Malgré des sols hydromorphes et une grosse proportion de prairies permanentes (90 ha), le Gaec Élevage Hugueny, en Haute-Saône, parvient à tirer trois bons revenus avec seulement 724 000 litres de lait vendus.
Une qualité du lait irréprochable, une bonne valorisation des produits, une maîtrise des charges, des investissements raisonnés et évolutifs, ainsi que le plaisir de travailler ensemble expliquent les bons résultats du Gaec Élevage Hugueny.
Ils n’étaient pourtant pas acquis lors de l’installation d’Olivier Hugueny, en 1996. Revenu dans sa commune natale après une expérience de conseiller agricole, l’éleveur, âgé aujourd’hui de 60 ans, a commencé seul avec 200 000 litres de lait sur 100 hectares de SAU. Pendant quinze ans, ses vaches étaient logées en étable entravée équipée d’un pipeline. « L’hiver, dans les vieilles écuries, le travail n’en finissait pas, se souvient l’agriculteur. Le pansage m’occupait tout le matin. Et il fallait recommencer à partir de 16 h 30 jusqu’à 20 heures. Heureusement j’avais une santé de fer et faire du lait avait toujours été mon rêve. »


Ce n’est qu’en 2011, avec le prêt JA d’Olivier remboursé, que la construction d’une stabulation adaptée à la taille du troupeau (34 montbéliardes pour 280 000 litres de lait à l’époque) a pu être envisagée. Pour réduire les coûts et se garder des perspectives d’évolution, Olivier a opté pour une stabulation en aire paillée intégrale avec vaches et génisses en vis-à-vis. Le bâtiment était équipé d’une salle de traite 2 x 6 en épi 60° et d’une nurserie avec Dal pour 30 veaux. À proximité, deux hangars de stockage pour le fourrage et le matériel, ainsi qu’un silo de maïs ont été construits. L’investissement total s’est élevé à 450 000 €.
Tout le troupeau, vaches et génisses, sous le même toit
En 2015, alors que les quotas laitiers étaient supprimés et que Simon, son fils aîné, l’avait rejoint deux ans plus tôt, la stabulation a été agrandie de 20 mètres, transformée en logettes tapis (96 places) et dotée d’une fumière couverte. La capacité d’accueil de la nurserie a été portée à 40 veaux et les silos ont été rallongés. Une jonction reliant les deux hangars de stockage a été réalisée. Elle abrite aujourd’hui l’atelier. L’extension du site a coûté 225 000 € (avec les travaux de maçonnerie réalisés par les éleveurs). Le prix à payer pour optimiser les conditions de travail, le bien-être des animaux et permettre le développement de la production.


Également passionné par l’élevage, le second fils Hugueny, Guillaume, s’est installé en 2019. L’arrivée des deux jeunes s’est faite sans reprise de foncier, grâce à la redistribution de volumes de lait. « Depuis la fin des quotas, notre coopérative Ermitage redistribue des litrages aux exploitations qui ont la capacité et la volonté de les produire, explique Olivier. Cette politique nous donne une lisibilité, permet d’écraser les charges fixes liées au bâtiment et assure un développement régulier (+ 20 000 à 30 000 litres par an). Elle compense aussi un historique longtemps tendu du fait du caractère extensif de l’élevage laitier dans notre région. »
Depuis l’installation de Simon et Guillaume, la part des céréales de vente a été réduite au profit des surfaces fourragères. La surface dédiée au maïs a augmenté (de 12 à 21 ha), des prairies temporaires ont été réimplantées (10 ha de RGH-TB et TV). Conduites comme une culture, fertilisées à raison de 154 unités d’azote à l’hectare, de 52 de phosphore, et de 70 de potasse, elles sont récoltées quatre à cinq fois par an en enrubannage et exploitées pendant trois ans. Les prairies naturelles, pâturées par les génisses et les taries et récoltées essentiellement en foin, sont conduites en extensif. Elles sont fertilisées avec du purin, très chargé en azote.



Les 16 ha de prairies permanentes disponibles autour des bâtiments sont réservés au pâturage des laitières. Comme seul engrais, elles se contentent des bouses des vaches et, de temps à autre, par commodité, des eaux blanches et vertes de la stabulation. Ces parcelles sont pâturées librement sans fil ni barrière, quand les sols ne sont pas trop mouillés. Le risque de les abîmer par piétinement devient alors trop élevé. Les refus sont fauchés et laissés sur place. « Instaurer un système de pâturage tournant n’est pas envisageable compte tenu de la superficie disponible, insuffisante pour 75-80 vaches, précisent les éleveurs. En aménageant un chemin d’accès bétonné, on pourrait valoriser un peu mieux l’herbe. »
Le mélange maïs-herbe fonctionne bien
Pour tenir compte des incertitudes liées au pâturage, une ration mélangée est distribuée toute l’année, ce qui assure une production régulière avec un impact positif sur les taux. L’hiver, elle se compose de 30 kg brut de maïs ensilage, de 14 kg brut d’herbe enrubannée, de 2 kg de foin de prairie permanente, de 1 kg de paille, de 3,8 kg de tourteaux 38 (40 % soja, 60 % de colza, 38 de MAT), de 1,8 kg d’un aliment VL 23, de 0,250 kg de minéral, de 0,050 kg de sel. « Le mélange maïs-herbe fonctionne bien dans notre contexte, note Guillaume. Indispensable, le maïs donne de bons résultats sur nos sols hydromorphes. Très résiliente face aux grosses chaleurs d’été, la plante a rendu 115 q/ha en sec en 2025. Par contre, du fait de ces sols hydromorphes, la culture de l’herbe n’est pas si simple. Pour économiser du tourteau, il faudrait récolter un fourrage titrant au moins 16 % de MAT. On a beau bien faire, on n’y arrive pas toujours ! En 2024, faire pâturer les vaches et récolter l’herbe au bon stade a été un challenge. Les laitières sont restées la moitié de l’été en stabulation. Depuis deux ans, en dehors du foin, toute l’herbe est enrubannée par une ETA. Cela nous garantit une qualité du fourrage, plus sûr que l’ensilage que nous avons pratiqué durant trois ans seulement. »
Préparer le départ d’Olivier
Le contexte économique constitue pour les éleveurs une nouvelle motivation. « Depuis le Covid, le prix du lait, en moyenne, est passé de 350 à 528 €/1 000 litres, se félicite Guillaume. Sur la paie de lait d’octobre, il s’élevait à 558 € les 1 000 litres ! Les veaux croisés charolais partent à 3 semaines entre 600 et 700 € l’unité. Un tarif inimaginable il y a quelques années. »


Alors que Guillaume n’a connu, depuis son installation, que des bonnes années, Olivier avait débuté dans un contexte économique bien plus difficile. « Après l’ESB en 1997, il y avait eu la crise laitière de 2009 puis celle de 2015. Pour les traverser, on a fait du mieux qu’on pouvait. Aujourd’hui, la trésorerie est bonne et l’enjeu est de garder la tête froide en s’interrogeant sur la meilleure façon d’utiliser les nouvelles ressources financières : équipement (robot de traite ?), main-d’œuvre (remplacement). » Alors qu’Olivier compte partir à la retraite d’ici trois à quatre ans, Simon et Guillaume (34 et 28 ans) commencent à réfléchir à l’organisation future du travail sur l’exploitation. La stabulation sera alors finie de payer. Leur priorité est de conserver les bonnes conditions de travail. Simon a une petite fille de 2 ans et demi, et bientôt un deuxième enfant. Guillaume est encore célibataire.
Aucune intention de se diversifier
« On s’est organisés à trois, soulignent les deux frères. Se retrouver à deux, cela paraît dur en matière d’astreinte journalière. Pour conserver la taille du cheptel, devrons-nous robotiser la traite ? Nous allons aux portes ouvertes mais nous n’avons pas encore commencé à chiffrer les choses. Nous comptons sur notre père pour nous aider encore quelques années. Depuis peu, un JA nous remplace à la demande. Une chose est sûre : il n’est pas question de diversifier notre activité, nous voulons nous concentrer sur l’élevage. Nous aimons les belles bêtes, nous faisons encore quelques comices locaux ainsi qu’un concours départemental, celui de Vesoul, tous les trois ans. Ce sont des bons moments de partage entre professionnels. Ils participent à la motivation. »
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