Mardi 30 janvier 2018, les ministres des affaires étrangères des pays du Mercosur – Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay – étaient à Bruxelles pour négocier avec Phil Hogan et Cecilia Malmström, les commissaires à l’agriculture et au commerce.
Après le refus sud-américain de la proposition européenne sur un quota d’importation de 70 000 tonnes de viande bovine, le nouveau chiffre sur la table, selon la Fédération nationale bovine, porterait à 99 000 t.
« Un accord avec le Mercosur pourrait être conclu dans les tout prochains jours et acter l’ouverture du marché intérieur à 99 000 tonnes minimum de viandes bovines sud-américaines », s’indigne le syndicat dans un communiqué.
Et la FNB aussitôt de s’interroger, avec indignation : « Jusqu’à quel point Emmanuel Macron est-il prêt à sacrifier l’élevage bovin français dans le cadre de l’accord UE-Mercosur ? Jusqu’où ira le reniement du président de la République sur ce sujet ? »
Jeudi 25 janvier déjà, lors de la présentation de ses vœux au monde agricole dans le Puy-de-Dôme, le chef de l’Etat avait inquiété les éleveurs de bovins viande, en expliquant « qu’un accord avec le Mercosur serait conclu rapidement ». « Avec une promesse : les « lignes rouges » de la France concernant la viande bovine seront respectées. »
Mais quelles sont ces fameuses « lignes rouges » ? A cette question, Stéphane Travert aurait répondu à Bruno Dufayet, président de la FNB, à l’issue du discours présidentiel « qu’en aucun cas, une offre supérieure à celle alors sur la table des négociations – soit 70 000 tonnes – ne saurait être acceptée par la France. »
« Quatre jours plus tard, cette ligne rouge est donc franchie, fustige le syndicat. Et c’est avec le plein accord de la France que cet accord pourrait être conclu. Une posture française d’autant plus inquiétante pour les consommateurs que les viandes sud-américaines ne présentent aucune garantie sur le plan sanitaire. En témoigne la récente crise de la « viande avariée » au Brésil et la fermeture des marchés américain et russe aux viandes brésiliennes, suite à la découverte de substances interdites dans ces viandes. »
« Ce n’est donc pas seulement l’emploi de plusieurs dizaines de milliers d’éleveurs, mais la qualité de l’alimentation et la santé des citoyens français qui semblent aujourd’hui « bradés » dans le cadre de cet accord. »
« Conclure cet accord au lendemain des Etats généraux de l’alimentation ne relève pas seulement de l’incohérence totale des politiques publiques, mais de l’irresponsabilité. Quels que soient les intérêts commerciaux en jeu, une telle concession est inadmissible et doit être très largement dénoncée », commente pour sa part Bruno Dufayet.
Concernant le calendrier, rien ne presse côté européen. C’est plutôt le Brésil qui pousse à la conclusion rapide d’un accord. Les prochaines élections présidentielles du plus important pays du Mercosur sont prévues en octobre 2018.
Selon les calculs de l'Institut de l'élevage, l'importation de milliers de tonnes de boeuf latino-américain en Europe pourrait faire baisser les prix de 10 %, et 25 000 à 30 000 emplois pourraient disparaître dans la filière en France, affirme la Fédération nationale bovine.
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