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Au Gaec de la Fenache (59)200 Kiwis néo-zélandaises en pâturage tournant : un essai à transformer !

« Le pâturage tournant est un mode d'élevage qui a fait ses preuves, non seulement à l'autre bout du monde, mais aussi de l'autre côté de la Manche, au Pays de Galles. » (©Estelle Merlant)
« Le pâturage tournant est un mode d'élevage qui a fait ses preuves, non seulement à l'autre bout du monde, mais aussi de l'autre côté de la Manche, au Pays de Galles. » (©Estelle Merlant)

Fin 2021, la dernière Holstein a quitté le Gaec de la Fenache à Dompierre-sur-Helpe (59). 120 Kiwis néo-zélandaises vont bientôt débarquer du Pays-de-Galles, pour porter à 200 têtes ce cheptel de laitières pas comme les autres. Estelle et Ludovic Merlant ne font pas les choses à moitié : une nouvelle génétique et une centaine d'hectares en pâturage tournant. Ce système herbager d'inspiration néo-zélandaise est une véritable révolution technique et économique.

La Nouvelle-Zélande est une terre qui inspire, bien au-delà du rugby. Dans le milieu agricole français, nombre d'éleveurs connaissent la réputation de sa génétique bovine et de ses systèmes herbagers. Dans le Nord de la France, Estelle et Ludovic Merlant s'apprêtent à rompre avec le modèle classique de la ferme laitière française pour reproduire ce modèle des antipodes qu'ils ont pu approcher au Pays-de-Galles. « Ce n'est pas un désaveu, ni la volonté de "donner des leçons", explique Estelle Merlant, mais le goût de l'aventure, de la nouveauté, et l'envie d'aller vers un système plus autonome qui nous guident. »

En 2011, le couple s'est associé pour gérer le Gaec de la Fenache selon un schéma classique basé sur l'herbe et le maïs. En 2016, avec la croissance du troupeau de Holsteins, la spirale de l'investissement et de l'endettement leur semble bien lourde et sujette à caution. La piste du bio est envisagée. Mais le couple d'éleveurs veut être plus ambitieux : « Nous avons la chance de disposer d'un parcellaire regroupé. Cet atout devait être joué. Nous avons donc choisi de changer de logique : la maîtrise des charges plutôt que leur dilution, en envisageant un système 100 % herbager », relate Estelle Merlant. Leur modèle est néo-zélandais mais à portée de bateau, car adopté par des éleveurs gallois.

Une autre approche génétique

Voyage outre-Manche, formation avec PâtureSens, puis accueil à la ferme de 70 vaches kiwis… Estelle et Ludovic prennent le taureau par les cornes, non sans difficultés. Outre les épisodes de sécheresse en 2018 et 2020, les Holsteins s'adaptent mal au nouveau système. Leur capacité de déplacement est insuffisante et le calage des vêlages est complexe. Les objectifs de valorisation de l'herbe à 100 % et de passage en monotraite imposent un changement plus drastique. Estelle et Ludovic iront donc au-delà de 70 Kiwis prévues pour une transition progressive.

Troupeau de vaches de race néo-zélandaise et holstein.
« Les Holsteins se sont avérées peu adaptées à notre système herbager. » (©Estelle Merlant)

120 nouvelles Kiwis s'apprêtent ainsi à débarquer, pour un chassé-croisé avec les Holsteins restantes. « C'est la race adaptée, assurent les deux éleveurs, un croisement proposé par Progènes pour les systèmes herbagers. Il faut, en effet, une fertilité supérieure à la moyenne, pour réussir à caler tous les vêlages sur une seule période. Le lait produit doit être riche pour compenser la moindre quantité. Enfin, leur rusticité et leur capacité de déplacement sont la condition pour la valorisation totale des herbages. »

Pâturage : l’œil rivé sur la hauteur d’herbe

Côté organisation et astreinte, le terme révolution ne peut être plus adapté ! Tout l'environnement du Gaec de la Fenache, mis à la mode néo-zélandaise, s'est trouvé modifié, hormis la salle de traite (23 postes rotatifs). Le parcellaire a été divisé en 43 paddocks de 2,20 hectares en moyenne, rendus accessible par des chemins en dur. « Une taille de paddocks calculée en fonction du nombre de bêtes, pour optimiser la pousse de l’herbe, en tenant compte du rythme plus élevé au printemps et des carrés destinés à l'ensilage et à la fenaison. » Les contrôles de hauteur d’herbe en entrée et sortie sont indispensables, « rien n'est laissé au hasard ».

Parcellaire adapté au pâturage tournant dynamique.
Le parcellaire a été divisé en 43 paddocks de 2,20 hectares en moyenne, rendus accessible par des chemins en dur. (©Estelle Merlant)

L'organisation du pâturage tournant, pour être satisfaisante, doit prendre en compte tous les aspects techniques. À commencer par les kilomètres de clôture. Un fil nylon, renforcé et élastique (pour éviter la casse), a été préféré à un produit classique. Il repose sur des piquets en fibre de verre conducteurs et plus durables. « Les enrouleurs démultipliés sont aussi stratégiques, pour gagner en efficacité », assure Estelle Merlant.

Les mangeoires ne sont pas utiles à la Fenache, mais les abreuvoirs ont été choisis avec soin et le béton a rapidement remplacé le PVC. Le système de niveau constant n'était pas négociable : « Pas question de se promener partout avec une tonne à eau ».

Contention mobile et à usages multiples

Enfin, la question de la contention a été réglée de manière pragmatique. Un seul matériel sert aux pesées et autres opérations : une cage Clipex avec un système de pesée et de calcul Gallagher. Sous stabulation, elle est positionnée à l'extrémité d'un couloir. Mais le dispositif peut aussi être déplacé au pâturage : « C'est important que le système de contention soit très souple d'utilisation, même si le parcellaire regroupé évite des transferts trop fréquents », explique Estelle Merlant. « La pesée est surtout utile pour surveiller la croissance des veaux, aux stades du sevrage et de la première saison de pâturage. »

Estelle et Ludovic Merlant
« Parmi les éleveurs, nous sommes passés pour des martiens. Pour nos collègues, en systèmes conventionnels, c'est un séisme. Le changement est trop brutal. » (©Estelle Merlant)

Pour la stabulation, le schéma est simplifié, avec une occupation un tiers de l'année seulement, au plus froid de l'année. « Cela correspond au tarissement, avec des besoins alimentaires moins élevés, ce qui permet de valoriser le fourrage. » L'astreinte classique, liée au paillage et au nettoyage, laisse place, sur une période étendue, à une surveillance stratégique : pousse, analyses de bouses, évaluation de la vie du sol, croissance des veaux. Estelle et Ludovic se sentent en phase avec ce système intensif optimisé et plus naturel. La ligne d'essai est franchie. Reste à transformer !

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