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PâturageQuelques rappels pour réussir sa mise à l'herbe

En début de saison, il faut se montrer opportuniste et ne pas hésiter à sortir le troupeau dès que la portance et la quantité d'herbe sont au rendez-vous. (©Terre-net Média)
En début de saison, il faut se montrer opportuniste et ne pas hésiter à sortir le troupeau dès que la portance et la quantité d'herbe sont au rendez-vous. (©Terre-net Média)

Avec les vaches qui retrouvent leurs pâtures, c’est une nouvelle saison. Que mettre en œuvre pour que cette mise à l'herbe se passe au mieux, pour le troupeau comme les prairies ?

La nouvelle saison de pâturage débute. Ce premier tour des parcelles va permettre d’éliminer la végétation morte, ce qui aidera la lumière à pénétrer jusqu’au plateau de tallage et aux légumineuses. « Le déprimage favorise une repousse dense et de qualité, rappelle Marine Futsch, responsable technique chez Innoval. Il permet également de créer le décalage de pousse entre les paddocks pour la suite de la saison ».

5-6 cm de hauteur d'entrée

Plus que la date, c’est la hauteur d’herbe qui est le repère pour débuter la mise à l’herbe. « Pour ce premier cycle de pâturage, il faut faire entrer les animaux à une hauteur de 5-6 cm, soit de l’herbe jusqu’au talon de la botte », partage Marine Frutsch.

« En fonction du nombre d’ares accessibles par vache, de la portance des parcelles, de la date du dernier pâturage, on peut projeter les surfaces à faire pâturer en fonction de la date à laquelle on veut avoir fini son tour de déprimage, puis établir un calendrier prévisionnel de pâturage, qui sera à adapter suivant la météo », encourage Frédéric Touchais, consultant agriculture bio et durable chez Eilyps.

Hauteur d'herbe de 5 cm pour l'entrée au pâturage
Viser 5 cm de hauteur d'herbe pour l'entrée dans la parcelle. (©Terre-net Média)

Mémo pour la hauteur de sortie selon le mois : 3 cm en mars, 4 cm en avril, 5 cm en mai.

La sortie est à caler sur une herbe plutôt rase pour bien nettoyer la parcelle. « En mars, une hauteur en sortie de 3 cm n’est pas un problème car les gaines sont courtes et les réserves sont dans le plateau de tallage. Pour se souvenir des hauteurs de sortie, il faut se caler sur le mois, 3 cm en mars, 4 cm en avril, 5 en mai », indique Marine Futsch.

En fin d’hiver, début de printemps, les conditions peuvent être humides. Pour débuter le déprimage, il faudra cibler les parcelles les plus portantes. « Avoir de bons chemins est un plus pour y accéder, souligne la spécialiste. C’est un investissement pour la distribution de la ration comme peut l’être une mélangeuse ». En conditions humides, on peut limiter les dégâts sur le sol en réduisant le temps de présence, en mettant un fil pour pâturer déjà la fond du paddock sans souiller le reste, en prévoyant une entrée et une sortie différentes pour chaque parcelle.

Suivre la pousse et économiser des stocks

En début de saison, il faut se montrer opportuniste et sortir les animaux dès que la quantité d’herbe et la portance sont satisfaisantes. Quitte à faire une pause si les conditions redeviennent trop humides. De l’enrubannage d’herbe jeune pourra alors remplacer l’herbe pâturée. Plus tôt l’herbe pâturée prendra sa place dans la ration, plus vite des stocks fourragers et des concentrés seront économisés. « Si au lieu de sortir ses vaches le 20 février, on le fait que le 20 mars, on aura perdu 7 % de l’herbe à valoriser dans un système à 20 ares par vache », avertit Marine Futsch.

Pensez à débrayer des paddocks pour faire du stock

Pour valoriser au mieux tout le potentiel fourrager des prairies, il est nécessaire de suivre de près la pousse. Ce qui demande « de faire le tour de ses parcelles une fois par semaine, conseille Frédéric Touchais. On fera évoluer la vitesse de retour selon la pousse de l’herbe et on adaptera les quantités distribuées à l’auge à l’ingestion imposée par le rythme de pâturage ». Quand l’herbe dépasse les besoins des laitières, on peut débrayer quelques paddocks pour de l’ensilage ou de l’enrubannage. Même si cela revient plus cher que du pâturage (55 €/t MS rendu auge pour du pâturage, 90 €/t MS pour une récolte en enrubannage pour un rendement de 3 t MS/ha), cela conforte les stocks fourragers. Pour valoriser cette herbe, on peut utiliser les génisses, les taries.

Bien gérer les transitions alimentaires

Comme tout changement dans la ration, la mise à l’herbe demande une transition. Sur deux à trois semaines, les quantités seront augmentées progressivement « en adaptant le temps de pâturage, conseille Frédéric Touchais. On débute par quelques heures dans l’après-midi, après un repas, au fil ».

L’herbe de déprimage a une très bonne valeur alimentaire, souvent autour des 0,95 à 1 UFL. Cette énergie se trouve sous forme de sucre et de cellulose. Son profil en matière grasse est très riche en acides gras polyinsaturés, ce qui n’est pas favorable au TB. Il faut aussi prendre en compte que l’herbe a une valeur haute en azote fermentescible dans le rumen, ce qui pourra augmenter le taux d’urée.

« Pour bien gérer la transition, puis l’équilibre de la ration, il faut évaluer la quantité d’herbe disponible et adapter sa ration complémentaire », rappelle Julien Bellanger, responsable technique nutrition et génisses chez Innoval. Pour la complémentation énergétique, on peut miser sur de l’amidon bypass, à dégradation lente, avec du maïs grain, ou de la cellulose digestible, comme dans la pulpe de betteraves. Pour la complémentation azotée, il faut tenir compte de la Balance protéique ruminale (BPR). « L’herbe jeune a une BPR de 40 g/kg de MS. Il faut veiller à ce qu’au total, la BPR ne soit pas supérieur à 20-25 g/kg MS », souligne Julien Bellanger.

Si le transit est trop rapide, un apport de fibres grossières, comme du foin, aidera à le ralentir. On peut aussi distribuer de l’argile à raison de 100 g par vache. Enfin, les apports de minéraux seront aussi à adapter par un apport supplémentaire de magnésium pour limiter le risque de tétanie d’herbage. « Cela se fait à raison de  50 g d’oxyde de magnésie par vache sur 3 semaines à 1 mois en débutant une semaine avant la mise à l’herbe », conseille Julien Bellanger

Enfin, pour que la saison de pâturage démarre du bon pied, n’oubliez pas de parer l’ensemble du troupeau !

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