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Investissements matérielsMathieu Alliet : « J’économise du CO2 et je vends l’énergie que je produis »

Les acteurs de notre web-série Ferme Laitière Bas Carbone n’ont de cesse de nous inspirer. Nous évoquons aujourd’hui un autre levier d’action sur les émissions de gaz à effet de serre : l’investissement matériel. Mathieu Alliet est associé avec son épouse au sein de la SCEA de la Hulotière, dans la Manche. Grâce à un diagnostic Cap’2ER® en 2019, il a mesuré sa capacité de stockage de carbone et évalué la possibilité d’amélioration de ses pratiques sur 5 ans. Accompagné par Flore Diesce, ingénieure production de la coopérative Maîtres Laitiers du Cotentin, il n’a pas hésité à investir dans un système de micro-méthanisation et à modifier ses pratiques d’épandage.

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Le Gaec de la Hulotière, c’est 270 vaches laitières, sur 163 ha de SAU, dont 70 ha de prairies (permanentes et temporaires), 97 ha de maïs et 4 ha de betteraves, incorporées dans la ration. Initialement, l’exploitation produisait de la crème crue. En 2015, la traite a été robotisée et Mathieu s’est tourné vers une filière lait de pâturage sans OGM (2 900 000 litres par an), un des segments de sa coopérative. Très sensible aux enjeux environnementaux, l’éleveur souhaite agir pour améliorer l’image de l’agriculture en réduisant ses émissions de GES.

Cinq leviers pour réduire les émissions de GES

Son diagnostic Cap’2ER® a été financé par des aides régionales. L’objectif de la coopérative des Maitres Laitiers du Cotentin est que 100 % de leurs producteurs réalisent le diagnostic d’ici 2024. Le diagnostic Cap’2ER® a identifié cinq leviers d’action, que Mathieu a rapidement activé sur l’exploitation :

  • La surface de pâturage des vaches a doublé (15 ha > 32 ha)
  • Les tourteaux de colza ont totalement remplacé ceux de soja. Leur provenance européenne permet de garantir l’absence d’OGM.
  • L’âge du 1er vêlage est passé de 29 à 25 mois. L’éleveur a aujourd’hui moins de génisses.
  • Son apport d’engrais a été réduit de 20 %.
  • Le dernier levier, et pas des moindres, est l’investissement matériel. Il est travaillé à travers deux axes : l’installation d’un système de micro-méthanisation et le recours à une rampe à pendillards pour l’épandage du digestat

Méthanisation : gain économique avec la revente d’énergie

Le système de méthanisation choisi est simple et peut être entièrement géré par l’éleveur. Le lisier arrive dans une préfosse pour y être malaxé. Huit fois par jour, du lisier frais est injecté dans le digesteur maintenu à 42°C. L’activité des bactéries méthanogènes produit un biogaz servant à faire fonctionner le moteur de génératrices d’électricité. « Nous produisons 30 000 kW par mois alors que nous n’en consommons que 12 000 kW. Je vends le surplus et je récupère 900 litres d’eau chaude pour mes robots de traite et chauffer ma maison. » Le système de micro-méthanisation représente un investissement de 310 000 €. Mathieu Alliet a fait le choix d’une installation à sa mesure. « Je n’avais pas l’intention d’investir dans un système plus gros. C’est très simple d’un point de vue organisation du travail car cela occupe un quart d’heure tous les 4 jours. »

Rampe à pendillards : diminuer la perte d’azote dans l’air

Le digestat comprend une part d’azote ammoniacal plus volatil que le lisier classique. Mathieu s’est associé à la Cuma voisine pour investir dans une rampe à pendillards en remplacement du système d’épandage avec des buses à palettes. Les cinq adhérents ont partagé l’investissement pour diminuer leurs émissions de GES et faire des économies d’engrais. « Éviter les pertes d’azote, c’est mieux pour l’environnement et pour la plante qui valorise mieux le digestat. J’ai économisé 20 tonnes d’ammonitrate sur les prairies l’année dernière. » Pour les cultures, l’éleveur utilise même un enfouisseur à dents qui limite les pertes d’azote à moins de 5 %.   

À travers ses actions pour diminuer ses émissions de GES, Mathieu Alliet constate un retour direct de ses investissements et une plus-value économique pour son exploitation. Pour aller encore plus loin, l’éleveur a planté 1 000 mètres de haies supplémentaires, surtout en fruitiers, ce qui a accru sa capacité de stockage de carbone et de préservation de la biodiversité (12 300 mètres linéaires de haies au total). Après la vente d’énergie, il espère pouvoir valoriser ses unités carbone économisées.

Article réalisé par Web-agri Factory et proposé par le Cniel.

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