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Inde, Chine, Russie, AfriqueLes pays émergents resteront durablement déficitaires en produits laitiers

Les pays émergents resteront durablement déficitaires en produits laitiers

C’est avec euphorie que l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Irlande attendent la fin des quotas. Il est grand temps pour ces pays de produire plus de lait afin d'exporter davantage de produits laitiers en Asie et en Afrique. Ces pays émergents sont dans l’incapacité d’assurer leur sécurité alimentaire.

« La baisse des prix des produits laitiers est importante mais elle serait passagère », défend Benoît Rouyer, chef du service Economie du Cniel (interprofession laitière). « Et surtout, elle ne remet pas en cause les fondamentaux des marchés mondiaux caractérisés par une demande croissante en poudres de lait, beurre et autres produits dérivés du lait ».

Benoît Rouyer participait ce 21 janvier 2015 au colloque intitulé "Lait : opportunités et stratégies gagnantes » organisé par le think tank Saf agr’iDées.

La demande de produits laitiers évoquée émane de la nouvelle classe moyenne des pays émergents où il est impossible d’envisager le développement d’une filière laitière compétitive à court terme. Hormis le Brésil et l’Argentine, tous les pays émergents seront même durablement déficitaires en produits laitiers faute de terres disponibles ou d'un manque d’eau (en Inde et en Chine par exemple).

En fait, la production mondiale de lait restera très inégalement répartie. Elle est fortement excédentaire dans un nombre restreint de pays (Pays-Bas, Irlande, Nouvelle-Zélande, France) et très déficitaire dans les pays émergents, souvent très peuplés, où le climat n’est pas propice à la production de lait. En Irlande, la production de lait est de 1.200 litres par habitant contre 30 litres en Chine et 3 litres au Nigéria, le 7e pays le plus peuplé du monde. Dans le même temps, la Nouvelle-Zélande exporte plus de 93 % de sa production (22 millions de tonnes).

Ecarts des coûts de production réduits

En Europe, la fin des quotas est donc une chance à saisir, selon les représentants irlandais, allemands et néerlandais eux aussi invités au colloque du think tank Saf agr’iDées ce 21 janvier 2015. D’ici 2020, l’Irlande compte produire 50 % de lait en plus et l’Allemagne 20 %.

La volatilité des prix effraie moins les éleveurs de ces pays que la hausse du foncier ou encore la réglementation environnementale de plus en plus stricte. La variation des taux de change euro/dollar est aussi un facteur de volatilité fort redouté et pourtant peu évoqué.   

La concurrence des autres grands pays exportateurs, et de la Nouvelle-Zélande en particulier, n’est pas crainte car les écarts de coûts de production se sont considérablement réduits. Alors qu’ils se creusent avec les pays émergents. Depuis 2007, les 1.000 litres sont plus chers à produire en Chine qu’en France. La différence de coût de 200 €/1.000 l en 2014 sera de 400 € en 2030 selon Benoît Rouyer. Cet écart devrait en effet durer car la croissance de la production de lait chinoise est assurée par des élevages laitiers hors sol. Les animaux sont nourris avec des fourrages importés faute de surfaces disponibles pour les produire. Le Japon est dans ce cas de figure depuis des années.

Dans un très proche avenir, en Asie comme en Afrique, la priorité sera à l’augmentation de l’offre de produits laitiers pour satisfaire une classe moyenne émergente fortement consommatrice. Et ce qui ne pourra pas être produit localement sera massivement importé. C’est pourquoi les échanges mondiaux de produits laitiers vont continuer à croître plus vite que la production de lait. En 2050, ils porteraient sur plus de 85 milliards d’euros.

Première table ronde du colloque de la Saf. Assis de gauche à droite, Susannah Gordon (ambassade de Nouvelle Zélande), Karl Walsh (ambassade d’Irlande), Juergen Ohlhoff (Ambassade d’Allemagne) et Nico Van Opstal (Ambassade du royaume des Pays-Bas).
Première table ronde du colloque de la Saf. Assis de gauche à droite : Susannah Gordon (ambassade de Nouvelle-Zélande), Karl Walsh (ambassade d’Irlande), Juergen Ohlhoff (ambassade d’Allemagne) et Nico Van Opstal (Ambassade du Royaume des Pays-Bas). (©Saf agr'iDées)

Investissements tous azimuts

Cette dynamique se traduit d’ores et déjà par une sécurisation de l’approvisionnement en produits laitiers de ces pays, qu’ils soient importateurs ou exportateurs nets, et de leurs groupes industriels (Fonterra, Nestlé). Ils investissent dans des entreprises de transformation du lait dans le monde et en France notamment (Sodiaal en Bretagne, Isigny en Normandie). Et même dans les régions où il avait été envisagé d’abandonner toute activité industrielle (dans les Ardennes). Car la filière laitière française possède de sérieux atouts avec des coûts de production qui resteront compétitifs dans la durée, selon Benoît Boyer du Cniel.

En France, la pression foncière restera faible et l’importance des surfaces agricoles permettra une production de fourrages abondante. Alors que dans les autres pays du nord de l’Europe et en Nouvelle-Zélande, de plus en plus de contraintes environnementales pèsent déjà sur les coûts de production. Par ailleurs, les terres disponibles sont rares et très onéreuses (plus de 20.000 €/ha). Enfin les consommateurs allemands, irlandais et néerlandais sont de plus en plus exigeants quant aux conditions d’élevage dans les exploitations (obligation de maintenir les vaches dans les prés, réduction des apports de phosphates).

Toutes les stratégies industrielles sont gagnantes dans le secteur de la transformation. Les projets d’association et d’investissement dans l’industrie laitière observés portent sur tous les produits laitiers (produits secs, lait infantile, fromages, desserts lactés). Qu’il s’agisse de poudres de lait ou d’autres produits secs, ou encore de fromages ou de desserts lactés, la rentabilité des différentes filières est quasiment la même. Les différences de rentabilité observées il y a quelques années s’estompent.

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