Prix des engrais : la tendance « clairement orientée à la hausse »

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Big bags d'engrais
"L’ensemble du complexe azoté est touché par la hausse des prix", commente l’analyste Nicolas Pinchon. (©Nuan, AdobeStock)

Les prix des engrais azotés s'emballent, portés par la flambée du gaz naturel, les perturbations logistiques et un contexte géopolitique sans issue visible à court terme. Au détriment des marges agricoles.

+ 75 €/t pour l’urée départ port depuis le 27 février, + 47 €/t pour l’ammonitrate 27 % départ usine, + 36 €/t pour la solution azotée départ Rouen… Depuis le début de la guerre au Proche et au Moyen-Orient, « les engrais azotés sont emportés par la tension mondiale », résume l’analyste Nicolas Pinchon dans sa note publiée sur Terre-net le 17 mars.

Et pour cause : les cours du gaz naturel, essentiel à la production de l’ammoniac permettant la fabrication des engrais azotés, se sont envolés : « le seuil des 50 €/MWh est désormais testé, soit une progression d'environ 65 % en vingt jours » qui vient nourrir la hausse des prix des fertilisants proposés aux acheteurs.

Autre facteur de tension sur les prix des engrais : après avoir laissé planer la possibilité d’une dérogation pour le secteur des engrais, la Commission européenne prévoit finalement de maintenir tel quel le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), en vigueur depuis début 2026, ce qui continue de peser sur les conditions d’approvisionnement.

L’ensemble du complexe azoté est touché par la hausse des prix, à commencer par la solution azotée. « L'ammonitrate suit la même trajectoire, commente l’expert. Les relèvements de prix se diffusent dans l'ensemble des grandes zones de consommation, signe d'un marché mondial sous tension ».

Quant à l’urée, « elle enregistre de nouvelles progressions, avec des approvisionnements durablement perturbés par la fermeture du détroit d'Ormouz ». Et le phosphore, qui était jusqu’ici relativement épargné, commence à son tour à subir les contrecoups de la situation.

Pour Nicolas Pinchon, « seul un règlement rapide du conflit pourrait enrayer cette dynamique ». Une perspective qui semble s’éloigner, tandis que « l'absence d'avancée concrète entretient la nervosité des marchés ». Si bien que pour l’heure, « la tendance reste clairement orientée à la hausse ».

Résultat : pour les agriculteurs, les prix d’achat risquent de rester « durablement élevés, comprimant encore la rentabilité ».

« La hausse du coût de production n’est pas compensée par la celle des prix de vente, d’autant que l’écart entre les deux était déjà trop important (…) Le ratio entre la solution azotée et le prix du blé continue d’affoler les compteurs et atteint désormais 2. Cela signifie que l’engrais est deux fois plus cher que le blé, contre une moyenne de 1,10 sur la période 2012‑2020 », commente Arthur Portier, analyste chez Argus Media, sur LinkedIn.

Alors que « plus de 80 % des achats d’engrais ont déjà été réalisés, à des niveaux déjà élevés », il pointe une forte incertitude sur les prix de sortie au printemps pour la récolte 2027 : « avec des charges variables en forte hausse, les producteurs devront, une fois encore, composer avec un environnement instable. »

Du côté de l’UE, la Commission tente de rassurer. Dans une lettre adressée aux chefs d'État et de gouvernement avant le sommet du 19 mars à Bruxelles, et relayée par nos confrères de Contexte, Ursula von der Leyen mentionne la volonté de « suivre de près les répercussions (de la guerre en Iran) sur les engrais, qui constituent une préoccupation majeure pour les agriculteurs et pour la sécurité alimentaire mondiale ».

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