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P. Pinot, directeur de lycée agricole« La passion, nos élèves ont cette graine en eux, à nous de la cultiver ! »

« Nos élèves sont des passionnés ! Ils ont cette graine en eux depuis le plus jeune âge », se félicite Philippe Pinot, directeur du lycée agricole Les Vergers. (©Adobe Stock)
« Nos élèves sont des passionnés ! Ils ont cette graine en eux depuis le plus jeune âge », se félicite Philippe Pinot, directeur du lycée agricole Les Vergers. (©Adobe Stock)

Deux tiers des effectifs de son établissement se forment en agriculture, la plupart avec un projet d'installation dans les 8-10 ans alors qu'ils sont plus de 50 % à ne pas être issus du monde agricole : Philippe Pinot s'en réjouit, « l'enseignement agricole se porte plutôt bien ». Sans doute parce qu'il permet de « découvrir, pratiquer, tester pour faire plus facilement ses propres choix », professionnels et personnels.

« Toujours plus de jeunes sont intéressés par les métiers de l'agriculture. Deux tiers de nos jeunes suivent des formations agricoles (l'établissement en question forme aussi aux services à la personne et à la vente). Mathématiquement, comme ce sont de moins en moins des enfants d'agriculteurs, de plus en plus ne sont pas issus du milieu agricole, même s'ils ont quelque fois un grand-père, un oncle, un voisin exploitant. Cette année, ils sont 52 %. Et vu les évolutions que connaît le secteur, cela va s'accélérer », analyse Philippe Pinot, directeur du lycée agricole Les Vergers à Dol de Bretagne, membre du réseau Cneap (Conseil national de l'enseignement agricole privé) et qui accueille 710 élèves de la 4e au BTS. 

« Des outils adaptés et une ferme pédagogique »

Et davantage de filles dans les filières de l'agriculture ces dernières années, surtout dans la voie technologique plutôt que professionnelle. « À 8-10 ans, la plupart de ceux et celles, qui suivent un cursus agricole, vont s'installer sur une exploitation. Ils ont cette graine en eux depuis le plus jeune âge. De vrais passionnés ! », poursuit-il. Comment l'enseignement agricole alimente-t-il cette passion ? « Il faut avoir des équipements adaptés, notamment une ferme pédagogique, permettant de progresser dans les apprentissages, voire de découvrir l'agriculture pour ceux et celles qui la connaissent peu ou pas, mais aussi de mettre en pratique les connaissances sur le terrain lorsqu'on n'a eu que rarement, voire jamais, l'occasion de le faire jusqu'alors », répond Philippe Pinot.

Écoutez son interview vidéo, au Space 2022 :

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« Promouvoir toutes les agricultures »

C'est pourquoi l'exploitation du lycée Les Vergers regroupe différentes productions et activités, en conventionnel, en bio, en agriculture raisonnée... « Nous faisons la promotion de toutes les agricultures pour que chacun puisse trouver chaussure à son pied », met en avant le directeur. Même si le lait, avec 800 000 l produit/an, est l'atelier prédominant. « La Bretagne est une région laitière ! », lance-t-il. Depuis trois ans, une partie est transformée sur place (60 000 l actuellement). « Les élèves sont fiers de voir leurs produits dans les magasins », fait-il remarquer.

Pour que les jeunes trouvent chaussures à leur pied !

Côté diversification, plus atypique : une quarantaine de buffles d'Asie, élevés comme un troupeau de vaches allaitantes. « Des animaux robustes, 8 à 10 sont commercialisés chaque année pour la viande. » Cela a conduit également à diversifier les cultures. Autant d'opportunités de découverte afin que « chaque jeune fasse ses choix, en pesant le pour et le contre ». « Ils doivent casser les idées reçues, essayer, se tromper, insiste Philippe Pinot. C'est en faisant qu'on apprend. »

Une certaine « liberté pédagogique »

D'où l'engouement, qu'il observe depuis quelque temps, pour l'apprentissage. « Les effectifs d'apprentis ont quadruplé », confirme-t-il, sans pouvoir satisfaire entièrement la demande des agriculteurs, en augmentation. Il alerte cependant sur « le phénomène d'aubaine potentiel pour les entreprises », qui perçoivent des aides. « Chacun doit rester dans son rôle, ajoute-t-il. Le maître d'apprentissage est un apprenant, pas un employeur en quête de main-d'œuvre uniquement. Pour fidéliser les apprentis dans le secteur, il faut voir à plus long terme. »

Des enseignants experts dans leur domaine, et qui connaissent le milieu agricole.

Quant aux enseignants, « ils doivent avoir une perception du monde professionnel, ce n'est pas négociable ». « Enseigner dans un établissement agricole est complexe, estime le directeur, car il faut être pointu dans sa matière, être zootechnicien, spécialiste en machinisme, etc., tout en comprenant parfaitement le monde agricole. Ce qui nécessite d'être très bien formés et surtout engagés. Recruter est parfois difficile. » Par ailleurs, l'enseignement agricole dispose d'une certaine « liberté pédagogique ». Le respect de référentiels est bien sûr obligatoire, mais avec de la souplesse pour proposer des modules spécifiques, pas forcément liés à l'agriculture afin « d'ouvrir à d'autres domaines : artistiques, sociétaux ». « L'éducation socio-culturelle n'existe que dans les lycées agricoles », appuie Philippe Pinot. 

Toujours sur le plateau de la Space TV by Web-agri, Anaïs Caillard racontait son parcours de lycéenne en agriculture, et ce qu'elle envisage de faire ensuite : 

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Bien que ses parents ne soient pas agriculteurs, elle voudrait devenir éleveuse laitière. Nous l'avions aussi interrogée, en vidéo, à l'espace Jeunes, nouveauté de la dernière édition du salon. Autour de trois questions : quelle formation, pour quel métier, et avec quelle vision de celui-ci pour l'avenir.

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