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PâturageRénover ses prairies sans labour et sans glyphosate : c'est possible

En plus d'être appétant, le colza fourrager repousse sans problème s'il est pâturé entre 40 et 50 jours après le semis. (©Tanguy Dumas)
En plus d'être appétant, le colza fourrager repousse sans problème s'il est pâturé entre 40 et 50 jours après le semis. (©Tanguy Dumas)

Anticiper la destruction de l'ancienne prairie et y implanter une dérobée : et si c'était la solution pour renouveler ses parcelles sans labour ni phytos ? En choisissant une interculture fourragère, il est possible de garder les parcelles dans le circuit de pâturage, tout en assurant une bonne implantation du mélange ray-grass légumineuse au printemps.

Avec l’agrandissement des troupeaux, les surfaces accessibles sont bien souvent saturées. Il est parfois difficile de trouver des périodes propices au renouvellement des prairies, et plus encore d’aboutir à un resemis de qualité ! La succession prairie après prairie n'étant pas favorable à l’implantation de légumineuseImplanter une interculture pâturable peut être un bon moyen de garder la prairie dans le circuit de pâturage

La ferme expérimentale de Trévarez, dans le Finistère, a testé l’implantation d’interculture contenant du colza fourrager en début d’été pour la rénovation de ses prairies à 13 reprises entre 2011 et 2020, dont 6 fois en conventionnel, et 7 en bio.

Profiter de la sécheresse estivale pour détruire les prairies

« Nous conseillons d’opter pour une destruction de prairie en début d’été, entre juin et juillet », explique Pascal Lecoeur, responsable de la station expérimentale de Trévarez. « Cela permet de faire pâturer une dernière fois la prairie avant l’épiaison des graminées. La sécheresse estivale vient ensuite aider à la destruction de la prairie ». Pour une destruction sans labour ni glyphosate, il est conseillé d’utiliser des outils à axes horizontaux, comme un rotalabour ou un rototiller, car ces outils permettent de bien casser les mats racinaires. Il est nécessaire d’effectuer deux à trois passages sur trois à quatre semaines de temps : idéalement, un passage après chaque pluie jusqu’à la destruction totale de la prairie. Un mélange de 6 kg colza fourrager et de 15 kg de ray-grass italien est semé à la volée, puis rappuyé à l’aide d’un rouleau packer. 50 jours après le semis, les pouces de colza peuvent être pâturées. « Il est important de faire pâturer les colzas jeunes, car ils repoussent mieux par la suite ». Une deuxième session de pâturage de colza est possible vers fin septembre début octobre. Après le second pâturage, le RGI prendra le dessus sur le colza, et jouera le rôle de piège à azote durant l’hiver. Un dernier pâturage peut avoir lieu au mois de mars pour valoriser les dernières pousses de colza avant de retourner l’interculture. 

Pour ce qui est de la destruction du couvert, le labour permet d’éviter les repousses de RGI. Il permet également de résoudre des problèmes de portance. « S’il faut sortir des animaux en hiver, il peut être intéressant de les mettre dans la parcelle implantée en RGI car le labour viendra restructurer le sol en sortie d’hiver ». Si vous souhaitez éviter le labour, la ferme expérimentale de la Blanche Maison conduit des essais sur la même thématique de rénovation de prairies où l’interculture est détruite au printemps à la herse rotative.

Des alternatives pour les régions sèches

Ce type de pratique est particulièrement adapté aux régions disposant d’un été frais et arrosé pour assurer la levée du colza. « En Bretagne, sur 13 essais, tous ont réussi sauf 1. Il s’agissait d’une année particulièrement sèche, et le colza n’a pas réussi à s’implanter à cause de la chaleur. Dans les régions séchantes, il est possible de faire les semis de colza autour du mois de mai pour que la plante soit bien développée en été. Dans ces cas-là, il sera sûrement compliqué de faire deux coupes. Avec cette option, pas besoin de labour si vous n’avez pas semé de RGI. Il suffira de réimplanter la prairie à l’automne ».  

Adapter les choix de dérobées et cultures associées selon ses besoins

Le pâturage du colza est interdit par certaines AOP car il donne du goût au lait. « Les éleveurs peuvent opter pour de l’avoine d’hiver, à raison de 20 kg/ha, associé à du trèfle à 15 kg/ha, ou encore avoir recours au sorgho dont les semences sont peu chères. L’essentiel est d’intercaler une autre culture avant les resemis de la prairie. » explique Anastasie Fesneau, conseillère à la chambre d’agriculture de la Manche.

Il ne devrait plus exister de semis de printemps sans couvert associé.

Associer des cultures permet d’augmenter la production fourragère tout en limitant la pression adventice. « Il ne devrait plus exister de semis de prairie de printemps sans couvert associé », assène Pascal Lecoeur. « L’avoine de printemps est une bonne ressource pâturable et dispose d’un bon pouvoir structurant pour le sol. Associée à du ray-grass, elle peut être semée à demi-dose, entre et 50 et 70 kg/ha. L’avoine peut être directement semé à l’épandeur d’engrais sur labour. Elle bénéficie alors d’un bon contact sol-graine. » Reste ensuite à semer la prairie au semoir conventionnel. Si d’autres éleveurs préfèrent bénéficier d’un fourrage récolté, il est possible d’implanter des pois protéagineux ou des féveroles pendant le printemps. « Le prix des méteils, autour de 200 à 250 €/ha rebute souvent les éleveurs, mais il est toujours possible d’avoir recours à des semences fermières ou de faire des achats groupés. Pour la première année, je conseille toujours de faire un essai sur une petite surface pour voir ce qui convient le mieux » explique Anastasie.

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