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Marchés laitiersDécapitalisation et météo ont fait rechuter la collecte française cet été

En juin, la collecte laitière a atteint son plus bas niveau depuis 2013 (©Pixabay)
En juin, la collecte laitière a atteint son plus bas niveau depuis 2013 (©Pixabay)

L’Idele explique que le recul de la collecte s’est poursuivi cet été, sous l’effet de la reprise de la décapitalisation, d’une météo défavorable à la production herbagère, mais aussi d’une marge laitière peu incitative. Cette situation affecte les fabrications de produits laitiers et le commerce extérieur.

Les indicateurs « virent à l’orange » pour le lait de vache en France, explique l’Idele dans ses tendances du mois de septembre.

De fait, la collecte continue de reculer. En juin, elle atteint son plus bas niveau depuis 2013, à 2 Mt. L’Idele note un repli parallèle à celui du cheptel, « signe d’une stabilisation de la production par vache, probablement sous l’effet d’un usage modéré des aliments concentrés devenus très chers ».

La collecte se serait ensuite stabilisée en juillet avant de rechuter en août, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer. Cause probable : « une forte contraction du cheptel en lactation, combinée au nouvel épisode de canicule sur l’ensemble de la France et à une production herbagère négligeable dans presque tous les bassins laitiers ».

Collecte laitière en France
Collecte laitière en France (©Idele)

Reprise de la décapitalisation

Après avoir ralenti au premier semestre, la baisse du cheptel laitier s’est accélérée pendant l’été : - 1,8 %/2021 début août, à 3,42 millions de tête. L’Idele pointe notamment des entrées de génisses en chute libre (en juillet, - 13 %/2021).

Les réformes laitières se sont un peu repliées en juillet et ont sensiblement repris en août (+ 8 %/2021) pour retrouver un niveau proche de la moyenne 2013-2020 : « La pénurie d’herbe et la cherté des aliments concentrés ont pu inciter certains éleveurs à raccourcir les lactations des vaches non gestantes pour ajuster le cheptel aux disponibilités ».

Une marge laitière peu incitative qui joue sur la collecte

Le prix du lait standard 38-32 toutes qualités a battu un record en juin, à 439 €/1 000 l (+ 21 %/2021) et se situerait en juillet et août entre 450 et 460 €/1 000 l. Mais cette hausse est modérée au regard des prix pratiqués ailleurs en Europe : ainsi, « l’écart s’est encore creusé avec le prix du lait conventionnel allemand, à 540 €/1 000 l en juillet.

En parallèle, les charges restent élevées dans les élevages laitiers. L’Ipampa (indice des prix d'achat des moyens de production agricole) lait de vache était en juillet supérieur de 21 % à celui de juillet 2021 et de 31 % à celui de juillet 2020. Après 24 mois de hausse, il s’est néanmoins légèrement replié d’un mois sur l’autre, mais l’Idele souligne que la conjoncture internationale incertaine (marchés des grains et de l’énergie) « rend presque imprévisible l’évolution de l’Ipampa, donc des charges dans les prochains mois ».

Évolution de l'indice des prix d'achat des moyens de production agricole en lait de vache
Évolution de l'indice des prix d'achat des moyens de production agricole en lait de vache (©Idele)

La marge Milc (la différence entre les produits et les charges) a ainsi atteint au mois de juin « son plus haut niveau depuis décembre 2017 », à 120 €/1 000l. « La hausse du prix du lait (+ 80 €) est presque intégralement gommée par celle des charges (+ 72 €) », explique l’Idele, mais le bond des prix du coproduit viande (de + 24 €/1 000 l) permet à l’indice de dépasser de 32 €/1 000 l son niveau de juin 2021 ».

Entre prix du lait encore en hausse et « léger tassement des charges », la Milc s’est probablement encore améliorée en juillet… « mais demeure à un niveau relativement peu stimulant » pour la production laitière.

Des fabrications affectées par la baisse de la collecte laitière

Les industries laitières ont dû ajuster leurs fabrications à la baisse de la collecte. Au premier semestre, les fabrications étaient en baisse pour les laits conditionnés et l’ultra-frais (- 2,7% et - 2,5% /2021), dynamiques pour les crèmes conditionnées (+ 4 %) et stables pour les fromages. Malgré une demande intérieure baissière, crèmes et fromages ont gagné en compétitivité à l’export.

L’Idele pointe aussi une « poursuite des tendances lourdes » : recul des pâtes molles (- 3 %), des pâtes pressées non cuites (- 2 %), cuites (- 4 %) ; croissance des pâtes filées (+ 4 %) et des fromages frais (+ 5 %).

Les fabrications de laits infantiles ont grimpé (+ 10 % /2021) « sans répercussion notable sur les exportations ». Celles de poudre maigre ont baissé (- 5,5 %) « faute de ressource laitière ». Idem pour la poudre de lactosérum (- 7 % /2021), affectées par le net ralentissement des exportations (- 12 %), surtout vers la Chine (- 38 %).

La consommation des ménages fléchit « nettement »

La demande intérieure commence à subir l’impact de la hausse des prix, pourtant « modérée comparé à celle des pays voisins ». Tous produits laitiers confondus sur la période mai-juin-juillet, les volumes vendus ont baissé de 4 % par rapport à 2021, compensés par une hausse de 6 % des prix moyens.

Ce sont les ventes de beurre qui accusent les plus fortes chutes de volumes (- 10 %/2021) en parallèle d’une hausse de 11 % des prix. Celle de fromages et de yaourts n’ont baissé que de 2 % et  1 % par rapport à 2021 malgré une hausse des prix conséquente (+ 6 %).

Evolution des volumes de produits laitiers vendus en GMS
Évolution des volumes de produits laitiers vendus en GMS (©Idele)

L'érosion de la collecte et la flambée des cours impacte le commerce extérieur

La baisse de la collecte au premier semestre a affecté le commerce extérieur, avec un recul des exportations en volume (- 3,6 % en matière solide utile) et en parallèle des importations en hausse de 2 % « malgré le tassement de la consommation intérieure ».

Tous produits laitiers confondus, les exports ont grimpé de 12 % en valeur par rapport à 2021, à 5,854 Md€. Et les importations ont bondi de 32 % en valeur, à 3,89 Md€, surtout à cause « de la flambée des cours des ingrédients laitiers, qui constituent l’essentiel des produits importés ». À 1,96 Md€ au premier semestre, l’excédent commercial de la France en produits laitiers était donc en recul de 300 M€ par rapport à 2021.

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