 24h/24 ! (...) »

ben est du même avis : « (...) Nombreux sont les "spécialistes robots de traite" qui vendent des chiffres mais derrière, ce ne sont pas eux qui viennent pousser les vaches en retard. 6 VL en plus dans un troupeau robotisé, ça peut chambouler les habitudes des autres animaux, surtout avec une seule stalle. »

Les spécialistes des robots vendent des chiffres...

Attention à ne pas devoir pousser les vaches !

Pedro raconte : « Faute de pouvoir trouver du personnel, j'ai acheté un robot de traite pour les quatre dernières années de ma carrière. Selon le vendeur, on pouvait faire sans problème 720 000 l. Or je n'ai réussi à le faire qu'une seule année. Évidemment, l'imbécile, c'était moi. J'ai tout entendu, sur mon bâtiment, mes vaches, l'alimentation, le concentré au robot, etc. En fait, j'étais surtout sous-équipé. Il aurait fallu que je mette une salle de plus. J'avais trop de lait pour un robot et pas assez pour deux. En 2012, une étude est parue donnant les capacités de traite des robots et elle est toujours valable : 1 stalle pour 600 à 650 000 l. Le super spécialiste, qui parle de 800 000 l, viendra pousser les vaches derrière une panne de 5 ou 6 h, ou quand il y a plusieurs génisses qui viennent de vêler. »

... Mais pas des chiffres économiques : pas d'EBE, coût de production, annuités...

Jonathan, lui, s'est « arrêté en cours de vidéo ». « Parle-t-on d'EBE de ces élevages robotisés, des coûts de production et d'aliments achetés/an, de maintenance annuelle, d'annuités ? Non apparemment, s'étonne-t-il. Si ces chiffres ne sont pas communiqués, ce reportage ne... »

Le lait/vache, pas un critère de rentabilité

débutant renchérit : « Des chiffres économiques avant tout ! » Il poursuit ; 35 à 45 kg par jour ce n'est pas un critère de rentabilité pour un élevage ! Cela s'assimile plus à un soucis de rentabilité du robot de traite, qui doit sortir un paquet de lait vu le coût qu'il génère sur la ferme. Donc on fait beaucoup de lait à petite marge ! »

Beaucoup de lait à petite marge !

Patrice Brachet est d'accord avec @Jonathan et @débutant : « Dans ce genre d'article, on se fout du coût de production du lait, ce qui compte : les litres à l'heure ! Petite question pour les éleveurs interviewés : combien de kilo de concentré par rapport aux kilos de la ration de base ? Les producteurs laitiers sont dans une m... noire, et engraissent déjà tout un tas de monde !! Et là, certains cherchent à produire encore plus (pour rentabiliser leur outil) !!! »

Ce qui compte : les litres à l'heure.

Combien de concentrés ? Quel coût de production ?

Lau s'interroge également : « 35 à 38 kg de lait par vache, mais avec combien de kilos de concentré ? On imagine un coût de production très élevé et un système d'élevage très fragile. C'est bien pour vendre des appros, pas pour permettre à l'éleveur de gagner correctement et sereinement sa vie !! »

« Entièrement d'accord avec les précédents commentaires, déclare également Maec. Aucun chiffre sur la rentabilité de ce type d'installation ! La majorité des éleveurs deviennent dépendants des cours des aliments du bétail et vu le prix du lait, il faut avoir les nerfs solides. Mais bon, il y en a qui vont déverser du fumier et des pneus pour obtenir un meilleur prix du lait, on est bientôt sauvé !!! »

On vend du rêve avec la technologie...

« Les résultats techniques, c'est bien, mais pour quelle rentabilité ? Aucune avec du lait à 320 €/1 000 l !, lance aussi Popeye. On vend du rêve aux jeunes avec la technologie et ils se retrouvent endettés, intégrés à l'aval de la filière et plus maltraités que les serfs d'avant la révolution!! Les éleveurs qui ont un robot de traite se croient à l'avant garde alors qu'ils ne sont que les ouvriers sous-payés de ce système ultra productiviste... Les vendeurs de ferraille, d'engrais, de phytos, d'aliments... : voilà les grands gagnants qui avalent le chiffre d'affaires de ces fermes ! Les banques et les coops les remercient pour leur générosité !! »

« Produire à tout prix un lait qui ne vaut rien ?! »...

Massol, à propos du manque de données économiques : « À quoi bon calculer la marge sur coût alimentaire d'un élevage quand vous n’avez aucune autonomie et que les marchés sont extrêmement volatils tant pour les appros que pour le prix du lait ? Quant aux investissements, remboursés sur 20 ans, même si les taux sont bas, il peut s'en passer des choses pendant toutes ces années ! »

À quoi bon alors calculer la marge sur coût alimentaire ?

Chris répond : « Je connais un jeune collègue dont les vaches doivent produire au moins 30 l/j s'il veut faire face à ses annuités !!! 1 500 000€ pour l'installation : une stabu neuve, 2 robots, 120 VL à 36 l/j..... Ces gens là regardent la marge sur coût alimentaire !! »

Breiz estime que c'est « une pure folie que de produire à tout prix un lait qui ne vaut rien » !

... « jusqu'au clash ! »

Capitaine s'écrit : « Et lorsque le prix du lait payé va encore baisser, ces éleveurs demanderont à leurs vaches de sortir 55 kg par jour ? Ils ont une faculté d’adaptation dans le cerveau et leurs animaux dans la mamelle... Faut-il continuer ainsi jusqu’au clash ?! »

Une sacrée capacité d'adaptation des mamelles...

« Pourquoi se plaindre quand certains producteurs sont prêts à produire 300 000 ou 400 000 de lait en B ?, déplore Yannick. Continuons comme ça, les industriels seront heureux !! »

Jmb nuance : « Je ne suis pas contre les robots. Ce qui me gène, c'est que nous travaillons pour engraisser les autres et qu'ils sont incapables de nous soutenir pour que que nos coûts de revient soient pris en compte dans le prix du lait. »

Évidence le rejoint : « Beaucoup de critiques alors que dans les dernières diapos, après avoir énuméré tout ce qui fait la réussite de n'importe quel élevage laitier (nutrition, IVV, taux de renouvellement, etc.), le consultant précise bien que la maîtrise de la marge sur coût alimentaire est primordiale. Donc que ceux qui refusent d'admettre, que parfois mettre 500 g de soja en plus (même cher !) permet de gagner plus à la fin, continuent de faire 20 kg de lait en full grass avec des charges de structures identiques en face et une MCA à 4 €/j/VL. Et surtout, qu'ils arrêtent de saper le moral de ceux qui performent techniquement ET économiquement. »

Journaliste installation/transmission des exploitations

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