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Reportage à La Blanche Maison (50)Focus sur le fonctionnement d'une ferme expérimentale

L'exploitation comprend 90 laitières de race Normande (©La Blanche Maison)
L'exploitation comprend 90 laitières de race Normande (©La Blanche Maison)

De la conduite du troupeau à la réfaction des bâtiments, tout est pensé, pesé, mesuré. Si ce fonctionnement peut sembler contraignant, la ferme expérimentale de la Blanche Maison (Manche) cherche avant tout à avoir une conduite de troupeau proche de celle des fermes laitières Normandes pour pouvoir fournir des résultats exploitables aux agriculteurs de la région.

Au premier abord, la ferme de la Blanche Maison (Manche) ressemble en tout point à une exploitation des plus traditionnelles : le troupeau de Normande s’intègre parfaitement dans le bocage du Cotentin. Mais à y regarder de plus près, bascules et protocoles vous mettent la puce à l’oreille : nous sommes dans une ferme expérimentale.

Créée en 1972, la seule ferme expérimentale de Normandie a vocation à travailler sur l’ amélioration des systèmes agricoles. Son implantation dans le bocage Normand lui permet de se consacrer plus précisément à la valorisation de la prairie, du pâturage et des haies. « Le statut de ferme expérimentale nous permet de tester des choses, de prendre des risques que ne pourraient pas prendre les agriculteurs » explique Flore Lepeltier, gestionnaire de projet à la Blanche Maison.

Un troupeau laitier de 90 Normandes est mis à disposition des expérimentations. La conduite de l’exploitation tourne le plus possible autour de la valorisation de l’herbe. « Les vaches sont conduites au pâturage de mars à octobre, voire jusqu’en novembre si la saison le permet. L’objectif est de suivre un fonctionnement semblable à celui des fermes du secteur » explique Romaric Lecointre, technicien sur l’exploitation. Durant cette période, les veaux sont mis à l’herbe dès 10 jours. Cela leur permet de goûter l’herbe très vite et d’habituer leur rumen, ainsi très jeunes, ils deviennent de bons pâtureurs. L’exploitation dispose de 75 ha de prairie, toutes arborées sous le modèle du bocage Normand. 25 ha attenants sont disponibles pour les laitières, et 30 ha pour les génisses. En plus des parcelles dédiées au fonctionnement de l’exploitation, 7,5 ha sont réservés pour des essais.

Ici, on pèse tout, tout le temps !

« On travaille dans une ferme expérimentale comme partout ailleurs, sauf qu’ici, on suit des protocoles, on pèse tout, on note tout », décrit Romaric. Chaque intervention sur le troupeau ou les cultures est notifiée. Pour ce faire, l’exploitation bénéficie d’ équipements de mesure, DAC, colliers connectés ou encore systèmes de bascules. « Même les bennes de fumier lors du curage sont pesées, souligne Flore, ça prend du temps et ça demande de la rigueur mais c’est important pour récolter des données ». 

Travailler dans une ferme expérimentale c’est être sans cesse amené à essayer de nouvelles pratiques. Pour Emilie Lemonnier, technicienne sur l’exploitation, « c’est intéressant de tester de nouvelles choses au quotidien. Ça n’est pas toujours concluant, mais c’est notre rôle. Nous avons testé l’utilisation d’exosquelette pour la traite, ça n’a pas trop marché sur le long terme, ça contraignait beaucoup les mouvements et ça faisait même mal à certains ». Si les commerciaux offrent ce genre d’équipement à l’essai pour une journée, des expérimentations comme celles menées à la Blanche Maison permettent de prendre davantage de recul sur les produits pour mieux conseiller les agriculteurs sur des investissements onéreux.

Le système est pensé pour rendre possible le travail en exploitation par de la main d’œuvre salariée. Six personnes travaillent à temps plein sur le site : trois pour la gestion du troupeau et des parcelles, et trois sur les aspects expérimentation et gestion de projet. La production laitière est conduite en quatre bandes, avec des périodes de vêlages de six semaines. Ce fonctionnement permet d’ étaler le travail dans l’année en allégeant la surveillance du troupeau au quotidien. Cela permet également de régulariser la production de lait sur l’année.

Un projet de « hangar staging »

Un projet d’ agrandissement est en cours à la Blanche Maison. Le bâtiment actuel n’est conçu que pour 60 laitières, alors qu’elles sont aujourd’hui 88. En plus du manque de place aux cornadis, la salle de traite, une installation en 2 x 5 postes datant de 1981, est sous dimensionnée pour le troupeau. « Nous sommes partis sur un projet de "hangar staging", explique Flore, c’est-à-dire que nous allons réaménager le bâtiment actuel pour pouvoir y mettre les génisses, et agrandir pour créer des stabulations de vaches laitières ». L’enjeu est alors de réaménager les bâtiments d’élevage à moindre coût en partant des bâtiments existants pour créer un outil de production fonctionnel et agréable, pour l’homme comme pour les animaux. L’ossature (toiture et charpente) du bâtiment actuel sera conservée, c’est l’organisation interne qui sera modifiée pour proposer une installation plus moderne. Un nouveau bâtiment de 100 places en aires paillées, ouvert sur un long pan est donc en réflexion. De même, une salle de traite TPA 2 x 12 va être installée à coté de l’actuelle. Une appréciation des résultats après la mise en service des bâtiments aura lieu par le biais d’évaluation multi critères. L’objectif est de répondre plus largement à la recherche sur les questions de réaménagement de bâtiments.

Les démarches d’ agrandissement du bâtiment ont été accompagnées par différents partenaires. La MSA des Côtes Normandes, a notamment maquetté le nouveau bâtiment. « La maquette, une fois présentée aux salariés du site, nous a permis de mieux visualiser les flux d’animaux et le déroulement des activités de travail », explique Marie Pierre Dupont, conseillère prévention à la MSA qui a accompagné le projet. Cette discussion avec les salariés de la structure a par exemple abouti à l’éloignement du chemin de pâturage du bâtiment pour faciliter le curage des cases, ou encore de mettre en évidence la difficulté à affourager certains cornadis à cause de la présence d’un mur. « Cette démarche n’est pas uniquement valable pour les fermes expérimentales, toutes exploitation peut demander le conseil de la MSA et avoir recours à des simulations ». Auparavant, un diagnostic de bâtiment avait été établi par l’Idele, et GDS avec la mise en place de capteurs d’ambiance, et la réalisation de fumigène. La chambre d’agriculture a également fait part de son expertise en réalisant deux études de terrain complètes pour proposer des plans à la Blanche Maison. 

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