Menu

Bovin viandeConvertir son bâtiment logettes pour les vaches allaitantes, c'est possible

Les logettes permettent d'économiser de la paille, tout en gardant les animaux dans un bon état de propreté. (©Ferme des Établières )
Les logettes permettent d'économiser de la paille, tout en gardant les animaux dans un bon état de propreté. (©Ferme des Établières )

Est-il pertinent de construire un bâtiment logettes pour des vaches allaitantes ? Non, économiquement ça ne tient pas. En revanche, utiliser un bâtiment existant, pour les éleveurs qui changent de production, cela fonctionne. La ferme expérimentale des Etablières, en Vendée, l’a testé.

 

Cela fait maintenant quatre ans que la moitié des 130 Charolaises de la ferme expérimentale des Établières, à la Roche-sur-Yon (Vendée) sont dans un bâtiment logettes. Les autres restent en aire paillée. À l’origine, dans un contexte de crise laitière où un certain nombre d’éleveurs songeaient à arrêter le lait pour ne faire que du bovin viande, il s’agissait de vérifier s’il était pertinent d’élever des vaches allaitantes dans son bâtiment logettes.

Le responsable du troupeau David Rangeard, un brin inquiet, se demandait comment il allait pouvoir gérer cela. Ses inquiétudes portaient essentiellement sur les vêlages et la surveillance des chaleurs, mais aussi sur la santé du troupeau. Les premières années, il a eu l’impression « que les animaux, en sortant, étaient plus fatigués, avec quelques problèmes traumatiques », mais ces boiteries étaient-elles réellement liées aux conditions de couchage ? « On ne peut pas vraiment tirer de conclusion. »

bâtiment
David Rangeard, responsable du troupeau à la ferme expérimentale des Établières : « Pour la détection des chaleurs, il n’y a pas de problème, en revanche pour les vêlages, je ne conseille pas le bâtiment logettes. » (©Antoine Humeau)

Économie de paille

Dans ces logettes équipées de tapis, les vaches semblent finalement plus calmes. C’est ce qu’observe Laure-Anne Merlé, ingénieure projet de recherche à la ferme expérimentale. « Elles sont toutes seules, donc jamais embêtées par les autres, chaque animal est à sa place ». Il peut y avoir des problèmes liés à la circulation des animaux, « ici les couloirs sont à peine assez larges, cela peut donc dissuader les dominées d’aller boire, mais ce n’est pas lié à une spécificité logettes ». Côté propreté, « on n’a rien à reprocher aux logettes par rapport à l’aire paillée », constate David Rangeard. Les vaches sont même plus propres. Voilà qui tombe bien, car les logettes permettent aussi des économies de paille. Sur les cinq derniers mois d’hiver, la ferme expérimentale estime avoir économisé 82 tonnes, soit environ 6 000 euros, un coût qui varie évidemment selon le prix de la paille. Au prix de 2021, l’économie réalisée grimpe à 10 000 euros.

Moins de paille, c’est aussi moins de travail et potentiellement des frais de mécanisation (pailleuse) en moins. Fini également le nettoyage quotidien, le racleur automatique fait le boulot deux ou trois fois par jour. Il reste juste à retirer chaque jour les quelques bouses qui traînent ici ou là sur les tapis. « Au niveau surveillance, je m’oblige aussi à passer chaque matin observer les vaches et rentrer les veaux ». Au total : dix minutes de travail.

Vêlages en aire paillée

Les inquiétudes initiales de David Rangeard autour de la détection des chaleurs ont vite été levées : « En réalité, leur comportement est le même. Aujourd’hui, je fais comme pour celles qui sont dans le bâtiment en aire paillée ». Le déroulement des chaleurs perturbe plutôt moins la tranquillité de l’ensemble du lot. Précisons toutefois que le troupeau ici n’est pas tout à fait représentatif, puisqu’il a été sélectionné sur les qualités maternelles et le vêlage. Et puis « le responsable de l’élevage est particulièrement observateur », glisse Sixtine Fauviot, la responsable de la ferme expérimentale.

Pour les vêlages en revanche, « franchement utiliser un bâtiment comme cela, je ne le conseille pas », met en garde David Rangeard. Il a testé les boxes, il fallait isoler les vaches par lots, c’était du stress, il a vite renoncé. Ici, tout se fait maintenant dans la stabule en aire paillée, en deux périodes de vêlage. La moitié du cheptel vêle du 1er janvier au 15 mars et sont mises à l’herbe. Les 64 autres, vêlées du 1er août au 15 septembre, rentrent dans le bâtiment logettes au 15 octobre. Les prairies sont moins productives et les veaux ont besoin d’être complémentés. La repro commence dix jours plus tard pour se terminer le 10 décembre. Les vaches sont mises dans des cases de seize places. « En général, je les mets en fonction des tailles et sexes des veaux ». Mais ces cases ne sont pas modulables, c’est l’un des inconvénients de ce bâtiment.

En définitive, l’utilisation d’une stabulation logettes en allaitant, cela fonctionne, mais « au quotidien, je ne vous cache pas que je préfère l’autre bâtiment, en aire paillée », résume David Rangeard. « On est tous d’accord pour dire que l’éleveur allaitant peut utiliser un bâtiment logettes, mais il n’a pas intérêt à en construire un spécifiquement », complète Sixitine Fauviot. 

Réagir à cet article

Sur le même sujet